Les animaux ont inspiré beaucoup d'expressions populaires, mais à mesure que nos liens avec la nature se réduisent, ces expressions perdent leur force. Mémoire d'éléphant, tête de linotte et oeil de lynx… par quoi les remplace t'on ?
La disparition des métaphores animales suit probablement celle de la biodiversité. On peut tout savoir de la monoculture et n'avoir de la forêt ou de la jungle qu’un vague concept. Des réalités qui évoquent maintenant celle d'un Éden perdu. En attendant de le retrouver, de nouvelles métaphores assaisonnent nos communications. Les geeks remplacent les ermites, les hackers travaillent en meutes, les zombies et les vampires demeurent immortels ou presque, les téléphones sont maintenant les yeux et les oreilles de dieux sociaux qui voient tout et au delà. Des mots s’ajoutent au dictionnaire mais quel est leur pouvoir d'évocation ?
«Au début était le verbe»... Les enchanteurs créaient des réalités. Aujourd’hui les créateurs de réalité s’appuient sur des algorithmes et des technologies d’une puissance matérielle inégalée et sont en mesure d'influencer la pensée de milliards de personnes. La numérisation, commencée il y a quelques millénaires avec le découpage du temps et l’invention de la monnaie, est en voie d’être complétée dans pratiquement tous les domaines. Images, sons, sensations, langage, transactions, état de santé, etc… La résolution des pixels dépasse maintenant celle de nos perceptions et rend possible les prodiges de l’I.A.
Ce qui nous amène à se pencher sur notre essence humaine. Qui sommes-nous finalement ? Des poètes d’un nouveau genre commencent à dépasser la colère de la dépossession et renouer avec la puissance de l’enchantement. La sagesse des anciens était peut-être plus avancée qu’on le soupçonnait; on peut encore s’en inspirer. La soupe brune des «réalités alternatives» et autres illusions ne saurait nous contenter.
Bonne lecture
Denys Lamontagne
Illustration : Dall-E
Données qui se transforment en plantes chimériques, en oiseaux mécaniques et en animaux hybrides