Dans le monde professionnel, en fonction de l'activité, un accident de travail conduit généralement à une période posttraumatique qui n'est pas toujours bien négociée. N'est-il pas nécessaire d'évaluer et de comprendre profondément ce que l'on vit avant de penser à une possibilité de reconversion?
Des chiffres qui interpellent
Aucun secteur professionnel n'est épargné par des accidents. Il est certes vrai que le domaine du transport se taille la part du lion car les accidents mettent fin à la vie de plus d'un million de personnes chaque année dans le monde selon une étude menée par Emmanuel Lagarde pour l'Institut de recherche en Santé Publique.
Dans la même veine, un communiqué de l'OMS du 17 septembre 2021 à Genève, révèle que les maladies et traumatismes liés au travail ont été responsables du décès de 1,9 millions de personnes en 2016. Au Sénégal, une étude conduite sur les caractéristiques liées aux accidents de travail permet de constater qu'ils entrainent des fractures dans 51 % des cas, et touchent la main dans 30% des cas. Les données susmentionnées permettent de comprendre que c'est une situation préoccupante et qu'il faut s'y pencher avec davantage d'attention.
Des conséquences à ne pas sous-estimer
Tout d'abord, il est évident que les situations traumatisantes au travail laissent des séquelles sur les individus qui sont directement concernés. De fait, sur le plan psychologique, l'accidenté a souvent du mal à reprendre du service car il a peur de revivre cette situation.
Sur le plan social, il peut parfois être abandonné par la société et par conséquent tomber dans la solitude, ce qui n'est pas susceptible d'améliorer son cas. À titre d'illustration, Il serait tout à fait difficile pour un conducteur de bus de reprendre son activité professionnelle après un accident. Parfois il n'est plus médicalement apte à travailler. Face à cette période posttraumatique, il a besoin d'un accompagnement moral.
Ensuite sur le plan économique, les personnes victimes des accidents de travail vivent très souvent des situations éprouvantes, surtout lorsqu'ils ne bénéficient pas d'un soutien direct de la part des proches ou encore de leur environnement professionnel. En réalité, quelque soit le secteur, il est tout à fait possible de se retrouver sans ressources ou encore avec une baisse de revenus, ce qui pourrait être encore plus traumatisant lorsque les victimes ont des charges importantes.
Enfin, l'isolement sur le plan mental peut conduire la personne concernée à envisager de quitter ce monde de manière prématurée en fonction de la gravité de son état. Ici encore, il lui faut une grande force mentale pour outrepasser ce passage à vide. L'intéressé doit retrouver le goût de vivre, recommencer à zéro et reconstruire une vie qui allait pourtant comme sur des roulettes.
Au regard de ce qui précède, il faudrait aussitôt mettre à contribution des stratégies qui vont réellement aider les personnes dans un état posttraumatique à retrouver leur confiance et pour ainsi dire guérir de l'évènement traumatisant.
Pistes de sortie
Nous ne repasserons pas toute la gamme de propositions faites pour accompagner des personnes qui vivent des situations éprouvantes. Plutôt, il s'agit de les structurer selon le modèle du célèbre neuropsychiatre français Boris Cyrulnik. Ce dernier a mis sur pied le concept de résilience. Dans son développement, il propose trois étapes progressives pour affronter les périodes posttraumatiques. En les présentant tout à tour, nous l'adapterons à la situation du travailleur.
- L'attachement
Après un traumatisme au travail causé par un accident, il faut surtout éviter d'être seul car, comme il le déclare dans un entretien, " la solitude est une grave agression neurologique, psychologique et organique". Il faudrait impérativement s'attacher à des personnes qui pourraient aider à se sentir mieux. Ces personnes doivent être sécurisantes. Pour le travailleur, ça pourrait être son conjoint et ses enfants.
- La réflexion
À ne surtout pas confondre avec la rumination, qui garde le travailleur focalisé sur l'évènement traumatisant. Il devrait à ce niveau réfléchir sur ses contours. il faudrait bien sûr dialoguer avec la personne sécurisante qui permettra de mieux comprendre cette situation.
- L'action
Après les deux premières phases, le travailleur est invité à passer à l'action, c'est une étape déterminante qui l'aidera à prendre progressivement des initiatives. Il est appelé à déployer ce que Boris Cyrulnik appelle des facteurs de protection. Il s'agit par exemple du sport (la marche par exemple est un excellent tranquillisant). Si ce dernier est plutôt friand de littérature, il pourrait se mettre à lire ou encore à faire du bricolage. Tout dépend de sa sensibilité de ses préférences.
Au demeurant, Il est important de rappeler qu'il ne faudrait surtout pas rechercher la perfection mais la progression à travers ces étapes. En réalité, une bonne guérison prends du temps. Une fois né de nouveau, ce dernier sera plus prêt psychologiquement et pourra aisément décider s'il veut se réorienter.
Une chose est sûre, cette période de travail sur soi va l'aider à se sentir mieux dans sa chair, ce qui est l'essentiel.
Illustration: Kokllang - DepositPhotos
Sources
Boris Cyrulnik: la résilience ou l’art de rebondir à tout âge | La Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente (ligue-enseignement.be) - Nathalie Masure, 2020
https://ligue-enseignement.be/boris-cyrulnik-la-resilience-ou-lart-de-rebondir-a-tout-age
Frédéric Le Teurnier, 2022 " Comment se reconstruire après un grave accident?" - France
https://www.francebleu.fr/emissions/c-est-deja-demain/comment-se-reconstruire-apres-un-accident
Emmanuel Lagarde, 2013 " Traumatismes: les enjeux de santé publique" - IRESP
https://iresp.net/wp-content/uploads/2022/11/IRSP_23_2013023.pdf
2021, " OMS/OIT : Le nombre des décès liés au travail s'élève à près de deux millions chaque année"
https://www.ilo.org/fr/resource/news/omsoit-le-nombre-des-deces-lies-au-travail-seleve-pres-de-deux-millions
https://www.ilo.org/publications/whoilo-joint-estimates-work-related-burden-disease-and-injury-2000-2016-0
Desmarez, Pierre. I Godin et Renneson, Bernard, 2007, " l'impact des accidents de travail sur le statut socio-économique des victimes" dans le travail humain 2007/2 ( Vol 70.), pages 127 à 152
https://www.cairn.info/revue-le-travail-humain-2007-2-page-127.htm
Livres de Boris Cyrulnik - https://www.decitre.fr/auteur/438270/Boris+Cyrulnik
Boris Cyrulnik révèle les secrets pour surmonter vos traumatismes
https://www.youtube.com/watch?v=5RdCARyfZEI
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