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Publié le 04 mars 2026 Mis à jour le 04 mars 2026

Comment encadrer l’IA sans déshumaniser l’éducation

L'outil est présent dans le présent et le futur des étudiants, il faut composer avec...

Un étudiant notant dans un cahier devant un ordinateur portable

Y aura-t-il un avant et un après l’intelligence artificielle générative accessible au grand public ? Parce que si cela ne fait que quelques années (Chat GPT public : novembre 2022), on a l’impression que cette technologie a déjà produit tant de textes, d’images et de vidéos, qu’on en aurait pour des siècles à tout voir. Le tout soulève de très nombreuses questions humaines comme la notion de création, d’intelligence, de la place de l’humanité dans les activités, l’automatisation, etc.

Le monde de l’éducation s’est par la force des choses retrouvé dans une zone de flou. D’un côté, ces outils peuvent facilement empêcher la réflexion et même d’apprentissage, puisque les algorithmes pondent des textes, des résumés et donnent des réponses en quelques secondes. De l’autre, prévenir une telle technologie de se trouver dans les locaux de classe et les systèmes éducatifs est contreproductif. D’autant plus que les apprenants connaissent leur existence et s’en servent déjà abondamment.

Le loup est déjà dans la bergerie

De croire que l’intelligence artificielle n’est pas déjà très utilisée en éducation serait utopique. D’ailleurs, le système scolaire le sait bien, étant donné qu’il réclame à hauts cris un cadre d’utilisation. Dans un sondage SOM à plus de 600 étudiants québécois de plus de 16 ans et publié en janvier 2026, l’IA est employée par près de 75 % des répondants dans un cadre scolaire. À l’université, c’est 71 % contre 1 % de purs et durs refusant d’user de ces outils. Les usages les plus fréquents :

  • Recherche d’informations et de sources (58 %)
  • Aide à la structure et tempête d’idées, dite brainstorming (54 %)
  • Aire à la révision et amélioration de texte (48 %)
  • Aide à l’étude (41 %)
  • Rédaction partielle ou totale de travaux et résumé de textes non lus (32 % dans les deux niveaux)

Ce serait près du tiers des répondants (31 %) qui reconnaîtraient utiliser l’IA de manière contraire aux règles institutionnelles. Ce qui est intéressant dans ce sondage est l’ambivalence des apprenants qui admettent de plus en plus être dépendants de l’outil tout en affirmant à 71 % et 75 % que cet outil menace l’intégrité académique et amène une paresse intellectuelle. Le deux tiers croient même que les réponses offertes sont de moyennes à très faibles. Et pourtant, le besoin de l’utiliser plusieurs fois par semaine et par jour est fréquent. Un étudiant anonyme interrogé par Radio-Canada, qui a commandé l’étude, a fait le commentaire suivant :

Je dirais que l’IA mène à un manque de confiance en sa propre pensée, et donc, à une incapacité de penser par soi-même.

Un point de vue très intéressant qui représente bien la relation qui peut se développer avec un robot conversationnel. Étant donné sa vitesse d’opération et la « certitude » de ses réponses, on finit par douter de ses connaissances, de ces capacités, etc. Ce qui démontre bien, pour les enseignants universitaires, l’importance d’un cadre pédagogique qui encadre les usages.

Techniquement, au Québec, ce guide pour les établissements d’enseignement supérieur (cégeps et universités) existe depuis la fin de l’été 2025. Un mémo qui, pour les milieux, est arrivé très tard et se veut général (et facultatif). Il réitère la priorité de l’humain dans la relation pédagogique tout en faisant la promotion de tutorat par IA ; une approche dénoncée par certains profs qui trouvent que les étudiants n’utilisent déjà pas suffisamment les plages de tutorat humain disponibles et qui craignent cette déshumanisation des études.

Développer un cadre 

Le guide publié par Québec est déjà un premier pas dans la bonne direction pour réfléchir les usages de l’IA. Parce que les enseignants ne blâment pas vraiment les étudiants de se servir d’un outil à leur portée et qui, dans certains cas, peuvent leur apporter un soutien pour les avancer dans leur travail. Ils souhaitent surtout que les instances prennent la question au sérieux et offrent des ressources afin de mieux réagir à la situation actuelle.

Il existe bel et bien un comité consultatif permanent mis en place au mandat élargi, mais la dernière rencontre avec le milieu éducatif durant l’hiver 2026 a été plutôt insatisfaisante. Les usages plus pédagogiques n’ont pas été abordés alors que les fédérations universitaires et collégiales en attendaient plus.

Le ministère de l’Éducation nationale (France) a également publié son cadre durant l’été 2025. Là, encore, les modalités proposées restent assez générales : être transparent dans ses utilisations (parce que oui, les enseignants peuvent aussi s’en servir), faire attention aux données partagées, adapter les devoirs, etc.

Peut-être vaut-il mieux se pencher sur celui qui a été développé par les professeurs Morris Nassi et Thomas Hormaza Dow du collège Champlain Saint-Lambert, au Québec, qui réfléchit les usages avec l’acronyme RÉAGI :

  • R pour Raison : l’objectif et les bénéfices attendus permettent de décréter l’usage ou pas d’IA
  • É pour Évaluation : établir un plan d’acceptation et vérification des preuves produites
  • A pour Attribution : qui assume la responsabilité des décisions et des résultats, entre autres ?
  • G pour Gouvernance : créer un cadre des usages de l’IA par des règles éthiques qui prennent en compte la confidentialité, la conformité, l’intégrité et les droits d’auteur
  • I pour Impact : expliciter les compromis entre rapidité, qualité et jugement humains

Cette stratégie pourrait s’approcher de la vision de Cadre21, pour donner un autre exemple, qui propose aux établissements de formation d’explorer et d’expérimenter les usages, de déceler les potentiels et limites et de partir de ces constats pour créer un cadre de gouvernance réellement proche des conclusions du personnel enseignant.

Une préparation pour les plus jeunes

Il semble clair que les milieux d’éducation supérieure doivent créer des cadres, quelque peu dans l’urgence, afin de faire un bon compromis entre interdiction et laisser-faire. Or, les écoles primaires et secondaires se retrouvent avec de jeunes générations pour qui l’IA fera pratiquement partie de leur vie depuis leur naissance. Comment les éduquer dans ce contexte ?

Le CLEMI mise, sans surprise, sur l’Éducation aux Médias et à l’Information présente dans le cursus scolaire français. Ce qui se rapproche du cadre de compétences de l’IA de l’UNESCO.

  • Le niveau 1 demande aux élèves de comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle, les concepts, les enjeux et autres.
  • Ensuite, au niveau 2, ils développent des savoirs à partir d’approches humaines guider les usages des outils, qu’ils puissent mieux les évaluer. Enfin, ils sont invités à créer avec l’IA en prenant en compte tout ce qui a été appris auparavant.

S’en servir sans devenir dépendant, sans douter de soi, pour apporter quelque chose qui serait véritablement impossible de faire autrement.

Ce genre de cadre a été aussi pensé pour les enseignants dans un référentiel par le même organisme onusien. Là encore, pour chaque aspect, les professeurs sont conviés à acquérir les bases, les approfondir en commençant en s’en servir et finalement recourir aux outils en réfléchissant aux questions éthiques, environnementales, pédagogiques, etc.

L’organisme profite en plus pour rappeler que le sujet exige du doigté et de ne pas tomber dans des réflexions binaires. Fermer la porte à cette technologie serait s’aveugler volontairement ; ne pas baliser les usages voudrait dire déshumaniser l’éducation et rendre, en partie, l’apprentissage caduc.

Image : StockSnap de Pixabay

Références

Bussières McNicoll, Fannie. "Québec publie (enfin) des guides pour utiliser l’IA dans les cégeps et les université." Radio-Canada. Dernière mise à jour : 18 août 2025. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2185975/guides-utilisation-ia-cegeps-universites-quebec.

Bussières McNicoll, Fannie. "Une rencontre sur l’IA qui laisse le milieu de l’enseignement supérieur sur sa faim." Radio-Canada. Dernière mise à jour : 16 février 2026. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2228888/enseignement-superieur-intelligence-artificielle-ia.

Bussières McNicoll, Fannie, Nicholas De Rosa, etJeff Yates. "Sondage exclusif : un étudiant sur trois transgresse les règles à l’aide de l’IA." Radio-Canada. Dernière mise à jour : 28 janvier 2026. https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/15239/sondage-intelligence-artificielle-ia-universite-cegep-etudiants.

"Cadre d'usage de l'IA en éducation." Ministère de l'Éducation nationale. Dernière mise à jour : 13 juin 2025. https://www.education.gouv.fr/cadre-d-usage-de-l-ia-en-education-450647.

Giroud, Nancie. "L’UNESCO publie son Cadre de compétences en IA destinée aux élèves." École branchée. Dernière mise à jour : 7 novembre 2024. https://ecolebranchee.com/unesco-cadre-competences-ia-eleves/.

Hormaza Dow, Thomas, et Morris Nassi. "Un cadre de référence pour enseigner à faire preuve de jugement dans l’utilisation de l’IA." Éductive. Dernière mise à jour : 28 novembre 2025. https://eductive.ca/ressource/un-cadre-de-reference-pour-enseigner-a-faire-preuve-de-jugement-dans-lutilisation-de-lia/.

"IA en éducation : un cadre clair pour mieux s’approprier les usages." CLEMI. Dernière mise à jour : 24 juin 2025. https://www.clemi.fr/actualite/ia-en-education-un-cadre-clair-pour-mieux-sapproprier-les-usages.

"L’IA et le futur de l’éducation : bouleversements, dilemmes et perspectives." UNESCO. Dernière mise à jour : 26 septembre 2025. https://www.unesco.org/fr/articles/lia-et-le-futur-de-leducation-bouleversements-dilemmes-et-perspectives.

Munn, Yves. "L’IA en classe : outil ou enseignant ?" Collimateur - Veille Pédagonumérique de l'UQÀM. Dernière mise à jour : 4 novembre 2025. https://collimateur.uqam.ca/collimateur/lia-en-classe-outil-ou-enseignant/.

Pelchat, Maxime. "IA en éducation : de la curiosité à l'action concertée." Cadre21. Dernière mise à jour : 7 juillet 2025. https://cadre21.org/blogue/innovation/ia-en-education-de-la-curiosite-a-laction-concertee.

Ruel, Jonathan. "Guide pratique de non-utilisation de l’intelligence artificielle." Le Devoir. Dernière mise à jour : 15 novembre 2025. https://www.ledevoir.com/actualites/le-devoir-de/933975/guide-pratique-non-utilisation-intelligence-artificielle.

"Référentiel de compétences en IA pour les enseignants." UNESCO. Dernière mise à jour : 16 janvier 2026. https://www.unesco.org/fr/articles/referentiel-de-competences-en-ia-pour-les-enseignants.

Yang, Xingming, Sumayya Shaikh, Malak El Halabi, and Karine Revet. "ChatGPT à l’université : pourquoi encadrer vaut mieux qu’interdire ou laisser-faire." The Conversation. Dernière mise à jour : 23 juin 2025. https://theconversation.com/chatgpt-a-luniversite-pourquoi-encadrer-vaut-mieux-quinterdire-ou-laisser-faire-257364.


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