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Publié le 06 mai 2026 Mis à jour le 06 mai 2026

Aller toujours plus vite, est-ce bon pour la santé ?

Sortir de l'injonction d'efficacité

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Beaucoup d’humains vivent à longueur de journées et d’années une course continue contre la montre. La nécessité de l’urgence exerce une forte pression sur leurs vies. Il semble que se soit répandue la croyance qu’aller vite est forcément mieux adapté, plus efficace et moins coûteux ou encore qu’il ne soit plus envisageable de faire autrement. Nous nous sommes transformés en sprinters du quotidien.

Pourtant les sprinters professionnels ne courent que sur de courtes distances et pendant peu de temps, puis se reposent avant de recommencer. Les humains sont-ils faits pour cette pression constante de la vitesse ? Comment notre corps supporte-t-il la précipitation permanente ?Le burn-out n’est-il pas une des conséquences de cet impératif ?

Et que se passe-t-il quand on vieillit, quand, par nécessité physiologique, on va plus lentement pour réfléchir et pour agir ? Être plus vieux nous place-t-il nécessairement hors du monde parce qu’hors du temps dans cette société pressée ? Est-il au final encore possible d’équilibrer son temps pour respecter ses rythmes internes ?

Le temps qui se trouve

Quoi qu’on en pense, le temps linéaire et stable, le temps objectif, n’est qu'une convention humaine qui permet de se repérer et de compter. Nos années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes, dixièmes de secondes etc. ne sont devenus des durées stables et universelles qu’à l’invention du train et de la nécessité d’un temps collectif partageable.

Avant cela, dans l’Antiquité par exemple, la durée d’un jour pouvait varier selon la saison (plus court en hiver, plus long en été) et jusqu’au 19e siècle, d’une région à l’autre et selon les habitudes de vie, le temps pouvait s’envisager différemment. Einstein a démontré que le temps était toujours relatif. Sa durée dépend 1) de la perception qu’on en a, 2) du contexte dans lequel il est perçu (environnement, vitesse de la lumière etc.). À certains endroits de l’espace (trous noirs), par exemple, le temps s'arrête, une seconde devient infinie.

À côté de ce temps linéaire, standardisé et inaltérable, considéré dans le langage courant comme la seule mesure possible, il existe au moins deux autres approches qui intègrent cette fois la réalité biologique.

  1. Il y a le temps de chacun. Nous recevons à notre naissance un certain volume de temps (une durée de vie), dont nous ne connaissons pas la limite. Nous vivons ensuite ce temps de manière variable selon les époques de notre vie et ce que nous en faisons. 

    Le temps ressenti par chacun peut être différent de ce qu’affirme l’horloge. Les mêmes dix minutes de conversation peuvent sembler aux uns interminables et aux autres bien trop courtes, selon qu’on s’est ennuyé ou passionné. Le temps des enfants est plus long que celui des plus âgés. A

    À six ans, une année semble ne jamais finir de devenir la suivante. À soixante ans, les années passent sans qu’on s’en rende compte. Dans le temps de chacun, seul le présent est véritablement vécu, le passé étant terminé et le futur pas encore advenu. On peut rêver au passé ou à l’avenir mais on ne peut vivre concrètement que le présent.

    « Le Dr Michael Ashworth dit que les gens qui mènent un style de vie pressé «vivent dans le futur et non dans le présent. Ils remarquent rarement les roses sur le chemin de la vie, car leurs yeux sont toujours fixés sur le but. Par conséquent, ils se sont soumis à un grand stress. Il n'est pas incompatible d'être axé sur les objectifs et d'avoir une bonne idée du temps. L'équilibre est la clé. ». (Ichi.pro)

  2. Et puis, il y a le temps de la Nature. La Nature fonctionne selon des cycles et des étapes immuables qui se renouvèlent depuis la nuit des temps. Il y a la gestation, puis la naissance, le déploiement, la maturité, puis le vieillissement, la décrépitude et la mort. Et ça recommence. 

    Dans la Nature, la mort n’est pas une fin car « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Antoine Lavoisier, 1789). La Nature fonctionne en cycle, pas en linéarité. Elle a des saisons, qui peuvent varier d’une région à l’autre de la planète, dans leur durée, leur intensité et leurs dates d’apparition, et qui reviennent chaque année. 

    Parmi les humains, les femmes connaissent intimement ce principe cyclique qu’elles vivent dans leur corps de la puberté à la ménopause. La chronobiologie nous enseigne par ailleurs que le corps humain fonctionne selon des rythmes circadiens, qui constituent des cycles d’environ vingt-quatre heures calés sur une horloge interne qui se régule toute seule si on ne la perturbe pas. Les données de la recherche montrent que presque toutes les fonctions biologiques sont soumises à ce rythme. Nous y reviendrons plus loin.

En résumé, comme le dit Benoit Labourdette, « (Il faut) Se libérer de la croyance que le temps nous serait imposé comme un continuum extérieur et objectif. Prendre conscience que le temps tel qu’on se le représente est un joug social. Nous sommes capables de créer notre temps ».

L’économie du temps : quand la rentabilité dicte nos vies

Dans notre société capitaliste, dans laquelle le profit est une valeur fondamentale, le temps est une ressource qu’il y a lieu d’utiliser à bon escient. En somme, « Le temps, c’est de l’agent » (Benjamin Franklin, 1748).

Le vocabulaire lié au temps a ainsi intégré des notions de perte et de gain, de cumul et d’économie, de valorisation ou de gâchis. Il y a de « bonnes » et de « mauvaises » manières de l’utiliser. On parle ainsi de gagner ou perdre son temps ou encore d’ optimiser ou rentabiliser son temps. On peut dépenser son temps. On peut aussi en acheter en payant des gens pour assurer à notre place certaines tâches (faire ses courses, son ménage, sa comptabilité, garder ses enfants… dans le domaine domestique, et ce qu’on appelle sous-traitance dans le domaine de l’entreprise), de façon à pouvoir utiliser son temps autrement.

On peut aussi donner de son temps, quand on s’active bénévolement ou qu’on accompagne des personnes de son entourage qui ont besoin d’aide.

Les études socio-économiques identifient trois types d’usage du temps :

  • le temps dit « marchand » (travail, achat et vente),
  • le temps dit « domestique » (s’occuper de sa maison et de sa famille), et
  • le temps dit « libre ».

Le temps marchand est passé de 60% au 19e siècle à 30% en 1920 pour descendre à 14% aujourd’hui. Aujourd’hui, on utilise, en moyenne journalière annuelle,

  • 12h11 pour le sommeil et l’hygiène (toilette, repas),
  • 3h22 pour le travail,
  • 3h22 pour les temps domestiques et
  • 5h12 pour le temps libre.

Ce temps dit « libre » ne cesse en comptabilisation horaire d’augmenter et fait l’objet de conflits dans la façon dont chacun considère ce qu’on devrait en faire (pour qu’il soit « rentable »).

Le débat porte à l’heure actuelle, en France en particulier, sur le temps qu’on devrait passer à travailler (le temps marchand, donc), réputé seul rentable (donc valable). Sans que jamais personne ne définisse d’ailleurs ce que veut dire « travailler ». La base de son estimation est le temps horaire, justement, et, en l’occurrence, surtout celui des salariés, qui sont les seuls dont le temps de travail est à peu près mesurable.

On n’évoque pas le temps consacré au travail par les indépendants, les artistes, les parents aux foyers ou les bénévoles de toute sorte… bien que ce travail-là contribue bien sûr lui aussi au bon fonctionnement et à la « rentabilité » de la société.

L'urgence comme norme ou la dictature du toujours plus vite

Cette vision purement économique du temps amène inéluctablement à l’idée qu’il vaut mieux en dépenser le moins possible pour obtenir le plus de résultat possible. On en est donc venu à demander à tout le monde d’aller plus vite pour faire ce qu’il fait, même quand cela semble absurde au regard de la finalité.

  • Les usines doivent produire plus vite, les stocks se vider plus vite, les livraisons arriver plus vite, les consommateurs consommer par conséquent plus vite aussi. On demande aussi aux médecins de soigner plus vite, aux formateurs de former plus vite, aux hommes politiques et aux managers de décider plus vite.

  • En France, un médecin généraliste ou spécialiste doit boucler sa consultation en quinze minutes, saisie des données comprises, qu’il connaisse bien son patient ou pas, que celui-ci ait une affection complexe ou pas. Dans les entreprises, les objectifs donnés sont systématiquement assortis (c’est même souvent implicite) de l’exigence que cela soit réalisé au plus vite, quelles que soient les contraintes en présence et les moyens disponibles.

  • On demande aux formateurs d’atteindre en deux jours des objectifs pédagogiques qui en nécessiteraient le double ou de remplacer par des webinaires de deux heures des formations en présentiel d’une journée. On n’attend plus la saison où il est censé pousser  pour se procurer un fruit ou un légume. À peine a-t-on acquis un ordinateur, un téléphone ou même un vêtement qu’il est déjà obsolète ou démodé.

Le langage lui aussi se renouvèle et intègre de nouveaux mots et de nouvelles tournures de phrases à une telle vitesse que même les jeunes générations n’arrivent plus à suivre. On dit qu’internet accumule en plus chaque semaine l’équivalent de la totalité des connaissances acquises par l’Humanité depuis ses origines. Certains en sont à s’étonner que, malgré les avancées de la médecine moderne, on doive encore attendre neuf mois pour fabriquer un petit humain. Tout est nécessairement urgent, sans même qu’on se demande pourquoi.

Dans ce monde de la vitesse révérée, de la cadence frénétique, ce qui est lent ou ancien n’a plus le droit à la parole. Les générations précédentes se construisaient sur un passé qu’elles apprenaient à connaître pour s’en instruire. La société contemporaine tend à rejeter tout ce qui date de quelques années et à vouloir réécrire dans l’histoire et la culture tout ce qui ne correspond plus aux mœurs d’aujourd’hui (mouvement wokiste) et la société occidentale, pourtant globalement vieillissante (pour rappel, en 2050, la moitié des européens auront plus de soixante ans), nie de plus en plus les apports du passé et l’expérience de vie n’est plus une valeur en soi.

À cet égard, dans le vocabulaire lié au temps, on trouve notamment ces deux expression « vivre avec son temps », qui est valorisé et suppose de se tenir en permanence au courant de l’actualité et d’adapter ses comportements, et « avoir fait son temps », qui veut dire qu’il faut laisser la place aux plus réactifs.

À quoi tout cela est dû ? On peut supputer que le déferlement numérique y est pour beaucoup. Nous sommes désormais confrontés à des IA qui n’ont besoin que de quelques secondes pour lire et analyser des centaines de documents. L’être humain va-t-il se condamner lui-même à sans arrêt courir derrière ce qu’il a lui-même inventé pour essayer de ne pas tomber en déliquescence bien avant l’heure ?

« Dans une société où les pressions extérieures (travail, famille, obligations sociales) dictent souvent notre emploi du temps, le sentiment d’aliénation croît. Cette aliénation, déjà analysée par des philosophes comme Georg Simmel au début du 20ème siècle, est accentuée par la mécanisation, la rapidité des échanges, et l’omniprésence des communications modernes ». (Sandie Carissan)

Le mythe du multitasking

Afin de « gagner » du temps, nous prenons l’habitude de faire plusieurs choses en même temps. Déjeuner sur le pouce en faisant ses courses, écouter de la musique ou une émission de radio en conduisant, courant ou marchant dans la rue, téléphoner en travaillant sur un document, participer à une réunion tout en envoyant des SMS ou des mails etc.

Les adolescents et les jeunes adultes adeptes du multitasking travaillent sur leur portable, la musique à fond dans leurs écouteurs, tout en consultant d’un œil le fil de leur réseau social préféré et en envoyant de loin en loin des SMS à leurs amis.

De fait, contrairement à un ordinateur ou à une IA, notre cerveau n’est pas multitâches (et encore faut-il à un ordinateur une certaine puissance pour gérer correctement beaucoup de tâches simultanément). Même si nous ne pouvons le percevoir car ce qui est en réalité un changement rapide d’attention peut se jouer en centièmes de secondes, le cerveau ne se consacre en réalité qu’à une chose à la fois, d’où la nécessité pour lui d’automatiser certains processus comme la respiration ou la digestion.

Passer ainsi très rapidement d’une tâche non automatisée à une autre finit par avoir le même effet sur notre cerveau qu’a sur la batterie de notre téléphone la recherche permanente du réseau quand nous prenons le train : il s’épuise et finit par faire des erreurs (ou par planter). Ce qui peut arriver aussi quand aucune des tâches gérées en parallèle n'est assurée avec la concentration nécessaire.

Tout est en réalité simplement survolé et il peut être quasi impossible de mémoriser quoi que ce soit dans ces conditions. Les neurosciences ont identifié cela depuis longtemps déjà en évoquant une « interférence attentionnelle » qui crée un « goulot d’étranglement cognitif ».

Le gouvernement français l’a identifié lui aussi, dans le domaine au moins de la conduite automobile, car il est désormais strictement interdit, sous peine d'amendes salées et de la perte de son permis, de téléphoner au volant (des études menées en France et au Canada montre que cela réduit notre capacité d’attention autant qu’un taux d’alcoolémie de 0,8 gr/l).

Le temps du vivant dans l’apprentissage

Apprendre, c’est mémoriser, avec son mental et/ou avec son corps, puis associer et reconstruire les savoirs déjà possédés avec les savoirs nouveaux, et, enfin, les confronter au réel par une pratique. Ce processus complexe a ses rythmes et ses étapes, variables en durée et en structuration selon les individus. C’est aussi un processus fragile, par conséquent, qui peut nécessiter d’être plusieurs fois reproduit pour s’ancrer. On passe ainsi successivement d’une incompétence consciente à une compétence inconsciente, quand ce savoir est complètement intégré et fait désormais partie de soi.

Les enseignants et les formateurs savent (en principe) que le corps doit être pris en compte pour faciliter ce processus, ce qui suppose de respecter ses rythmes. Le temps du vivant c’est aussi les pauses régulières, les moments laissés au mouvement, l’hydratation et l’alimentation en suffisance, ainsi que la respiration (une salle de formation doit être régulièrement aérée, le travail mental consommant pas mal d’oxygène) et la lumière naturelle.

De nos jours, pourtant, le développement des webinaires et autres ateliers en distanciel laisse la responsabilité des besoins de son corps à l’apprenant. À lui de prévoir la bouteille d’eau à portée de main ainsi que le confort suffisant de sa chaise et de son écran. Souvent même, les pauses ne sont plus intégrées dans le déroulé pédagogique, chacun pouvant s’il le souhaite éteindre ou non à intervalles réguliers sa caméra et son micro pour aller se dérouiller les jambes ou boire un café.

La question des paramètres du maintien de l’attention du groupe reste discutée entre pédagogues mais, curieusement, la prise en compte, pour ce faire, des besoins corporels est rarement évoquée. Là encore, le rythme biologique, les temps individuels et naturels, sont ignorés, au profit du plus rapide considéré comme plus économique à défaut d’être plus efficace.

Santé et précipitation, les conséquences physiques de l'accélération 

« Simmel observe que la ville moderne provoque une "intensification de la vie nerveuse", un phénomène toujours d’actualité dans nos sociétés surconnectées. Nous sommes souvent déphasés, incapables de nous adapter aux rythmes naturels ou même à nos besoins physiques fondamentaux comme le sommeil ». (Sandie Carissan)

Cette vie pressée nous conduit donc progressivement à nous éloigner de nos rythmes naturels et à nier les besoins de notre corps. On mange plus vite, au risque d’une digestion difficile et d’un ulcère d’estomac, on dort moins, au risque de déficits cognitifs divers dont des dysfonctionnements de la mémoire et une sénilité précoce, on fait plusieurs choses à la fois, sans tenir compte de la réalité de fonctionnement de notre cerveau, on respire mal, pas assez et trop vite, au risque d'un manque d'oxygénation de nos cellules et de nos neurones donc de troubles divers.

Les publicités et les employeurs nous encouragent à être « performants » 100% du temps quoi qu’il en coûte. Comme les ordinateurs qu’on n’éteint plus, il nous est demandé d’être réactifs et disponibles à n’importe quelle heure du jour et n’importe quel moment de la semaine, pour répondre aux sollicitations diverses d’où qu’elles proviennent (avec les encouragements institutionnels à la déconnexion, qui restent peu suivis d’effets jusqu’à présent).

En 1941, déjà, Paul Morand publiait L’Homme pressé, roman de la vie d’un homme d’affaires qui, à force de courir sa vie sans jamais se poser, l’abrège brutalement d’un arrêt cardiaque. Le roman a été adapté à l’écran en 1977, avec Alain Delon dans le personnage principal. En 2018, un autre film, Un homme pressé, avec Fabrice Lucchini, reprend l’idée mais le héros, réchappé d’une attaque cérébrale conséquence de sa vie précipitée, apprend cette fois de ses erreurs et change ses priorités de vie.

Ce que nous apprend la chronobiologie ou étude des rythmes biologiques dans l’organisme

Ainsi qu’évoqué, le corps a ses rythmes et ses cycles et, durant les dernières décennies, les chercheurs ont découvert de nombreux mécanismes de régulation des horloges internes et montré que leur dérèglement peut avoir des impacts majeurs sur la santé, conséquences constatables aussi bien sur le sommeil que sur le métabolisme, le fonctionnement du système cardiovasculaire, du système immunitaire etc.

Notre horloge interne centrale, localisée dans l’hypothalamus (région cérébrale de la taille d’une amande située à la base du cerveau), est un véritable chef d’orchestre, qui régule l’appétit, le sommeil, la température corporelle et la production de diverses hormones utiles au fonctionnement global du corps. Le cycle imposé par cette horloge dure entre 23h30 et 24h30 selon les individus. Elle est chaque jour resynchronisée (remise à l’heure) par des évènement extérieurs au corps. La lumière est un des principaux facteurs qui influencent cette horloge, avec des effets divers selon sa couleur, le bleu étant le plus impactant.

Il existe par ailleurs des horloges secondaires et périphériques, qui régissent chaque fonction biologique importante. Elles permettent d’adapter l’activité au cas par cas (travail de nuit, alimentation plus ou moins riche, activité physique plus intense). L’horloge centrale a pour rôle de les synchroniser mais l’alimentation aussi est un synchronisateur important. Une alimentation trop riche en graisse, par exemple, aura des effets désynchronisateurs sur certaines horloges secondaires, notamment celles du foie et du cerveau.

Quand les rythmes circadiens du corps sont perturbés, on en voit en premier lieu les conséquences sur le sommeil. Le non-respect des rythmes naturels du corps (choix du moment adapté pour se coucher ou se réveiller) et la mauvaise prise en compte des effets de la lumière en sont des causes de plus en plus fréquemment observées. Cette perturbation des rythmes circadiens s’associe à une augmentation constatée d'un grand nombre de problèmes dit «chroniques» justement.

Les principales sources de cette perturbation, pointées du doigt par les chercheurs, sont le travail de nuit, les rythmes scolaires imposés aux jeunes, le changement d’heure deux fois par an, la lumière artificielle en particulier la lumière bleue (lumière diffusée par les écrans en tous genres, ainsi que par les Led’s de l’éclairage de rue), ainsi que le manque de régularité dans les horaires des repas. Nombre de ces causes sont directement issues de notre mode de vie pressé et ignorant des besoins du corps.

Prendre son temps et trouver sa « vitesse de croisière »

Le temps vécu est avant tout un temps ressenti avant d’être un temps calculé. Il existe des moments qui paraissent presque immobiles, qui semblent durer plus longtemps que les autres et ces moments sont trouvés dans le calme et le silence. C’est ce qu’expérimentent par exemple les méditants, les personnes qui contemplent sans rien dire un lever ou un coucher de soleil ou les poètes.

« Les heures silencieuses sont celles qui chantent le plus clair » ou « Il y a une beauté qui n'est atteinte que là, dans cette grande intelligence proposée à l'esprit par le temps vide et le ciel pur ». Christian Bobin.

D’autres moments, au contraire, passent si vite qu’on a à peine la possibilité de les vivre et qu’on en oublie en général l’essentiel. Le temps perpétuellement occupé et pressé est un temps qui ne laisse pas la possibilité de penser, encore moins de rêver. C’est un temps qui ne permet plus la réflexion et ne laisse pas de place à la respiration au sens large. I

l ne permet pas non plus d’admirer et de s’émerveiller – ce qui impose de regarder et de se taire. Il ne laisse pas de place à l’ennui, désormais réputé insupportable et systématiquement évité. Or l’ennui, comme le soulignent nombre d’artistes mais aussi de psychologues, est un espace fécond pour l’imagination. Et, enfin, il laisse de moins en moins de place au silence, seul espace dans lequel le cerveau peut véritablement se régénérer.

« Silence corporel, silence de la rêverie, silence de l’écoute… le silence sous toutes ses formes est bénéfique pour la créativité, la mémorisation, voire la construction de notre « moi ». ». (Michel Le Van Quyen)

Un désir de plus de lenteur, de plus d’immobilité et de plus de silence émerge peu à peu, parmi d’autres mouvements de retour à plus de sobriété et à une plus grande proximité de notre nature profonde.

« À rebours de l’injonction contemporaine à être toujours en marche, réactif et flexible, voici une envie et un défi qui résonnent de plus en plus : opposer au monde vibrionnant une fin de « non se mouvoir » ; se fixer en un point, rien qu’un instant, s’immobiliser pour renouer avec soi et ce qui nous entoure » (PhiloMag).
« (Nous avons) Besoin de prendre le temps de réfléchir à notre vie au lieu de passer de toute allure d'une activité à l'autre, besoin d'habiter notre existence au lieu de la remplir». Christophe André

Il s’agit alors pour chacun de retrouver son propre rythme, en écoutant son corps qui est un baromètre fiable. Trouver sa « vitesse de croisière », celle avec laquelle on peut avancer et agir sans s’épuiser, celle qui respecte à la fois notre tempérament et nos besoins , celle qui doit nous permettre de maintenir notre élan vital, notre joie et de répondre à nos désirs essentiels. On cherchera à « prendre son temps » ou à « prendre le temps comme il vient », plutôt qu’à le subir comme une contrainte permanente.

Cette recherche constitue un véritable acte de résistance à la pression constante exercée par l’environnement social. Elle suppose non seulement d’être ferme dans son désir mais aussi de s’organiser, de trier, de repousser les sollicitations, de prioriser, donc de définir clairement ses choix et de s’en donner les moyens.

Il y a la volonté. Il y a aussi désormais des moyens techniques pour ignorer les spams et autres « indésirables », pour bloquer les notifications, pour éviter les multiples newsletters, pour cesser de « doom scroller » sans aboutir nulle part. Il y a aussi à planifier son temps pour laisser des plages de vide, des sas entre deux activités, des temps de respiration.

Répartir plusieurs vraies pauses dans une journée peut parfois tout changer, ou s’entrainer à éviter le multitâche et faire aussi souvent que possible une seule chose à la fois mais en profondeur, avec concentration, avec la satisfaction ensuite de pouvoir sereinement passer à autre chose parce qu’on est allé au bout.  Et il faut enfin écouter les besoins de son corps et lui donner le sommeil, le mouvement et l’alimentation qui lui conviennent, aux moments qu’il réclame et pas à ceux imposés de l’extérieur.

Voici une proposition de répartition du temps individuel qui doit permettre de ne pas s’épuiser : à parts égales, action, réflexion pour agir, inspiration - nourrir sa réflexion (lecture, promenade, formation, musique, rêve, discussions avec autrui…) et prendre le temps de se reposer suffisamment, sans rien faire de précis.

« Selon les individus, la vitesse de croisière peut varier considérablement. Ce n’est pas une question de chronométrage mais d’usage de soi : l’enjeu est de bien se connaître et de vivre en conformité avec son allant spécifique ». (PhiloMag)

Sources :

À quelle vitesse voulons-nous vivre ? (Dossier) – 20 mai 2018. Sur Philomag.com : https://www.philomag.com/dossiers/quelle-vitesse-voulons-nous-vivre

André, Christophe. La pleine conscience permet de distinguer l’urgent de l’important. Le Monde, 14 juin 2016. https://www.lemonde.fr/tant-de-temps/article/2016/06/24/christophe-andre-la-pleine-conscience-permet-de-distinguer-l-urgent-de-l-important_4957058_4598196.html

Hubert, Nicolas. Le culte de l’urgence, la société malade du temps. Flammarion, 2018.

Carissan, Sandie. Tension entre le rythme imposé par notre société et notre tempo intérieur. 2024. Sur Mouvement-Otium : https://www.mouvement-otium.com/post/comment-battre-la-mesure

Chronobiologie : les 24 heures chrono de l’organisme (Dossier). Janvier 2026. Sur Inserm : https://www.inserm.fr/dossier/chronobiologie/

Daghe, Jake. La précipitation et l’urgence ne sont pas la même chose. 2020. Sur Ichi.pro : https://ichi.pro/fr/la-precipitation-et-l-urgence-ne-sont-pas-la-meme-chose-59514089309056

Dieguez, Sébastian. L’homme pressé : toujours plus vite ! Cerveau&Psycho, Mai 2023. Sur Cairn-Info : https://stm.cairn.info/magazine-cerveau-et-psycho-2023-5-page-94

Giraud, Pierre-Noël, Veltz, Pierre. Du pain et des jeux, une économie politiques des usages du temps (Conférence-débat). Janvier 2025. Sur Académie des technologues : https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2025/03/250107_Du_pain_et_des_jeux_Une_politique_des_usages_du_temps.pdf

Le Van Quyen, Michel. Cerveau et silence, les clefs de la créativité et de la sérénité. 2021. Sur Cairn-Info : https://stm.cairn.info/cerveau-et-silence--9782080243546

Rosa, Hartmut. Accélération, une critique sociale du temps. La Découverte, 2013.

Honoré, Carl. Éloge de la lenteur. Marabout, 2021

Labourdette, Benoit. Présence et temps. Juillet 2022. Sur : Benoitlabourdette.com :. https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/propositions-philosophiques/philosophie-de-la-presence/presence-et-temps

Morand, Paul. L’homme pressé. Gallimard, 1990

Octavie. Le mythe du multitâches, ce que dit la neuroscience. Novembre 2025. Sur Cyberpsychologie. Net : https://cyberpsychologie.net/le-mythe-du-multitache-ce-que-dit-la-neuroscience/#section-1

Pourquoi l’urgence permanente nous rend impuissants ? Émission En société du 18 janvier 2026. Sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=E9hbrWrQIZA

Le temps. Et tout le monde s’en fout, épisode 24. https://www.youtube.com/watch?v=ZbWTEbEx9D4


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