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Publié le 03 août 2023 Mis à jour le 12 septembre 2023

Les voyages forment la jeunesse…. mais pas n’importe lesquels

Ce qui distingue les voyages transformateurs

Voyage  à l'étranger

Vous rappelez-vous de vos premiers voyages ? Comme pour la plupart des gens, les miens ont été dans le cocon familial durant les vacances d'été puis avec l’école dans la grande ville la plus proche. Enfant, je réalisais que le monde était pas mal plus grand et différent que ce que j'en connaissais à cet âge. J’ai depuis bien voyagé, seul durant des mois, en couple, en famille avec les enfants et pour mon travail, toujours avec des effets différents.

Quand Montaigne et bien d’autres disent que «Les voyages forment la jeunesse», ils ne font pas référence aux voyages d’agrément ni à ceux faits avec les parents; il parlent plutôt de ceux plus aventureux, remplis imprévus et de rencontres.

Sans doute y a t’il autant de façons de voyager que d’individus, mais certaines conditions font les voyages transformateurs, ceux où on se découvre des capacités, où l’on change ses considérations, où l’on «fait l’expérience de», pas nécessairement 40 jours dans le désert mais suffisamment pour avoir mobilisé ses ressources et fait face aux situations qui se sont présentées.

Des conditions de voyage

L’imprévu

Quasi par définition, l’imprévu nous amène à nous transformer. L’imprévu est une notion relative, sujet à un dosage différent pour chaque personne. Tant que l’on a l’impression d’être en contrôle, l’imprévu est généralement le bienvenu, il éloigne l’ennui et stimule l’intérêt. Évidemment, plus on a d’expérience, de capacités et de moyens, plus grande est la dose d’imprévus que l’on peut affronter. Mais peu importe la dose, on aura quelque chose à apprendre de l’imprévu.

Le dépaysement

La perte de nos repères habituels nous amène à renouer avec notre essence, notre soi véritable, et non à nos habitudes devenues inutilisables dans un contexte étranger. Tout ce que nous pensions universel ou général doit être réévalué et parfois fondamentalement remis en question. De certains voyages, on en ressort pas indemne. 

Devenir étranger

Étranger, on doit compter sur ses propres moyens. On se découvre des talents de débrouillardise, des capacités d’observation, de résistance à la fatigue, des talents dans les langues, dans l’entrée en contact avec des étrangers, des intérêts nouveaux et des goûts que l’on ignorait avoir. Souvent on apporte à nos hôtes plus que ce que l’on retire, on découvre alors notre valeur dans les yeux des autres et notre confiance en soi fait des bons prodigieux. Personne d’autre que soi peut faire grandir notre confiance en soi; c’est nous qui nous l’accordons et il est impossible de se mentir à ce niveau.

Des parents qui ont envoyé leur adolescent dans un stage à l’étranger voient souvent revenir un adulte transformé, plus autonome, confiant et assuré.

La séparation et la déconnexion

J’ai collaboré à de nombreux échanges étudiants et autour des années 2010 j’ai pu observer un changement radical du comportement de certains étudiants et du succès de leur échange : ceux qui «déconnectaient» de leur pays, de leurs amis et de leurs parents apprenaient la langue plus rapidement, se faisaient plus d’amis et s’intégraient beaucoup mieux que ceux scotchés à leur téléphone presque tous les soirs. On pourrait tout aussi bien dire qu’il faut être présent, non seulement physiquement mais aussi mentalement. 

La position du voyeur qui prend tout en photographie n’est pas celle de celui qui fait l’expérience. Celui qui revient transformé a fait plus de rencontres et d’expériences que pris de photos.

La reconnexion et la découverte

Bien déconnecté, ce qui est le cas normalement quand on voyage, on est alors disponible pour de nouveaux contacts et des découvertes. "Loin des yeux, loin du coeur" s’applique aussi bien pour les parents que pour les proches. Le voyage est parfois une véritable thérapie qui nous extrait d’un contexte oppressant, qu'il soit familial ou professionnel, et nous mène à des rencontres formidables et des moments enrichissants, autant pour soi que pour les autres.

Transformé ?

Je ne veux pas retourner d’où je viens

J’ai assisté à une conférence où un voyageur dans un pays du Sud a été confronté à une situation humaine exceptionnelle. Il avait le choix de revenir reprendre son travail confortable, bien payé et quasi anonyme ou bien rester dans ce pays où ses compétences feraient une énorme différence, où il serait humainement apprécié comme il ne le serait jamais autant ailleurs et où il vivrait dans des conditions matérielles minimales. Pour son estime de lui-même, il a choisi de rester. Il ne regrette rien.

Sans être aussi extrême, bien des situations invitent à quitter une vie insatisfaisante. Le voyage offre à la fois le risque et l’opportunité d’en prendre conscience.

Beaucoup de gens ont d’abord visité un pays avant de venir s’y établir. Vient un moment où la décision est prise, «nous vivrons ici». La transformation est profonde.

Je n’en suis pas revenu

J’ai aussi vu le phénomène inverse, connaître mieux et devoir revenir dans des conditions adverses pas parce qu’on les apprécie mais bien parce que notre estime de soi et nos engagements le commandent. On sait maintenant que mieux existe et on a bien l’intention de le créer. On revient chez soi mais on n’en est pas revenu tout à fait.

Un ami qui était allé faire un voyage de collaboration dans un pays du Sud m’a raconté qu’au repas communautaire d’adieu où avait été servi du poulet, la seule viande qu’il avait vu de tout le voyage, un des villageois lui avait demandé pourquoi aucun des Blancs n’avait mangé les os du poulet. Les assiettes de tous les convives étaient vides, sauf celles des quatre collaborateurs Blancs… Depuis, il croque et mange tous les petits os de poulet, pleins de cartilage, de moelle et de calcium; plus besoin de suppléments de calcium et de nageoires de requin. Il n’en est toujours pas revenu.

En voyage, en admiration devant chaque aube différente, je me demandais pourquoi je n’éprouvais pas ce sentiment de plénitude au quotidien chez moi. J’avais le regard du voyageur qui découvre du nouveau tout le temps. Depuis, je cultive ce «regard du voyageur» et j’ai beau regarder le même paysage urbain depuis des années, je l’observe comme si c’était la première fois et je le redécouvre tout le temps.  Je n’en suis jamais tout à fait revenu.

On est revenu

Combien de personnes sont devenues plus tolérantes, ouvertes, collaboratives et extraverties suite à un voyage ? On prend conscience de nos différences, de nos forces, des opportunités que nous avons et qui n’existent pas nécessairement ailleurs. On est bien revenus, transformés, mais seulement si on a rencontré l’autre, la différence, l’inconnu, l’imprévu et, finalement, soi-même.

Bons voyages !

Image par Foundry Co - Pixabay

Références

Les voyages forment la jeunesse - Les proverbes
http://les-proverbes.fr/site/proverbes/les-voyages-forment-la-jeunesse

Pourquoi les voyages forment-ils la jeunesse? -  David Nathan - Noovo
https://www.noovomoi.ca/voyager/conseils-voyage/article.pourquoi-les-voyages-forment-la-jeunesse.1.3627222.html

Les voyages forment-ils vraiment la jeunesse ? Thibault de St Maurice - RadioFrance
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/philosophie/philosophie-du-vendredi-02-septembre-2022-1074982

Les bienfaits du voyage - Andrés - Liligo
https://www.liligo.fr/magazine-voyage/les-bienfaits-du-voyage-163538.html

Erasmus - https://erasmus-plus.ec.europa.eu/fr

Ne pas voyager

Sondage exclusif: Pourquoi les trois quarts des 18-30 ans rêvent-ils de partir à l'étranger? - 20 minutes
https://www.20minutes.fr/societe/2344803-20181001-sondage-exclusif-pourquoi-trois-quarts-18-30-ans-revent-partir-etranger

Ceux qui ne sont jamais partis, évoquent des contraintes professionnelles ou familiales (55 %) les empêchant de partir, suivies des contraintes financières (54 %).
« Il existe des déterminants à la mobilité internationale. Elle reste pour l’heure l’apanage des plus diplômés et des jeunes issus des milieux les plus favorisés »,
« la mobilité à l’étranger est favorisée par le fait d’avoir connu d’autres expériences de mobilité auparavant : avoir déménagé enfant, avoir changé d’université, avoir beaucoup voyagé avec ses parents »

The Case Against Travel - NewYorker - Agnes Callard
https://www.newyorker.com/culture/the-weekend-essay/the-case-against-travel

Syndrome du voyageur - Wikipedia -
«Comme la réalité n'est pas à la hauteur de leurs fantasmes, ils deviennent frustrés et se réfugient dans le délire»
https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_du_voyageur

La fois où j’ai expliqué pourquoi je ne voyage pas - Miz Littérature
https://mizlitterature.wordpress.com/2019/06/30/pourquoi-je-ne-voyage-pas/

Et si j’aime pas voyager ?  - Fil santé jeunes
https://www.filsantejeunes.com/et-si-jaime-pas-voyager-21283

Inconvénients du voyage : 12 désavantages de partir voyager et comment les apprivoiser - Instinct voyageur
https://www.instinct-voyageur.fr/inconvenients-voyage/


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