À l’intérieur d’un cadre, les acteurs partagent des références communes et subissent ou acceptent ses contraintes, souvent les deux à la fois car, malgré les inconvénients, un cadre procure certains avantages. Quand un cadre administratif est changé, de nouveaux rapports apparaissent. Quand le cadre légal vole en éclat, tout ce qui en dépendait perd son sens et doit se recomposer. L’absence de cadre n’est que théorique car il demeure toujours le cadre du milieu où l’on se trouve, avec ses rapports bruts, non réglementés, du moins le croit t’on. Dans les faits, un grand nombre de conventions non écrites régissent les rapports du vivant et elles en constituent le cadre de base.
On en vient en concevoir les écosystèmes et les civilisations comme des ensemble de cadres imbriqués. La constitution des États établit un des cadres les plus formels, mais bien d’autres types de cadres existent, comme les cadres «éducatif», «financier», «religieux», etc. Chacun avec leur propres règles et leurs a priori. L’expérience des migrants, ou plutôt leur inexpérience des cadres de la société d’accueil, permet de mesurer l’ampleur de ces «a priori» et à quel point ils sont intégrés dans nos façons de penser depuis le plus jeune âge, sans même nous en apercevoir. Que ce soit à l’école, dans les commerces ou simplement en public, les manières de se comporter dans ces cadres modèlent les espaces autant que ceux-ci nous modèlent.
Définir un cadre d’opération constitue l’étape fondamentale de toute organisation et même de tout rapport car, à défaut de le faire, les rapports se compliquent et s’établissent sur des bases de méfiance ou de confrontation. Les cadres imposés n’ont pas la même force que les cadres négociés. En reconnaissant ou non le professionnalisme des enseignants ou en accordant ou non de l’autonomie aux directions d'école, les étudiants comprennent rapidement dans quel genre de cadre ils évoluent au delà de «réussir leurs examens» et d’assister aux cours. Ils prendront des initiatives, c’est sur, dans la mesure où on leur fait confiance et qu’on leur en laisse l’occasion, encore plus s’ils voient que leur milieu offre un cadre dynamique.
Dans un contexte de haute imputabilité et de délégation de responsabilité, il est délicat de laisser expérimenter sans se faire accuser d’irresponsabilité s’il survient un problème. Alors on encadre plus ou moins strictement. Plusieurs exemples d’initiatives étudiantes sont inspirants mais on oublie souvent la qualité du cadre qui a permis l’aboutissement de leurs projets. Quelles sont les conditions à créer pour favoriser l’apprentissage de l’autonomie ? Offre t’on la possibilité de discuter du cadre et d’en modifier les paramètres ? Le cadre éducatif fait partie des expériences les plus structurantes des apprenants; autant mieux qu’il soit de qualité.
Denys Lamontagne - [email protected]
Illustration : 2673676197