Les dix membres du collège de spécialistes constatent les conséquences de la surexposition aux écrans en termes de santé et de développement pour les enfants. La logique du marché fait des enfants des marchandises et des entreprises profitent de tous les biais cognitifs pour les manipuler. En conclusion ils émettent 29 propositions directrices déclinées en mesures plus opérationnelles.
«Après trois mois de travaux, la Commission a acquis la conviction qu’elle devait assumer un discours de vérité pour décrire la réalité de l’hyper connexion subie des enfants et des conséquences pour leur santé, leur développement, leur avenir, pour notre avenir aussi… Celui de notre société, celui de notre civilisation, et peut-être même celui de notre humanité.»
Parmi les mesures proposées:
- s’attaquer, pour les interdire, aux conceptions addictogènes et enfermantes de certains services numériques afin de redonner du choix aux jeunes ;
- protéger plutôt que contrôler les enfants ;
- assumer et organiser une progression des usages des écrans et du numérique chez les enfants en fonction de leur âge ;
- préparer sérieusement les jeunes à leur autonomie sur les écrans, leur donner le pouvoir d’agir et, dans le même temps, redonner toute leur place aux enfants et aux jeunes dans la vie collective ;
- mieux outiller, mieux former au numérique et mieux accompagner les parents, les enseignants, les éducateurs et tous ceux qui interviennent auprès des enfants, tout en organisant une société qui remet l’écran et le numérique à sa juste place ;
- mettre en place un dispositif ambitieux de gouvernance permettant à la puissance publique de définir une véritable stratégie, de disposer de capacités de pilotage, de pouvoir mieux soutenir les acteurs qui interviennent auprès des jeunes et des familles, et d’informer les citoyens.
Les experts recommandent notamment de :
- lutter contre les services addictifs ;
- empêcher l'exposition des enfants de moins de 3 ans aux écrans ;
- ne pas confier de téléphone portable aux enfants de moins de 11 ans, puis leur confier un appareil sans internet jusqu'à 13 ans ;
- autoriser l'accès aux réseaux sociaux sur des réseaux "éthiques" à partir de 15 ans ;
- éduquer sur les enjeux de santé liés aux écrans (sommeil, sédentarité, vue) ;
- lutter contre les contenus violents, haineux, sexistes, pornographiques et orientés par une éducation au vivre ensemble ;
- encadrer l'usage des écrans dans la scolarité :
- la Commission recommande de ne plus utiliser l'ENT pour les enfants du primaire, afin de réserver ces espaces aux échanges entre enseignants et parents d'élèves.
- Concernant le second degré, les experts recommandent de lutter contre toutes les pratiques défavorables aux élèves dans l'usage des ENT et de Pronote et proposent par exemple de désactiver les notifications entre 19h et 7h30 le lendemain matin.
- Elle préconise également d'engager un état des lieux de la place du numérique dans la stratégie pédagogique et éducative actuelle et de réaliser des études d'impact de chaque ressource numérique avant de la généraliser.
Consultez le rapport Enfants et écrans, à la recherche du temps perdu (avril 2024).
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