L’Afrique regroupe dans le vaste champ du patrimoine linguistique mondial plus de la moitié des langues. C’est ainsi qu’on y retrouve des langues de grandes communications, notamment le français, l’anglais, l’espagnol et peu à peu le chinois à coté des autres langues existantes sur le territoire encore appelé des langues minorées ou langues nationales dans un contexte particulier.
Aujourd’hui de nombreuses personnes transmettent des savoirs locaux dans un milieu plurilingue; planifier des idées novatrices et la construction de son identité préfèrent utiliser leurs langues nationales. C’est dans ce sens que Anderson (2020) affirme : « La langue est ainsi devenue instrument de communication et instrument d’interaction sociale »
Transmission des savoirs locaux
Tourneux (2019) conçoit le savoir local comme « les connaissances dont disposent des groupes humains localisés, indépendamment d’apports extérieurs en cours ». Ces savoirs ne peuvent être maitrisés si l’on est étranger à la langue. De plus en plus, les acteurs développent des stratégies pour la promotion des langues minorées (Kouesso et al. 2021) entendue comme des langues n’ayant pas un statut social parce que celles-ci sont considérée comme de nouveaux patrimoines culturels important.
Ces langues sont révélatrices des savoirs locaux qui ne peuvent être exprimés dans les langues de grandes communications. Ces savoirs sont généralement axés sur le traitement des maladies tropicales qui ne trouvent pas forcément solution dans la médecine moderne. L’enseignement diffusé dans ces langues permet de situer clairement l’apprenant dans son environnement tout en lui expliquant dans sa langue maternelle ou nationale comment les notions sont perçues dans son aire culturelle. En outre, elles permettent de vivre l’enfance à travers les contes, les proverbes et autres littératures orales qui étaient faites autour du feu et contés par la grand-mère en langue maternelle.
Planification des idées novatrices
Couramment, il est dit en Afrique et particulièrement au Cameroun que « si tu réfléchis sur un exercice ou un sujet donné dans la langue étrangère et que tu ne comprends rien, il faudrait chercher à ramener cet exercice/sujet en ta langue maternelle pour mieux cerner la quintessence ». Cette situation montre très bien que celui qui fait face à ce problème est bien dans sa peau lorsqu’il travaille dans sa langue maternelle que dans les autres langues de grandes communications.
Il est tout à fait évident de comprendre que la langue maternelle permet de se retrouver et de se situer dans l’univers des connaissances empiriques. La langue maternelle fait l’objet de la maitrise d’une science nouvelle enfouie dans le milieu naturel d’une population donnée. Cette science peut être liée au système de comptage dans la culture, à l’organisation d’une société traditionnelle comme le cas dans la structuration bamiléké des Grassfield et à la connaissance de la botanique ou du type d’agriculture en fonction du climat qui prévaut pour ne citer que ceux-là.
Construction de son l’identité
Pour vous reconnaitre et vous faire connaitre dans ce contexte de mondialisation où les barrières sont brisées, il faudrait faire un retour aux sources, c’est-à-dire utiliser la langue maternelle. Notre identité est liée à un ensemble d’éléments avec lequel on nous identifie. Cette identification est principalement axée sur la langue. Certains se demanderont, par exemple en Afrique, quelle langue en dehors de celles issues de la colonisation parlez-vous ? Il s’agit d’une question qui renvoie à l’identification de son patrimoine linguistique. Les réponses seront orientées de la sorte : je suis Congolais, habitant du pays Congo situé en Afrique Centrale, et je parle lingala.
Ici, l'on se demande si le "lingala", cette langue parlée au Congo, est une langue de grande communication mondiale ? La négation permettra tout simplement d'identifier quelqu'un comme habitant de cette localité. Pour cela, la communication sera plus fluide entre deux Congolais locuteurs lingala qu’un Congolais qui s’exprime avec son interlocuteur en français. Il va donc naitre entre ceux dont l'intercompréhension langagière est élevée une certaine proximité par rapport à l'autre qui n'a pas cette langue en commun.
Références
Anderson P. (2020) « Lorsque la langue est devenue un instrument de communication », dans La clinique lacanienne 2020/2 (n° 32), pages 91 à 103. En ligne sur https://www.cairn.info/revue-la-clinique-lacanienne-2020-2-page-91.htm
Kouesso J.R, Djoumene K. J. & Ngopog T. I. (2022) Modernisation de la terminologie des mathématiques en classe de section d’initiation au langage (sil) en langue mə̀dʉ̂mbὰ (Cameroun) dans Akofena spécial n°07, Vol.2 en ligne https://www.revue-akofena.com/wp-content/uploads/2021/11/01-T07-SpL-36-Jean-Romain-KOUESSO-Juvelos-DJOUMENE-KUETE-Idriss-NGOPOG-TEMEJIE-pp.07-24.pdf
Tourneux H. (2019) « Les savoirs locaux : comment les découvrir et comment les transmettre », dans https://shs.hal.science/halshs-02377229/document consulté le 27 /7 /2023
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