Le mouvement migratoire des hommes vivant dans des zones rurales vers la ville, est monnaie courante. À un moment donné, vers le milieu du XIXe siècle, il s’est érigé en norme. Fortement expérimentée par la couche pauvre de la population, les artisans fortement concurrencés par les industriels, quittent les campagnes vers les villes, à la quête de meilleures conditions de vie. D’autres corps de métier vont s’y joindre à l’instar des instituteurs, les notaires, les propriétaires fonciers, les agriculteurs.
Depuis la pandémie à coronavirus renforcée par d’autres défis actuels de toutes sortes, les hommes désormais désirent vivre mieux et épanouis dans leur cadre de vie. Ils veulent donner un sens à leur travail et à leur vie, hors du quotidien suffoquant des espaces urbains. Les campagnes semblent répondre au mieux à leurs attentes d’où l’exurbanisation, communément appelée exode urbain.
Si la quête de nouvelles opportunités est la cause du vidage des campagnes, comment comprendre ces retours dans les régions, lesquelles étaient moins prometteuses jusqu’à tout récemment ? S’agit-il d’un retour aux sources ? D’un désir de reconnexion avec soi et la nature ? Ou tout simplement un effet de mode ?
Les raisons écologiques
Des appels à la protection de la nature et pour la biodiversité se font entendre régulièrement. Si pour certains protéger la planète rime avec l’adoption d’un comportement écoresponsable à travers l’exécution des gestes simples comme trier ses déchets par exemple. Pour certains, cette mélodie coïncide avec un changement drastique et total d’un mode de vie, quitte à tourner le dos aux agitations mondaines pour se réfugier dans l'apaisement que procure la nature.
Loin d’être une décision prise sur un coup de tête, il est probable que le repeuplement des campagnes participe à limiter l’impact écologique dans les villes, affirme Henri Landes , auteur du livre Repeupler les campagnes. Comment organiser l’exode urbain pour répondre à l’urgence écologique (1). En fait, il soutient que l’exacerbation de l’exode rural, dû à une concentration des initiatives de développement vers les villes, a conduit à une surpopulation dans les zones urbaines débouchant à la vulnérabilité de ces zones vis-à-vis des catastrophes naturelles. Selon lui, le rééquilibrage de la population dans les villes et campagnes serait une stratégie de transition écologique et d’adaptation aux changements climatiques d’une part et, d’autre part, serait un gage d’amélioration de la santé des humains.
S’il est clair que sortir de la ville pour se réfugier dans les campagnes peut paraître impensable pour des personnes habituées aux agitations des métropoles, retourner en campagne peut être considéré comme un voyage initiatique de reconnexion profonde avec la nature, cette mamelle nourricière à qui l’on doit l'essentiel. Ce qui change les modes de perception de la nature, non plus comme un simple objet de contemplation, mais comme notre milieu de vie dont nous sommes une partie intégrante.
Entre enracinement à la terre et la recherche d’opportunités
La terre est un marqueur identitaire et en tant que tel, on ne saurait exister pleinement sans elle. Après tout, pour savoir où on va, l’on doit connaître d’où l’on vient, ne le dit-on pas ? C’est suivant cette philosophie de vie qu’une partie non négligeable des jeunes décide de rejoindre la terre de leurs ancêtres à la recherche de nouvelles opportunités que peut offrir la campagne. Si pendant longtemps, la tendance a été celle des déplacements massifs de la population vers les grandes villes, il semblerait qu’aujourd’hui, l’inverse se constate.
Si pour certains, il est inutile d’avoir des attaches pour s’implanter sur une terre, pour d’autres, cet enracinement constitue l’une des motivations majeures du retour dans les campagnes. C’est le cas des frères Hachmi (2) qui se sont convertis en arboriculture, afin de reprendre une affaire familiale ; l’un des frères troquant sa carrière en management international contre des bottes, des tracteurs et j’en passe. Il est évident que dans ce mouvement de retour aux sources, il y a bien un désir de se faire une place dans un espace campagnard moins compétitif, puisque la majeure partie de la population est concentrée dans les grandes villes, à la recherche de leur El Dorado.
Du coup, il est plus que stratégique et réfléchi d’entamer cette démarche sortant des chantiers battus, pour embrasser des possibilités qu’offrent les campagnes. Henri Landes ne voit pas les choses autrement lorsqu’il reconnaît que l’entrepreneuriat rural constitue une grande possibilité étant donné qu’il y a beaucoup de places pour entreprendre. En plus de cela, la connectivité entre les collectivités donne une double possibilité de développer un projet et de trouver des niches. Dans ce sens, l’on peut tout aussi réussir dans les campagnes contrairement aux idées reçues, loin de l’agitation des villes.
Un besoin de changement
Changer d’air a du bon surtout lorsque l’on a l’impression d’être de façon permanent en vacances, loin du rythme effréné des métropoles où le temps est la denrée la plus rare. Ce rythme intenable, peu de personnes le supportent, c’est la raison pour laquelle les regards se tournent vers la campagne afin de retrouver un peu de sérénité, de tranquillité d’esprit, une meilleure santé physique.
Et si l’on ajoute à cela la possibilité de faire des économies, on a là le combo parfait. Ce sont tous ces aspects qui ont poussé Julien, un photographe de mode à Paris, et Pascale Sagnier une ex-graphiste, et son époux à s’installer à la campagne à l’écart de la folie de la ville (2). Il se confient à France 3 dans l’émission «enquêtes de région» pour vanter les bienfaits de la campagne sur leur vie : entre amélioration de la santé, sérénité, ils semblent avoir trouvé un bout de paradis.
Le besoin de changement rime aussi avec la recherche d’un plus grand espace vie que les métropoles n’offrent malheureusement pas, compte tenu de la forte densité de la population des villes. Si dans ces grandes villes il est possible de rencontrer beaucoup de monde, la solitude gagne paradoxalement du terrain. À la quête d’une vie en société moins individualiste, et plus solidaire, Kristina et sa cousine (4) on décidé d’aller s’installer momentanément à la campagne, poussé par la crise sanitaire à coronavirus, puis, le séjour s’est avéré définitif. Elles expliquent qu’elles étouffaient à Berlin et qu’elles avaient besoin de plus de liberté.
Oui pour le retour à la campagne, mais comment ?
Toutes ces expériences donnent envie tout de suite aller s’installer dans les régions. Mais il faudrait que ces mouvements de retour soient encadrés par des politiques publiques afin d’encourager la population dans ce sens et surtout les soutenir dans leur démarche. Henri Landes préconise d’ailleurs
- l’imposition d’un service écologique,
- l’encouragement des entreprises à investir dans les zones rurales.
Tout compte fait, aller vivre en campagne est une belle initiative, mais encore faut-il s'adapter au rythme et au mode de vie de ce lieu qui demande une grande adaptation du point de vue des transports, par exemple.
Illustration: Abouriarajesh sur Pixabay
Références
(1) Henri Landes - Repeupler les campagnes : comment favoriser l'exode urbain pour répondre à l'urgence écologique - https://editions-observatoire.com/livre/Repeupler-les-campagnes/368
(1) BackTo earth, “Repeupler les campagnes : comment organiser l’exode urbain pour répondre à l’urgence écologique, en ligne https://www.youtube.com/watch?v=SGIn23MJnXs
(2) France 3 Nouvelle Aquitaine, « Nos campagnes sont-elles en train de se repeupler ? », en ligne https://www.youtube.com/watch?v=_9y9fj_GlW0
(3) Université ouverte, « De l’exode rural à l’exode urbain : mythe ou réalité d’un inversement spatial ? », en ligne https://www.youtube.com/watch?v=MIYvYOTCaeg
(4) Arte - Regards, exode urbain : l’appel de la campagne, en ligne
https://www.youtube.com/watch?v=-Ekdwa2AirU&pp=ygUJI2x1cmJhaW5l
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