Le défaut d'orientation et l'absence d'engagement des étudiants dans la voie de l'autonomisation sont très souvent imputés aux enseignants. Même s'ils sont garants de la bonne formation des apprenants, la responsabilité des parents n'est-elle pas souvent occultée?
Au sein des familles, on assiste souvent à une divergence d'opinions entre les parents désireux de voir leurs enfants suivre une voie toute tracée et les enfants intéressés par d'autres chemins, surtout quand ils sont à la porte de l'enseignement supérieur. L'autonomisation est-elle favorable dans ce type d'environnement? Comment créer un meilleur climat dans le processus de responsabilisation des apprenants?
L'école au banc des accusés
Quand la question de l'échec est mise sur la table, les projecteurs sont souvent braqués soit sur les enseignants jugés incompétents pour former, soit sur les apprenants pas assez engagés et conscients dans le processus de formation. Pourtant, une autre raison n'est pas autant abordée
L'enseignant et l'apprenant ont certes des rôles à jouer et des conditions préalables doivent être réunies pour garantir un apprentissage efficient. Pour que le rapport pédagogique soit consolidé, la motivation des deux parties est cruciale. Comme le remarque Patrick Gosling, parlant de la relation pédagogique, " il faut donc que l'enseignant comme l'élève, accordent de la valeur aux trois termes de la relation que sont le savoir, l'enseignant et l'élève".
Au niveau de l'enseignement supérieur, l'étudiant est, en principe, sur la voie de l'autonomisation. Il s'éloigne du cocon familial, gagne en autonomie dans la mesure où il va apprendre à vivre seul. Toutefois, il a parfois du mal à suivre le rythme. Ceci est-il toujours lié à la méthode de transmission des cours? Beaucoup entretiennent des rêves depuis leur tendre enfance mais il arrive qu'ils ne peuvent tout simplement les vivre, non pas à cause des enseignements dans le contexte universitaire, mais parce qu'ils ont l'impression de perdre leur temps, qu'ils sont déconnectés.
La responsabilité des parents...
Dès le secondaire, certains parents sont déjà bien décidés sur la trajectoire à suivre par leurs enfants même si cela ne cadre pas forcément avec leurs profils. Pour en savoir plus, nous avons interrogé IRETI Armelle Ninon, conseillère principale d'orientation solaire, universitaire et professionnelle en service au Cameroun. Elle affirme :
" Généralement, le regard parental est soumis aux fonctions des membres de la famille, de l'attrait pour certains métiers onéreux. Celui-ci ne tient pas en compte les capacités intellectuelles de l'apprenant, brisant à la fois la théorie de Maslow sur le besoin d'"estime de soi" ainsi que la perception de l'orientation faite par l'UNESCO..."
Au niveau universitaire, il arrive que le jeune étudiant et son parent ne soient pas sur la même longueur d'onde, ce qui engendre très souvent des conflits à l'origine de l'irresponsabilité ou le manque d'engagement de l'étudiant. Il est certes vrai, ayant une certaine expérience de la vie, le parent à son rôle à jouer dans l'accompagnement de l'enfant. Toutefois, n'entrave t-il pas le processus de formation et de responsabilisation du futur adulte dont il a la charge?
Dans des contextes plus radicaux, l'enfant doit juste exécuter les "ordres" des parents. Par conséquent, il rumine des frustrations intérieures susceptibles de freiner son engagement.
Est-ce parce que le parent a suivi la voie de la médecine que son enfant est prédestiné à la même orientation? En réalité, un apprenant subissant les impositions de sa famille pour une orientation donnée, peut devenir une véritable cas de société et une personne révoltée. Dans cette veine, difficile d'être motivé surtout quand sa passion n'a rien à voir avec l'orientation qui lui est imposée.
Dans cette perspective, les parents appelés "hélicoptères" sont dans une logique de surprotection. Emprisonnés dans un désir presque maladif d'ultra implication dans le parcours de leurs progénitures, ils oublient qu'ils ne seront pas toujours là. C'est en laissant les enfants commettre des erreurs qu'ils vont réellement apprendre à se responsabiliser. Ils le savent pourtant ; ils sont passés par le même chemin, un chemin truffé d'obstacles à franchir. Pour se responsabiliser, il faut déjà prendre une certaine liberté.
Trouver des compromis?
Les conflits n'engendrant rien de bon, de la même manière que l'apprenant doit respect et obéissance à son parent, il n'en demeure pas moins vrai que ce dernier a le devoir d'écouter les aspirations de son enfant surtout quand il est à un certain niveau de son processus de formation. De fait, la responsabilité du parent doit se modeler relativement à l'évolution de l'enfant. Quand il atteint un certain âge, un accent doit être mis sur le dialogue et l'écoute active.
Dans cette lancée, pour les jeunes adultes de18 à 27 ans, selon une publication sur la plateforme ITIC Paris, certaines questions sont plus adaptées à leurs âges. Au lieu de dire : " tu as révisé aujourd'hui?", il est plus commode de poser les questions suivantes : " Comment tu te sens dans tes études en ce moment? " " Y'a-t-il des trucs qui te stressent ou te passionnent particulièrement?". Nous pouvons ajouter : Qu'est-ce qui te rendrait heureux sur le plan professionnel?
Dans cet ordre d'idées, si l'on veut autonomiser un étudiant, il est opportun de lui laisser la parole. Ceci commence déjà à la maison car lorsqu'il se sent écouté, il est capable de prouesses. C'est parfois le bon moment pour lui parler des enjeux de son choix, de ses implications sur le long terme. Toutefois, pour convaincre ses parents de la compréhension de la trajectoire choisie, l'étudiant devra bien formuler son projet, répondre aux questions de manière éclairée, partager des faits vérifiables. Par contre, s'il reste dans la navigation à vue, difficile alors de convaincre.
Quelque soit l'orientation, les parents doivent considérer que c'est le jeune adulte qui sera sur le terrain. Que nous soyons parents ou étudiants, une question centrale demeure : Est-il judicieux de s'investir dans un domaine où on n'a ni la vocation, ni la motivation? Imaginons un professionnel dans une salle d'opération ou dans un bureau d'ingénieur sans aucune passion et détermination pour son travail: des vies seront en danger. Est-il vraiment louable d'imposer une orientation aux enfants?
Illustration : image genérée par copilote
Sources
Qui est le responsable de l'échec scolaire? Représentations sociales, attributions et rôle d'enseignant
https://media.electre-ng.com/extraits/extrait-id/aad72b2fd93a307582786be899fc6dcba576a66dcf94820332ea0c7966489354.pdf
Le rôle des parents dans les études... être là !
https://www.iticparis.com/business-school/article/le-role-des-parents-dans-les-etudes-etre-la
Le parent hélicoptère
https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/viefamille/parent-helicoptere/
Conflits d'Orientation : impacts sur la motivation de l'Enfant
https://excellart-orientation.fr/article/6aa_conflits-familiaux-sur-lorientation-les-impacts-n%C3%A9gatifs-sur-la-motivation-de-votre-enfant
Les besoins d'estime selon Abraham Maslow
https://hrimag.com/Les-besoins-d-estime-selon-Abraham-Maslow
Comment convaincre ses parents de son choix d'orientation
https://www.youtube.com/watch?v=XDxNJeezhms&t=31s
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