Un apprentissage réellement transformateur se produit dans une fourchette d'expérience assez étroite, quelque part entre «trop facile» et «trop difficile». À l'extérieur de cette fourchette, l'apprentissage ne porte que sur l'activité elle-même qui sera jugée insignifiante ou trop ardue, selon le cas, peut-être satisfaisante pour l'égo ou déprimante, mais sans plus.
Donner des défis à la mesure de l’apprenant fait partie de l’art du pédagogue qui sait les adapter et les faire évoluer jusqu'à l’atteinte des objectifs finaux, sans décourager l’apprenant. Les bons jeux vidéos maîtrisent cet art où le joueur néophyte est amené à développer rapidement sa compréhension du jeu et les habiletés nécessaires pour ensuite les faire évoluer graduellement. Le sentiment de compétence qu’il acquiert est double : non seulement il améliore concrètement ses habiletés mais il confirme aussi ses capacités d’apprentissage.
Le Graal serait de réussir à appliquer ce principe à n’importe quel sujet que ce soit en sciences, techniques, sciences humaines ou arts. Estimer le niveau initial de l’apprenant et sa vitesse d’apprentissage aide à trouver la bonne mesure, le tout influencé par sa motivation, ses expériences antérieures et ses succès initiaux.
Comment mesurer des paramètres aussi subjectifs et contextuels que la motivation ou les capacités demeure l’apanage des humains, les machines ne se contentent que des effets mesurables, sans pouvoir intégrer le contexte. Bien des humains ne le peuvent pas non plus, mais les machines peuvent les y aider en les déchargeant de certaines observations et calculs.
La création d’un défi significatif pour l’apprenant ou pour le groupe est aussi un art en soi. Facile quand les enjeux sont bas, difficile quand les contraintes sont élevées. La cohésion d’un groupe peut être cimentée par un défi mais aussi se révéler dans toutes ses contradictions. La facilitation aide les groupes à assumer par eux-mêmes la taille des défis à relever. Le défi qu’un individu ou un groupe accepte révèle aussi son niveau de confiance en ses capacités. Certains affichent une assurance devant l’inconnu alors que d’autres hésitent même s’ils sont les meilleurs. L’Imposteur intérieur n’est jamais loin.
«Êtes-vous prêts» ou «Suis-je prêt à ?» est le genre de question révélatrice du niveau d’implication que l'on peut espérer. Heureusement l'engagement peut se développer et se transformer tout au long du parcours et que la pédagogie s’emploie à entretenir au degré optimal.
Denys Lamontagne - [email protected]
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