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Publié le 06 mai 2026 Mis à jour le 07 mai 2026

Pressés de vivre, épuisés d'exister

Quand accélérer sans cesse finit par nous vider de nous-mêmes

Quand l'esprit ne sait plus où donner de la tête. Unsplash - vf7NiRQtLxE

Le monde d'aujourd'hui tourne autour de l'échéance permanente. Ce mode de vie crée une culture où la lenteur est presque reconnue comme une faute ou un défaut.  La vitesse est utile, mais elle peut affecter le corps, l'esprit, les relations sans qu'on s'en rende compte. Chaque jour, on court, on produit, on enchaîne et à la fin, on s'épuise. Pourquoi, malgré tous les outils pour aller plus vite, se sent-on plus épuisés que jamais ?  À quoi sert d'être présent si notre pensée est déjà ailleurs, tournée vers la tâche suivante ?

Plus d'outils, moins de vie.

Le journaliste et écrivain canadien Carl Honoré a soulevé dans son œuvre « Éloge de la lenteur » un paradoxe. Il a mentionné que l’humanité n’a jamais disposé d’autant d’outils pour avoir un gain de temps. Malgré cela, on sent toujours un manque de temps pour toutes les choses que l’on fait.

Preuve de cela, exemple, dans la vie quotidienne, le smartphone nous permet d’être disponible en tout temps, les applications permettent de gérer nos agendas à la seconde près, les transports évoluent et s’accélèrent, des outils digitaux sont utilisés au travail pour accélérer les tâches et leur suivi ; pourtant quelque chose résiste. Bref, on cherche divers moyens d’accélérer ce qu’on fait et de nous faciliter la vie; mais au fond, notre être, lui, n’arrive plus à suivre le rythme de tout ça.

D’ailleurs, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), a reconnu cette réalité en 2019. Chaque année dans le monde, la dépression et l'anxiété au bureau nous coûtent 12 milliards de journées de travail. Derrière ce chiffre, des millions de personnes en souffrance ne peuvent plus avancer. Ce manque de bien-être représente un gâchis pour l'économie mondiale, soit 1 000 milliards de dollars de productivité qui s'envolent.

Bref, on court de plus en plus vite, mais on finit par oublier pourquoi.

Le corps est là. L'esprit, lui, est déjà ailleurs.

L'épuisement est parfois invisible. On peut sourire, répondre aux autres et être présent physiquement, alors qu'à l'intérieur, on a déjà décroché. C'est une disparition silencieuse.  Avant de craquer pour de bon, on s'éteint petit à petit de l'intérieur; on est là, mais le cœur n'y est plus.

Dans le monde où nous vivons, être présent physiquement ne suffit plus. On vit dans l'urgence constinue et notre esprit est rarement au même endroit que notre corps. On mange en répondant à des messages. On écoute quelqu'un en préparant déjà ce qu'on va lui dire. On passe une soirée en famille, mais on a la tête à la réunion du lendemain.

Vivre de cette façon fait de nous des fantômes. Voilà le prix à payer pour vouloir tout faire trop vite. On finit par ne plus être nulle part. Cette façon de vivre nous détruit en silence, insidieusement.

Ce n’est pas un hasard, une recherche scientifique confirme ce ressenti. Une équipe de chercheurs menés par Stéphanie Cœugnet a démontré que, quand le cerveau est sous contrainte chronique, il ne peut plus traiter l’environnement avec la même profondeur. Et ce phénomène s’appelle la « pression temporelle ». Ainsi, l’être humain agit différemment. Il passe son temps à trier, à tout vouloir simplifier ou à prévoir la suite. Et pendant ce temps-là, il passe complètement à côté du présent.

On le désire, simplement on ne sait plus comment faire. On est tellement habitués à courir qu’on a fini par devenir accro : dès qu’on se pose, on stresse. Quand on ne fait rien, on a l’impression de perdre pied et parfois même, on pense que prendre du temps pour soi est une faute car on a toujours l’impression d’être inefficace quand on ne produit rien.

Les conséquences de la déconnexion avec le présent n’affectent pas seulement la personne concernée, mais aussi ses relations. Elle les fragilise, qu'elles soient familiales, amicales ou professionnelles. On enchaîne les messages, mais on n'écoute plus vraiment les personnes avec qui on discute. On partage la même pièce, mais chacun est déjà reparti dans ses pensées. Au final, on n'a pas seulement fatigué nos corps, mais on a vidé nos liens de leur sens.

Ralentir n'est pas perdre, c'est recommencer à vivre.

Alors que faire ? Continuer à courir jusqu'à l'effondrement ou oser simplement, enfin, choisir son rythme ? L'idée n'est pas de rester immobile mais de trouver le bon rythme pour soi. Un rythme qui nous donne de l'énergie au lieu de nous vider. Adapter notre vitesse à ce que nous faisons, à ce que nous vivons et à ce que nous sommes vraiment est la meilleure aptitude. Cela nous permet de garder un bon rythme tout en réalisant nos devoirs dans le temps ou pas.

Afin ne pas se perdre avec la vitesse, l’objectif est simple : être rapide quand c’est nécessaire, mais savoir ralentir quand c’est important.  Cette conscience nous permet de garder notre bonheur tout en étant présent dans ce qu’on réalise.

La science confirme cette intuition. Des chercheurs comme Cœugnet ont montré qu'il faut savoir varier la pression du temps selon le contexte. Certaines tâches demandent de la réactivité, c'est vrai, mais d'autres, comme la réflexion profonde, les relations humaines ou la créativité, ont besoin de lenteur ou de temps pour vraiment être réalisées.

En résumé, on peut faire les actions en vitesse pour les tâches immédiates et plus lentement pour ce qui a du sens, sinon on finit par tout bâcler. Choisir de ralentir, ne signifie pas abandonner. C’est simplement ouvrir les yeux et faire les choses consciemment et avec du sens. Souvent, on pense qu’il faut s'épuiser pour réussir. En fait, c’est l’inverse, on est bien plus efficace à terme quand on prend le temps de réfléchir au calme. Courir tout le temps nous fait perdre la capacité d'être vraiment là.

Choisir la lenteur n'est pas incompatible avec l'intensité du moment.  Que ce soit au bureau, avec nos proches ou pour nous-mêmes, la présence du corps et de l’esprit au même endroit est la chose la plus importante et cela fera partie de notre force. La vitesse maximale, elle, finit toujours par l'abîmer. Choisir la vitesse appropriée c'est vraiment choisir de vivre.

Illustration : Unsplash - vf7NiRQtLxE

Références

La pression temporelle : un phénomène complexe qu'il est urgent d'étudier - Stéphanie Cœugnet, Camilo Charron, Corinne Ribert-Van De Weerdt, Françoise Anceaux et Janick Naveteur
https://shs.cairn.info/revue-le-travail-humain-2011-2-page-157

L'OMS et l'OIT appellent à de nouvelles mesures pour s'attaquer aux problèmes de santé mentale au travail
https://www.who.int/fr/news/item/28-09-2022-who-and-ilo-call-for-new-measures-to-tackle-mental-health-issues-at-work




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