Si l’existence des routes est la preuve certaine du désenclavement des zones, gage d’un développement, elle est tout aussi porteuse d’un ensemble de maux et de nuisances de toutes sortes, allant des accidents de circulation jusqu'aux problèmes de santé.
Ces maux d’ailleurs serait vécus différemment suivant l’appartenance à une classe sociale, selon les conclusions découlant de la revue de la littérature consultée par la chercheuse. Ainsi, des individus issus des couches défavorisées en seraient les principales victimes.
Associant le trafic routier aux inégalités sociales, Sarah Mahdjoub-Assaad rédige une thèse de doctorat décapante : «Les nuisances liées au trafic routier (bruit, pollution de l’air et insécurité) : de la gêne à la perception du risque sanitaire sous l’angle des inégalités sociales». Cette recherche a deux objectifs :
- L’objectif principal est celui d’identifier les déterminants (sociodémographiques, socioéconomiques, lié à la mobilité quotidienne) d’une gêne ressentie vis-à-vis du bruit, de la pollution de l’air et des accidents de la route.
- Le second objectif quant à lui, entend étudier l’interrelation entre la gêne, la perception du risque sanitaire et les effets sanitaires ressentis au vu des trois nuisances liées au trafic routier.
Afin d’atteindre ces objectifs, la chercheuse organise sa réflexion en trois parties : l’état des connaissances, l’enquête et discussion générale. Dans l’optique de rendre compte de ce travail, elle s’emploie à présenter l’état des connaissances, les outils de collecte données et l’échantillonnage, et enfin les résultats de la recherche.
L’état des connaissances
Dans cette partie, Sarah reconnaît que les nuisances liées au trafic routier ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà les Romains s’en plaignaient. Ces nuisances gênantes constituent en France des fléaux de société et de santé qui intéressent de nombreuses institutions telle que BruitParif (Observatoire du bruit en Île-de-France). La chercheuse classe les nuisances en trois catégories qu’elle présente succinctement avec les risques encourus pour les humains à savoir le bruit, la pollution et l’insécurité. Par la suite, elle analyse les nuisances routières sous l’angle des inégalités sociales.
- Le bruit
Particulièrement gênant pour les Français, la réaction à une nuisance varie d’un individu à un autre, et traduit un sentiment de déplaisir selon que le bruit est imposé ou recherché, pouvant engager le pronostic vital des individus.
Ainsi, une forte exposition - une fréquence supérieure à 55dB(A) au bruit occasionné par le trafic routier-, entraine une diminution considérable des mois de vie en bonne santé, avec pour conséquence immédiate une perturbation du sommeil et une gêne subie.
- La pollution atmosphérique
Le trafic routier est l’une des principales sources de pollution atmosphérique. Des mesures sont prises afin de limiter la pollution. On note la limitation d’exposition aux polluants fixée par l’OMS, la création des observatoires environnementaux en France, chargés de surveiller la qualité de l’air et le niveau de pollution. Malgré cela, les trafics routiers n’ont de cesse de causer des décès.
L’OMS enregistre d’ailleurs 3 millions de décès dans le monde par an. En plus de cela, ces trafics sont associés à plusieurs gênes d’ordre physique et psychologique : les irritations oculaire, cutanée … et la perception de la pollution de l’air relevant de la subjectivité de tout un chacun.
- L’insécurité routière
Elle renvoie à la peur et au risque d’accidents de la route. Cette insécurité routière est due à de nombreux acteurs allant de la consommation d’alcool ou de stupéfiants, à l’imprudence sur la route et aux aménagements routiers déficients. Afin réduire les dégâts, des mesures contraignantes engageant la responsabilité des usagers de la route sont prises. Mais le risque est toujours élevé. En 2016 en France, 3469 personnes ont perdu la vie sur la route.
L’analyse des nuisances routières sous l’angle des inégalités sociales
Que ce soit les inégalités sociales en liaison avec le bruit, la pollution ou l’insécurité routière, la littérature à ce sujet ne dévoile guère des conclusions unanimes. Ceci étant dû à la variation des conceptions et la méthodologie de chacune des études, sans oublier le manque de données dans certains pays européens. Consciente de cet obstacle, Sarah inclut d’autres facteurs d’analyse qu’elle introduit dans ses objectifs à savoir : les déterminants sociodémographiques, socioéconomiques et de mobilité.
Après avoir présenté l’état des connaissances au sujet des variables de sa recherche, la chercheuse procède à la délimitation du terrain d’étude.
Le terrain de l’étude
La chercheuse a mené deux recherches transversales en « population générale » dans le département du Rhône, respectivement en 2013 et 2014. La première enquête portait sur la gêne, et 720 enquêtés y ont participé. La deuxième enquête centrée sur la perception du risque sanitaire et du ressenti de ses effets a connu la participation de 277 sujets, correspondant aux volontaires de la première étude ayant accepté de poursuivre l’enquête. Le principal outil de collecte a été le questionnaire. Par dépouillement des données, Sarah est parvenue à des conclusion.
Les résultats de la recherche
À la question de savoir quels sont les déterminants d’une gêne ressentie vis-à-vis du bruit, de la pollution de l’air et des accidents de la route, la chercheuse émet l’hypothèse selon laquelle les personnes les plus gênées étaient les plus défavorisées.
- Résultat 1 : les indicateurs sociodémographiques, socioéconomiques et le moyen de transport permettent de déterminer la gêne liée au bruit et à la pollution de l’air, tandis que la gêne liée aux accidents de la route, semble plutôt déterminée par la perception du risque routier.
- Quant à l’objectif secondaire, il était question d’identifier les déterminants de la perception d’un risque sanitaire vis-à-vis du bruit, de la pollution de l’air et des accidents de la route d’une part, et d’autre part, ceux du ressenti des effets liés au bruit et à la pollution de l’air.
- Résultat 2a : les facteurs relatifs au logement semblent impliqués dans la perception du risque sanitaire lié au bruit, tandis que les facteurs de mobilité sont liés à la pollution de l’air, et les facteurs relatifs à la santé sont associés aux accidents de la route.
Par ailleurs, le temps passé chez soi et le fait de trouver un inconvénient à son logement étaient communément associés à la perception d’un risque sanitaire relatif au bruit et aux accidents de la route.
- Résultat 2b : il s’est avéré que ceux qui souffraient de fatigue auditive et qui avaient tendance à déprimer, ressentaient ou avaient déjà ressenti les effets du bruit tandis que ceux qui souffraient de maux de gorge et de nervosité ressentaient plutôt les effets de la pollution. En outre, les fumeurs étaient ceux qui ressentaient le plus les effets du bruit comme de la pollution de l’air de même que ceux qui étaient le plus fortement gênés par la pollution de l’air.
Référence
Mahdjoub-Assaad Sarah, 2018, Les nuisances liées au trafic routier (bruit, pollution de l’air et insécurité) : de la gêne à la perception du risque sanitaire sous l’angle des inégalités sociales -Université de Lyon - en ligne
https://theses.hal.science/tel-02062646
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