Les faits historiques peuvent bien être objectifs, leur interprétation demeure subjective : les mêmes histoires sont considérées très différemment aujourd’hui qu’il y a 100 ans. Autour de l'Histoire, on développe des mythologies, des contes, des films et même des chansons. Certaines de ces productions font peut-être référence à de véritables histoires, mais leur intérêt premier est d'être racontables, de nous tirer des émotions et des réflexions, à défaut d’en tirer une leçon.
Certaines histoires semblent se répéter, cependant on ne s’en rend compte généralement que trop tard. Alea jacta est. Bien des auteurs détaillent des recettes économiques, militaires et autres tirées de l’Histoire et ceux qui les connaissent ont un avantage sur les autres en autant qu’ils soient habiles à reconnaître les similarités des contextes. Justement, reconsidérer les contextes par des reconstitutions, des «procès» ou même des uchronies permet de mieux comprendre le passé et les décisions qui y ont été prises.
D’un autre coté, il y a ceux qui réécrivent l’Histoire et en font disparaître ce qui les embarrasse, généralement ce qui remet en question leur légitimité. Difficile d’interpréter correctement ce qui est faux au départ; ça donne toujours un mauvais résultat. Pas d’histoire utile sans mémoire fidèle.
Actuellement, en ce qui concerne l’histoire, l’I.A est tout sauf fiable. Il suffit qu’une histoire fausse soit suffisamment reprise pour qu’elle s’impose. L’esprit critique de l’I.A. s’appuie essentiellement sur le notre pour l’instant. L’I.A. peut-elle nous écrire des contes pédagogiques issus de nos travers ? Possiblement, mais souvent on lui demande plutôt d’en inventer différentes versions pour accommoder des ambitions qui n’ont rien à voir avec la réalité historique. D’où les propositions de se confronter à la désinformation pour se développer une immunité, une forme de système de défense, et en venir à identifier de qui est fiable, une réalité proche de l’original, avec le moins possible d’altérations.
Le passé est constitué des traces que l’on en conserve au présent et il prend vie dès que l’on pose notre regard dessus. Nous en faisons bien ce que nous voulons, y compris jouer avec et imaginer un futur.
Denys Lamontagne - [email protected]
Illustration : Grapfiti sur le Mur de Berlin - Pixabay