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Pressé

Les échéances approchent, les délais raccourcissent, l'injonction d'efficacité se transforme en pression, exprimée en stress, impatience, frustration ou culpabilité pour peu qu'elle ne soit pas respectée. La vitesse d'exécution vient avec des exigences de maîtrise et des effets appréciés, cependant la tolérance n'en fait pas partie.

Nous sommes sensibles à la vitesse et nous l'associons facilement à la compétence : à qualité égale, celui qui obtient le résultat plus rapidement parait forcément meilleur. Le contrôle est un peu la condition de base pour aller vite : demeurer concentré et précis, avec des marges compatibles avec son temps de réaction.

S’il y a une ivresse de la vitesse, elle a des conséquences sur la qualité : qualité de la production, qualité de vie, qualité d’interaction, qualité de décision; certains seuils ne peuvent pas être dépassés sans risques. Rares sont les professionnels qui parviennent à aller vite et maintenir le rythme dans la durée; ceux installés à ce niveau n'ont plus rien à craindre de la compétition.

Nos agendas organisent notre futur et en définissent les limites à coup d'alertes et de rappels; notre disponibilité sporadique est efficacement fragmentée entre les nécessités vitales, économiques et sociales. La disponibilité qui reste est convoitée et absorbée par un monde numérique insatiable.

Dans ce contexte, une évidence s'impose en pédagogie : l'apprentissage, la création de connexions, l'expérimentation située, l'appropriation et autres processus essentiels au développement d'une réelle compétence, tout cela prend du temps, un temps continu que la biologie exige et qui est peu compressible. Les rythmes biologiques peuvent s'ajuster mais dans des limites assez étroites, bien en deçà de l'accélération permise par les technologies, l'IA au premier plan. Aussi, considérant notre réalité organique, l'utilisation actuelle des technologies en enseignement est pertinemment remise en question.

Il reste les échéances, fixées par la nécessité, les autres ou soi même, l’ingrédient clé de tout bon suspense, le révélateur de la procrastination, le cauchemar des fins de session, le stress du début des vacances et des départs programmés. Nous sommes pressés, pressés par qui ? Pressés pour quoi ? 

Denys Lamontagne - [email protected]

Illustration : Shutterstock - 2204705483

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