Porter un bijou fait à base d’or, s’offrir un téléphone dernière génération, c’est plaisant ! Mais nous demandons nous comment ces matériaux sont collectés pour que nous ayons à notre disposition ces gadgets que l’on affectionne tant ?
Si l’abolition de l’esclavage remonte à plusieurs siècles, il faut bien croire que la ruée des pays du monde vers les ressources minières donne lieu à une nouvelle forme de forçat. Ces personnes qui passent des heures dans des mines pour échapper à la précarité et à la pauvreté ambiante. Si pour eux ce travail représente un moyen de sortir de cette situation oppressante, ils s’accordent tous sur la dangerosité de leur activité et, pour certains, sur leur statut de laissés pour compte.
Malgré le gain que peuvent réaliser les exploitants miniers étrangers grâce aux travaux des forçats locaux, et l’évocation des strass et des paillettes que révèle le mot « or » à l’esprit, les dessous de l’exploitation aurifère ou de tout autre minerai ne sont pas si reluisants. Derrière, elle se cache une injustice sociale et environnementale.
L’expropriation foncière et le trouble de l’équilibre social
Expropriation de force ou consentie, abandonner une terre qui a favorisé pendant longtemps l’équilibre d’un individu, de sa communauté et de son milieu n’est pas une mince affaire tant un tissu social né des interactions entre les hommes et leur milieu est établie.
Même si une autre vie leur est offerte grâce à une relocalisation comme c’est le cas au Congo après l’installation d’une usine chinoise d’exploitation de la potasse, l’équilibre du point de vue social et de la sécurité alimentaire est troublé à jamais.
Luemba Mavoungou dans un reportage réalisé par TV5 Monde à Mpili au Congo, affirme parlant de son ancienne demeure : « ici on pouvait aller en forêt, cueillir des noix de palme ou encore aller à la pêche. Aujourd’hui, on n’a même plus de champs à cultiver ».
À travers ce bout de texte on peut s’apercevoir de l’existence d’un réel déséquilibre social et même culturel dans une certaine mesure, orchestré par des séries d’expropriations. Lesquelles coupent tous liens entre la terre et leurs peuples. Sachant que la définition de l’identité implique un rattachement à la terre, à un espace avec quoi l’individu fait corps (Guy Di Méo, 2007); ainsi, les comportements reliés à l’espace matériel connaissent des modifications qui affectent négativement le vécu des populations.
Dans le cas du Congo, une insécurité alimentaire est établie comme le reconnait la voisine de Luemba en ces mots : « ici tout s’achète. Il faut de l’argent pour tout. On n’est plus les mêmes personnes que lorsqu’on était dans notre village. Ici il faut tout acheter : le bois de chauffe, le manioc. Il n’y a plus rien de gratuit. On n’a plus accès à la forêt ici. On vit comme les gens de Pointe-Noire [Capitale économique du Congo] ».
Une population abusée
Lorsque des projets d’une telle ampleur naissent, il irait de soi que les retombées de cette entreprise reviennent principalement à la population. Il paraît que pour ce qui est de l’exploitation minière, les choses fonctionnent autrement.
En fait, il semble que la population locale soit celle qui en profite le moins puisque celle-ci se voit envahie, troublée dans sa tranquillité par l’invasion de sa terre par des étrangers et des machines de toute nature. Et comme si cela ne suffit pas, au lieu que cette exploitation améliore ses conditions de vie, elle l’empire.
À l’Est du Cameroun par exemple, un membre de l’association «Trop c’est trop !» exprime son ras-le bol en déclarant : « Cela sert à quoi de piller les ressources de notre terre sans que cela ne nous apporte quelque chose, en laissant un désastre terrible dans nos cours d’eau, nos forêts et que sais-je encore ? ».
Un impact écologique important
Si la découverte des mines pour des pays représente une occasion d’attraction des investissements directs étrangers, les activités liées à l’exploitation des minerais possède un fort impact environnemental. En effet, la végétation qui est sensée réguler la température, absorber des particules nocives pour les hommes, est détruite, mettant en danger leur santé et à mal la biodiversité, sans compter que le paysage défiguré sous l’effet de l’exploitation minière.
C’est le cas du réseau hydrographique et des forêts ripisylves [forêts riveraines] à l’Est du Cameroun. En plus de cela, on assiste à la contamination des eaux par du mercure, qui sert à l’extraction de la poudre d’or, rendant l’accès à l’eau potable difficile, voire presqu’impossible. À côté de ce scénario, après exploitation des mines, celles-ci ne sont guère réhabilitées. Du coup, des excavations recouvrent tout le périmètre. Lesquelles, en saison de pluies, se transforment en pièges mortels pour les populations et le bétail.
Pour une exploitation responsable des ressources minières
Il est évident que l’exploitation abusive des ressources naturelles porte atteinte à l’environnement et à la vie des générations présentes et futures. D’un côté, les pays ne peuvent réellement pas se passer des ressources minières et de l’autre, il faut veiller à une exploitation plus durable dans l'intérêt de la planète. Ces deux visées peuvent-elles cohabiter tant on sait la place prédominante de ces ressources dans l’économie mondiale ?
Malgré ce défi complexe, l’éducation à l’environnement et au respect des droits humains fait partie de la solution. Cette mission incombe principalement à l’école. En effet, des enquêtes PISA et World Values Surveys entre 2005 et 2012, révèlent qu’un niveau d’éducation plus élevé améliore la compréhension des risques liés à la détérioration de l’environnement ce qui affecte à court et à long terme le comportement des humains vis-à-vis de leur milieu.
Au-delà de l’école, il est important que les États veillent au respect des droits humains et surtout des peuples autochtones afin qu’ils continuent de jouir de leur droit à la terre et à leurs ressources naturelles pour l’instauration d’une justice sociale et environnementale durable.
Hormis les discours de sensibilisation, il est nécessaire de poser des actions significatives à l’instar de la réhabilitation des zones exploitées. On note par exemple la réhabilitation de la zone minière de Geiseltal, en Allemagne, jadis le pouls d’extraction du lignite, en un lac artificiel, le plus grand d’ailleurs de la région Saxe- Anhalt, dans la ville de Műlchen convertie aujourd’hui en un patrimoine touristique. Comme quoi, il peut aussi avoir du bon dans ce type d’activité, pourvu qu’elle soit responsable et juste.
Image par Yathursan Gunam sur Pixabay
Références bibliographiques
Congrès mondial de la nature, 1996, Montréal, Canada, en ligne
https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/resrecfiles/WCC1_RES_051_FR.pdf
Deshaies Michel, 2001, « La réhabilitation des paysages dans l’ancienne région minière du rebord oriental du Harz (Saxe-Anhalt) », vol. 41, N0 1-2, Problèmes actuels en Allemagne,
https://journals.openedition.org/rge/3831
Di Méo Guy, 2007, « Identités et territoires : des rapports accentués en milieu urbain ? », Vol 1, Varia, en ligne https://doi.org/10.4000/metropoles.80
Jaoul-Grammare Magali, Stenger Anne, 2022, « Quel rôle joue l’éducation dans les préoccupations environnementales ? », Cairn, Vol 1, N0 417, p 1-4, en ligne
https://shs.cairn.info/revue-cereq-bref-2022-1-page-1?lang=fr
TV5Monde Info, Congo: 500 expropriations à cause d'une mine chinoise, en ligne https://www.youtube.com/watch?v=uDJHW64L_LY
Voundi Éric, 2021, « Extractivisme minier dans l'Est-Cameroun et controverses socio-environnementales : quelles perspectives pour un développement paisible des communautés locales ? », Belgeo, Vol 2, p 1-31
https://journals.openedition.org/belgeo/48699
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