L'émergence du transport à la voile moderne
Lucile Leménager, diplômée d'une école de commerce et Nils Joyeux, officier de marine marchande, ont monté un projet de transport de marchandise à la voile.
Publié le 01 novembre 2023 Mis à jour le 08 novembre 2023
Il y a 30 ans j’avais calculé en détail les coûts associés à la possession d’une voiture : achat, entretien, essence, assurances, permis, stationnement, etc. La conclusion à laquelle j’en étais arrivé était que, au Canada, là ou je vis, pour une seule personne active, une voiture n’est pas aussi économique qu’un cocktail de services de transports, y compris la location d’une voiture quand il n’y a pas d’autres moyens, comme lors des vacances en région éloignée. Autobus, train, taxi, location de voiture, livraison à domicile, on peut profiter de services efficaces pour toutes les éventualités, sans se casser la tête avec la possession d’une voiture.
Mais si deux personnes se partagent l’usage et les frais, les coûts sont à peu près identiques et une voiture commence à être souhaitable, ne serait-ce que par sa disponibilité. À trois personnes pour une voiture, celle-ci devient un choix économiquement profitable. Évidemment cela implique quelques détours pour transporter l’une ou l’autre personne et parfois une coordination, mais globalement, à partir de trois, c’était bon.
Mondialement, la proportion de voitures par habitant continue d’augmenter. Même dans des pays bien pourvus en voitures, elle continue d’augmenter (2, 3). Apparemment le coût d’une voiture ne constitue pas un frein majeur. En réponse, des pays comme Singapour ont décidé de prendre le taureau par les cornes : l’acquisition d’une voiture devra se justifier économiquement : un permis d’acquisition de 100 000 euros en fait un «pensez-y bien» et rend les transports publics subitement beaucoup plus attrayants. Apparemment ce permis qui était de 33 000 euros depuis 2018 n’était pas assez dissuasif (4).
Une autre stratégie en rapport avec les coûts est aussi utilisée par plusieurs villes, mais ne porte pas tant sur la voiture que sur les alternatives : rendre les transports en commun moins coûteux et plus attrayants
Beaucoup de villes de petite taille et même de villages se dotent de politiques de transport communautaire gratuit ou à faible coût : subvention de véhicules partagés, certaines lignes de transport gratuites, certaines clientèles subventionnées, stationnements incitatifs, etc. Beaucoup de formules sont utilisées avec toujours comme objectif d’augmenter l’accessibilité et de réduire le nombre de voitures sur les routes. Train, autobus, minibus, voitures, scooters, vélos, trottinettes, tous les moyens sont bons (8). On essaie aussi de rendre l’expérience de transport plus agréable et efficace par des véhicules surbaissés, des stations d’attente couvertes, des voies réservées pour les autobus, des stationnements à vélos surveillés, de l’auto-partage, etc.
Par exemple, à Québec, ville dont la topographie a toujours limité l’utilisation du vélo en raison de la falaise séparant la Haute et la Basse-ville, la ville a lancé son système de vélo partage avec une flotte de vélos électriques; aucune vélo non-assisté n’est offert. Résultat : toutes les cibles d’utilisation sont défoncées, année après année (9).
Quand un règlement de zonage interdit l’implantation de commerces et d’entreprises dans une banlieue dortoir, il oblige littéralement l’utilisation d’une voiture et la construction de voies rapides. En plus d’encourager l’étalement urbain, ce type d’aménagement du territoire force la concentration des commerces dans des centres d’achat et d’immenses stationnements sont nécessaires, on a ainsi plus de déplacements, plus de distance à parcourir, moins de commerces de proximité et moins d’interactions sociales. La modification d’un seul règlement de zonage peut transformer la dynamique des transports d’une ville et son développement. Enfin, la faible densité de la population dans ces quartiers empêche l’utilisation économique du transport en commun.
Dans ces quartiers, la construction de pistes cyclables, de voies réservées ou les incitations au co-voiturage amènent peu de changements aux habitudes puisque la conception même des quartiers ne permet pas d’autres comportements. Les écoles, les lieux de travail et de commerce sont trop éloignés (11).
On ne peut non plus traverser ces quartiers car aucune voie ne permet de le faire efficacement.
Les politiques de densification sont une chose, celles des lieux d’interaction les complètent: on doit aussi pouvoir travailler, commercer et socialiser à proximité de son lieu de résidence, c’est le propre d’une ville.
Le concept des banlieues dortoirs est né avec la voiture et a besoin de la voiture pour exister. Une politique de transport durable intervient sur ce type d’aménagement et favorise la multiplication des usages et des fonctions dans un milieu de vie car cela réduit les distances de déplacement et la nécessité de recourir à la voiture.
La sécurité des quartiers plus densément peuplés est un axe d’intervention apprécié par les habitants. En limitant la vitesse de déplacement des voitures par des aménagements physiques ou règlementaires, on rassure à la fois les piétons et on force la circulation de transit à passer par les voies rapides en évitant les zones plus lentes.
Un système de vignettes de stationnement pour les résidents et le contingentement des stationnements dans une zone encourage l’utilisation du transport en commun pour venir dans ces quartiers. Moins de circulation, moins de pollution, meilleure qualité de vie, meilleur sentiment de sécurité, ces conditions entrainent en retour plus de transports actifs. Quand il est plus agréable de marcher ou de se déplacer à vélo, on marche et on fait du vélo, avec tous les bénéfices qui viennent avec.
La liberté d’expression est une valeur fondamentale, on ne peut pas la limiter sans provoquer des conséquences détestables en série. Cependant, stimuler des comportements socialement indésirables comme la consommation de tabac, d’alcool, de jeux ou la promotion de la haine n’est pas souhaité, aussi on limite cette liberté d’expression dans des contextes précis.
On peut adopter ce genre de règlement en ce qui concerne la promotion de certains types de véhicules reconnus environnementalement néfastes en grand nombre. Qui a réellement besoin de gros véhicules ultra puissants ? Ceux qui en ont besoin savent ou s’adresser, la publicité de ces engins n’a pas sa place dans le grand public. Les médias ont aussi leur rôle à assumer.
Il existe un optimum quand au nombre idéal de voitures dans une société économiquement et socialement dynamique.
On peut assurément faire plus et mieux avec moins; non seulement ce serait profitable pour tout le monde mais aussi très faisable.
Illustrations: trgowanlock - DepositPhotos
atercorv.gmail.com - DepositPhotos
Références