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À cette rentrée scolaire, je suis allée en réunion de classe pour mon fils et aussi pour ma fille.
La professeur de ma fille nous expliquait au fil des discussions qu’elle devait préparer 5 ou 7 moutures d’examens différents pour sa classe pour cadrer avec les besoins spéciaux de certains de ses élèves qui, de fait, avaient droit à des aménagements et des adaptations. Une sacrée organisation j’imagine qui demande de jongler avec les diverses considérations liés aux particularités de chacun. Cette Dame utilise le logiciel «Teams», lui permettant de créer un lien informatique avec ses élèves et de faire des mises à jour individuelles.
La professeur de mon fils nous a dit d’entrée qu’elle ne souhaitait pas utiliser l’informatique en dehors des obligations standards et qu’elle favorise plus les relations humaines et la nature. Cette phrase m’a fait peur car mon fils, dyslexique, est «cyber-augmenté», avec des aménagements et des adaptations en langues. Par exemple, il n’a pas le droit de voir des mots «faux» écrits, sinon il va les retenir faux et l’informatique permet de lui faire des propositions à choix multiples.
Quelles sont les directives demandées à des professeurs aujourd’hui ?
“Compétence clé Nº8 - Intégrer les technologies de l’information et de la communication aux fins de préparation et de pilotage d’activités d’enseignement et d’apprentissage, de gestion de l’enseignement et de développement professionnel Le potentiel des technologies de l’information et de la communication (TIC) au niveau de l’enseignement et de l’apprentissage en fait désormais un instrument incontournable pour l’école. Les réseaux et outils informatiques offrent en effet un accès illimité à d’innombrables sources d’informations et de connaissances. Cependant la pléthore et la qualité inégale des données disponibles requièrent qu’elles soient analysées de manière critique et traitées avec circonspection. Tant pour les enseignantes ou enseignants que pour les élèves, l’accès aux réseaux modifie les façons d’apprendre, de communiquer et de travailler. Par conséquent, pour intégrer les TIC de manière judicieuse dans sa pratique pédagogique, l’enseignante ou l’enseignant adopte une approche réfléchie de cet outil.
8.1 Faire preuve d’un esprit critique et nuancé par rapport aux avantages et aux limites des technologies comme soutien à l’enseignement et à l’apprentissage, ainsi qu’aux enjeux pour la société. L’enseignante ou l’enseignant s’engage à évaluer la valeur ajoutée effective des TIC pour son enseignement. Il mesure leur intérêt en regard des enjeux pédagogiques, didactiques, culturels et sociaux qu’elles peuvent véhiculer.
8.2 Évaluer le potentiel didactique des technologies en relation avec le développement des compétences visées dans le plan d’études. L’enseignante ou l’enseignant explore différents sites afin de repérer des ressources éducatives et vérifie si les outils ont été conçus à des fins pédagogiques. Il retient ceux qui s’avèrent pertinents pour le développement des compétences dans son domaine d’enseignement et sélectionne ceux qui permettront aux élèves d’exercer une plus grande autonomie dans la construction de leurs apprentissages.
8.3 Choisir et utiliser à bon escient les technologies pour rechercher, traiter et communiquer de l’information. Les TIC offrent, aux enfants comme aux adultes, de nouvelles possibilités d’explorer des contenus parfois difficiles d’accès. L’enseignante ou l’enseignant doit néanmoins accompagner les élèves dans leurs recherches et leur montrer comment être sélectif et stratégique pour trouver des informations pertinentes, les convertir en ressources utilisables, les conserver et les transmettre à différents interlocuteurs.
8.4 Choisir et utiliser à bon escient les technologies pour constituer des réseaux d’échange et de formation continue concernant son propre domaine d’enseignement et sa pratique pédagogique. [...] l’enseignante ou l’enseignant se fixe des critères précis pour sélectionner les données valables pour enrichir son enseignement. Il s’intéresse aux réseaux d’enseignants, qui, à distance, permettent d’échanger autour de thèmes de réflexion communs pour partager et développer son expertise.
8.5 Aider les élèves à s’approprier les technologies, à les utiliser dans des activités d’apprentissage, à évaluer leur utilisation et à juger de manière critique les données recueillies. [...] Le rôle de l’enseignante ou de l’enseignant consiste à initier les élèves à une analyse critique de l’apport réel de ces ressources pour l’exécution de tâches d’apprentissage et à les guider dans l’utilisation pertinente des informations.”
Source : Haute École Pédagogique du Canton de Vaud -
Formation des enseignantes et enseignants Référentiel de compétences professionnelles
https://candidat.hepl.ch/files/live/sites/files-site/files/interfilieres/referentiel-competences-2016-hep-vaud.pdf
C’est une liste tout à fait complète, mais cette liste est-elle adaptée à tous les professeurs ?
C’est la nouvelle norme, le nouveau standard de cette dernière décennie. Cependant, un standard imposé n’est pas encore une norme quand il est en transition et quand les managers des équipes pédagogiques cherchent quels outils utiliser.
Déjà, il y a les anciens qui ont peut-être du mal à s’adapter mais, surtout, il y a un problème dans les consignes et les outils qui font que les outils deviennent rapidement des «Machines à Gaz».
Jetons un œil sur le domaine connexe qu'est la médecine hospitalière. Tout le monde est d’accord, c’est un plus extraordinaire pour les patients d’avoir des dossiers informatisés et pour la science de l’optimisation de la médecine.
“L’informatisation du dossier patient est un processus en constante évolution, qui a débuté il y a plus de 20 ans. L’informatisation s’y est faite par étapes et a connu un tournant significatif dans son développement. Rappelons que le mode de financement des hôpitaux au Luxembourg est soumis à la méthode PRN, qui conditionne 70 % de leurs budgets. En 2013, confrontée à une perte d’effectifs importante, liée à une documentation des soins déficiente, la direction décide l’informatisation du dossier soins. Elle lance le projet d’informatisation de la documentation des soins, avec la volonté affichée de passer au « zéro papier.
C’est dans ce contexte, que j’ai été amenée à piloter le projet. La stratégie, qui avait été initiée à l’époque, consistait dans un premier temps à réaliser une étude de l’existant. Puis, dans un second temps, à paramétrer l’outil de manière à améliorer l’ensemble de nos processus soins. Le bilan de l’informatisation du volet soins a été très positif : l’informatisation a permis de structurer l’ensemble du département soins et de sécuriser les effectifs. Ainsi dès 2017, l’hôpital a pu augmenter son effectif significativement. À la fin de l’année 2019, lors de l’évaluation de la JCI, les auditeurs ont constaté de grands progrès au niveau des soins. Ils ont souligné que l’organisation et la documentation des soins répondaient en grande partie à l’intégralité des critères du référentiel”.
Source : Impact du Dossier Patient Informatisé sur la qualité des soins - L’expérience d’un centre hospitalier au Luxembourg - Anissa Torki - Dans Projectics / Proyéctica / Projectique 2022/HS (Hors Série), pages 57 à 79
https://www.cairn.info/revue-projectique-2022-HS-page-57.htm
Mais, quand la saisie devient pénible et chronophage et qu’il faut entrer dans un agenda de productivité, cela peut rapidement s’avérer compliqué pour peu de choses, voire cela peut desservir le patient.
“Le déploiement d’un DPI constitue un défi considérable pour les hôpitaux qui connaissent un bouleversement organisationnel, tant ils se heurtent aux difficultés techniques, culturelles et aux phénomènes de résistances au changement. L’informatisation du dossier patient n’est pas qu’un passage d’un support papier à un support numérisé, c’est avant tout une modification fondamentale des pratiques professionnelles, qui touche au cœur même du métier.
Dans un secteur en constante évolution, conditionné par un souci de rentabilité les professionnels de santé doivent s’adapter sans cesse aux multiples outils, aux nouvelles règles de documentation et modes opératoires imposés par l’obligation d’inscrire l’intégralité de leurs actions. Cela se traduit par l’émergence de conflits entre une culture professionnelle et une culture administrative (M.-P. Gagnon et al, 2012). Ils doivent en effet acquérir de nouvelles compétences informatiques, lesquelles, si elles sont non maîtrisées, peuvent entraîner de graves conséquences pour les patients”.
Source Idem : Impact du Dossier Patient Informatisé sur la qualité des soins
Régulièrement je me suis rendue à l'hôpital ces dernières années et régulièrement les infirmières se plaignent de la sur-informatisation de leur métier. Elles passent aujourd’hui la moitié de leur temps à faire de la saisie informatique au lieu de faire des soins. Ceci se fait au détriment aussi des relations humaines qui sont déjà péjorées par des objectifs de rentabilisation de la médecine.
Hier, un médecin spécialiste au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois a essayé de saisir des informations d’un de mes enfants et elle n’arrivait pas à se connecter à l’ordinateur de service. Après plusieurs minutes, elle s’est souvenu qu’elle avait peut-être laissé sa session ouverte dans un autre bureau. Et, c’était bien le cas, en effet. À son retour, elle nous explique que l’administration informatique leur impose de changer de mot de passe tous les 15 jours.
Que faire pour trouver un équilibre entre technologie et relations humaines en alliant une amélioration des situations de travail dans les soins et d’apprentissage ?
En matière d’informatique, trois mots sont à garder en tête : modèle, efficacité et résultats visibles :
Le modèle
Quand un professeur refuse l’informatisation, c’est un choix personnel mais c’est aussi une posture sociale avec le message fort auprès des élèves que l’informatique n’est pas un sujet important. Or, nous vivons dans un monde informatisé. Une vieille dame qui ne sait pas utiliser sa carte bleu devient une handicapée de la vie. Un jeune qui refuse de se former va se trouver confronté à devoir demander de l’aide pour envoyer un CV, pour remplir sa déclaration d’impôts. Ce sont les premiers prémices de l’exclusion sociale et du monde du travail.
Efficacité
C'est le mot d'ordre partout et cela rattrape l’enseignement comme tous les domaines. D’autant que nous sommes en transition, entre les réfractaires, ceux qui ne sont pas habitués et qui peuvent être un peu lents, et les super professionnels de l’informatique. Des fossés gigantesques se creusent avec beaucoup d'enseignants qui se trouvent de ce fait souvent en surcharge de travail. Nous sommes encore loin de la phase d’optimisation.
Résultats visibles
Si les seuls résultats se résument par la surcharge de travail, alors, c’est loin d’être motivant pour les professeurs qui vont peut-être passer moins de temps sur les sujets essentiels et surtout qui vont infuser leur mécontentement informatique auprès de leurs élèves. Il faut penser à positiver les étapes, les succès, les sources de motivation. Comme les MOOCs peuvent délivrer des badges, c’est une piste à explorer pour le management de l’éducation.
L’informatisation touche tout le monde, d’ici à 30 ans le paysage pédagogique sera sans doute très différent de celui d’aujourd’hui. Donnez des chances au personnel enseignant et administratif d’évoluer et d’y prendre plaisir, par des structurations ou des choix d’outils plus conviviaux et ressentis positivement plus qu’à travers le sentiment de la contrainte.
Image Pixabay : Alexandra_Koch
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