Créer de la musique où que l'on soit
Une application de musique accessible et destinée aux compositeurs pour créer de la musique facilement sur un appareil mobile.
Publié le 12 juin 2024 Mis à jour le 12 juin 2024
"L'audace de l'espoir. Voilà le meilleur de l'esprit américain; avoir l'audace de croire, malgré toutes les indications contraires, que nous pouvions restaurer un sens de la communauté au sein d'une nation déchirée; l'audace de croire que malgré des revers personnels, la perte d'un emploi, un malade dans la famille ou une famille empêtrée dans la pauvreté, nous avions quelque emprise, et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin”.
Barack Obama
Chaque tribu possède ses rythmes, ses danses et ses musiques propres. Mais qu'en est-il des nouvelles tribus?
Michel Maffesoli , sociologue français, explore les dynamiques sociales contemporaines à travers des concepts tels que le néo-tribalisme et le temps cyclique. Il met en avant l'importance des émotions, des rituels et des esthétiques du quotidien dans la formation des liens communautaires. Selon Maffesoli, les groupes sociaux modernes se constituent autour d'affinités partagées plutôt que d'attributs fixes comme la géographie ou la famille. Cette approche offre une perspective nouvelle sur les interactions sociales et la cohésion communautaire dans les sociétés postmodernes.
Les communautés d’apprentissage prennent une multiplicité de formes a travers l’histoire (Cristol, 2017). Il s’agit de redécouvrir le sens et le pouvoir des communautés. C’est justement ce que fait Hugo Paul.
Hugo Paul, un jeune ingénieur Lillois de 26 ans, a lancé le projet "Into the Tribes", après des engagements associatifs.
Hugo visite des communautés des peuples autochtones, des communautés de migrants, une école dans la forêt (Alma Forest School ), des communautés religieuses. Les communautés ont des super pouvoirs de transformation collective (ex communauté pour les droits civiques), et de de transformation intérieure profonde. Lorsque dans une communauté on se sent à la bonne place avec les bonnes personnes, un déclic est possible, le monde peut se transformer à son tour.
Le besoin de coopérer est immense dans notre société pour faire face aux grands enjeux, les communautés sont une solution pour se réapproprier l’art de faire communauté. Pour cela Hugo a parcouru 30 000 kilomètres pour rencontrer 50 experts dans 20 communautés. Il a adopté la définition de Make sense des communautés : «une communauté est un groupe de personnes qui a une vision commune ou des circonstances communes pour agir ensemble».
Hugo Paul a décidé de s'immerger dans des communautés apprenantes à travers l'Europe et d’explorer des approches de transition écologique et sociale. Il partage ses apprentissages pour inspirer et guider d'autres acteurs. Sa première expérience fut une retraite d'un mois à l'abbaye de Lérins, où il a découvert la force de l'engagement à long terme (plusieurs siècles) et l'importance de l'équilibre entre ouverture et protection communautaire. Hugo Paul a réalisé plusieurs apprentissages clés lors de son immersion dans cette communauté. Hugo a également mis en lumière la valeur des pratiques quotidiennes et des rituels pour renforcer les liens communautaires, tout en soulignant l'effet des dynamiques sociales sur la transition écologique et sociale.
Le son de la forêt
Chez Alma Forest Schhol Hugo observe l’importance de prendre soin, et de cultiver les différentes échelles de sa communauté. Dans une communauté la logique est fractale, chaque communauté participe d’une autre communauté plus grande. Il est essentiel d’offrir des espaces aux sous-communautés et de les nourrir sur 3 dimensions clés de l’appartenance :
Ces trois piliers sont nourris aux différentes échelles de la communauté. Les “personnal project” permettent d’alimenter un carnet de bord et de progresser dans son exploration personnelle. Lors du “jour de la plage” (“beach day”) chacun apprend à se relier au vivant en écoutant les musiques du monde. Chacun apprend à passer de l’individu au petit groupe. C’est un moment fort pour faire grandir le sentiment d’apprenance ou “égregore” caractéristique du sentiment d’unité.
L’abbaye de Lérins est installée sur les îles de Saint Honorat près de Cannes. 20 moines cisterciens ont pour devise “ora et labor” (la prière et le travail) selon les règles de Saint Benoît. La journée de travail est ponctuée de chants et de prières de 4h30 du matin jusqu’à 21h. Le travail consiste à entretenir un monastère du XIIeme siècle et à produire des produits agricoles pour vivre.
Mais il produit aussi du vivre ensemble, une communauté soudée sur les mêmes valeurs. Les moines peuvent sembler coupeés du monde, alors même qu’ils sont engagés dans des projets Erasmus. L’observation révèle que la communauté doit avoir des frontières pour mieux construire des ponts. Il s’agit de repérer les frontières pour mieux les franchir. La frontière est spécifique du vivant.
Pablo Servigné et Gauthier Chapelle ont étudié ce qui fait que l’on coopére dans le vivant. Ils concluent à l’importance des frontières par exemple la membrane pour la cellule ou la peau à l’échelle des mammifères ou des roches terrestres. Il est important de disposer de processus d’entrée et de sortie des membres de la communauté pour maîtriser les phases d’adaptation, car chaque mouvement bouleverse les liens humains. Ce sont les frontières qui permettent de coopérer. L’abbaye incite aussi à distinguer les lieux où se cultivent les appartenances (le cloître, les espaces réservés) et les lieux ouverts de coopération avec l’extérieur.
Les Samis sont l’un des derniers peuples autochtones d’Europe. Ils vivent au Nord de l’Europe dans un territoire parfois nommé la Laponie. Ils essayent depuis 12 000 ans de transmettre un mode vie et une culture basée sur l’élevage de rennes et la pêche. Les Samis posent la question “Quel lien faire entre héritage et modernité?” Que faire des tensions qui traversent les communautés. 100 000 samis ont de nombreuses choses à nous apprendre comme par exemple des outils politiques ou le chant traditionnel Sami (le Joik). Le Joik incarne un lieu, une personne ou un moment. Il consacre des images mentales et renforce l’apprentissage. Des sonorités nous font ressentir ce que cela fait d’être avec une personne. La tradition du Duodji ou artisanat Sami est un autre mode de transmission et de reconnexion à ses traditions
Mais être Sami c’est surtout suivre les rennes selon les saisons et les élever, se rassembler autour d’un feu de camp est un moment clé. L’environnement créé par le feu produit des liens de transmission puissants. Le feu est un moyen immémoriel de rassemblement et de transmission humaine. Voir dans la nuit, faire fuir les bêtes sauvages, cuire la nourriture sont les effets primordiaux du feu, mais le feu agite aussi les imaginaires. Le feu génère des effets sur les communautés. Le feu est inclusif : on se met en cercle et l’on se voit. Chacun se positionne à équidistance, ce qui induit un partage du pouvoir. Le feu de camp produit aussi un effet de convivialité, un envoûtement par les flammes. Le feu libère et fortifie les liens. La question qui se pose est quelle est la flamme qui m’anime lorsque j’anime?
Illustration : Tagwaran - DepositPhotos
Références
Cristol, D. (2017). Les communautés d’apprentissage : apprendre ensemble Savoirs 2017/1 (N° 43), pages 10 à 55