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Concevoir et réaliser ses propres modèles de jeux Légo : du virtuel au réel
Publié le 22 janvier 2025 Mis à jour le 22 janvier 2025
Les sciences de l’ingénieur, ces sciences appliquées à des objets technologiques complexes, permettent de créer ou d’améliorer un système existant pour répondre à des besoins exprimés ou futurs des utilisateurs. De l'étude à la conception, en passant par la modélisation et la simulation, elles nécessitent rigueur, esprit pratique et persévérance.
Un ingénieur se doit d'être avant tout rationnel. Il doit privilégier les faits, rester attentif aux biais cognitifs induits naturellement par le jeu des hypothèses, il s'attache à la preuve irréfutable, quitte à tout remettre en cause si un seul élément vient contredire les prévisions. C'est bien l'apanage du scientifique de posséder un esprit critique affuté sur ce qu'il produit ou prévoit. Il n'est pas rare toutefois que la démarche scientifique s'embourbe, se retrouve bloquée dans des impasses insolubles ou tourne en rond sans solution de sortie acceptable.
C'est le cas d'August Kékulé, éminent chimiste allemand qui travaille depuis des semaines sur la structure de la molécule du benzène dont il a découvert la formule, C6H6. Aucune des formes linéaires ou ramifiées ne convient pourtant à cette formule. Il butte donc sur la représentation de cette molécule bizarre. Il raconte lui-même qu'il a découvert la structure cyclique du benzène en rêvassant devant un feu de cheminée, l'image d'un serpent qui se mord la queue lui étant alors apparue (1).
De nombreux scientifiques racontent de tels moments "Eureka!".
Einstein, pour illustrer la courbure de l’espace-temps dans sa théorie de la relativité générale, a comparé l’univers à une feuille de caoutchouc suspendue. Cette feuille tendue se déforme à l’emplacement de lourds objets, étoiles, planètes, galaxies, etc. Pour envisager et expliquer l’univers dans toute sa complexité, cette vision est étonnamment synthétique, simple et symbolique.
Autant d'exemples d'idées de génie semblant tomber du ciel pour trouver une solution à un problème apparemment insoluble.
Mais attention, ces "illuminations" ne sortent pas de nulle part. Comme le disait Pasteur : "La chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés". Max Planck a passé des années à travailler sur le rayonnement du corps noir avant son intuition révolutionnaire sur les quanta. Léonard de Vinci remplissait des carnets entiers d'observations minutieuses avant de concevoir ses inventions visionnaires.
"C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons »
affirmait le mathématicien Henri Poincaré. Et il poursuivait dans « La valeur de la science »
«Cela nous montre que la logique ne suffit pas ; que la Science de la démonstration n’est pas la science tout entière et que l’intuition doit conserver son rôle comme complément, j’allais dire comme contrepoids ou comme contrepoison de la logique »
Et il avait raison ! Les recherches en neurosciences démontrent que l'intuition n'est pas un sixième sens mystérieux, mais le résultat d'un traitement ultra-rapide d'informations par notre cerveau.
Et surprise : selon le neuroscientifique Antonio Damasio (2), notre corps joue un rôle clé dans l'intuition ! En étudiant des patients ayant des lésions cérébrales qui les privaient de leurs émotions, il a découvert qu'ils devenaient incapables de prendre des décisions efficaces, même s'ils gardaient toutes leurs capacités logiques.
En fait, notre corps envoie constamment des signaux subtils à notre cerveau. Ces marqueurs somatiques, comme les appelle Damasio, nous aident à faire des choix rapides en nous alertant inconsciemment quand quelque chose "cloche" ou au contraire quand une piste semble prometteuse. C'est comme si notre corps gardait en mémoire l'expérience de milliers de situations passées.
Quand nous résolvons un problème, deux systèmes travaillent en parallèle : le système 1, rapide et intuitif, et le système 2, lent et analytique (merci Daniel Kahneman !) (3). L'intuition, c'est notre cerveau qui reconnaît des patterns, des schémas déjà rencontrés, sans passer par l'analyse consciente. C'est comme reconnaître instantanément le visage d'un ami sans avoir à analyser chacun de ses traits. Arthur Koestler décrit dans son livre “Le cri d’Archimède” (4) le phénomène de “bissociation” et tente de modéliser une structure fondamentale qui unirait la création scientifique et la création artistique en reliant des éléments dissociés jusqu’alors à la manière d’un puzzle.
Mais attention, l'intuition n'est pas infaillible, même chez les plus grands esprits ! L'histoire des sciences et des technologies regorge de prédictions intuitives qui se sont révélées spectaculairement fausses (5). Qui aurait cru qu'Einstein lui-même se tromperait sur le potentiel de l'énergie nucléaire ? Ou que John Maynard Keynes, économiste renommé, se tromperait autant en prédisant une semaine de travail de 15 heures grâce à l'automatisation (5)?
Le problème ? Notre intuition est excellente pour les relations simples et directes, mais peine à appréhender les systèmes complexes avec leurs effets en cascade. C'est comme essayer de prévoir la forme finale d'un château de cartes alors qu'on ne pose que la première carte. Les créateurs d'œuvres de science-fiction imaginent parfois des villes futuristes avec des voitures volantes... mais avec des téléphones portables assez classiques, comme dans le film "Le Cinquième Élément".
Bonne nouvelle : l'intuition, ça se travaille ou ça se réveille. Voici quelques exercices pratiques ingénieurs, tant pour développer leur intuition
Pour développer l'intuition :
Pour apprendre à en reconnaître les limites :
La clé n'est pas de se défier systématiquement de son intuition, mais d'apprendre à reconnaître les situations où elle est fiable de celles où elle peut nous égarer. En général, il est nécessaire de se méfier de son intuition quand :
Non, l'intuition n'est pas un don réservé aux génies. C'est une compétence qui se développe avec la pratique, l'expérience et... la confiance en soi. Elle n'a rien de magique : c'est notre cerveau qui utilise toute sa puissance de calcul en mode "silencieux".
L'ingénieur de demain ne sera pas qu'un expert en équations : ce sera aussi un intuitif assumé, capable de combiner rigueur analytique et créativité spontanée, tout en sachant quand faire confiance à son intuition et quand la remettre en question. Et c'est probablement là que se trouve la clé des innovations futures !
Illustration : Source : https://stock.adobe.com/fr Référence du fichier: 567276122. Ressource gratuite
Références
(1) Société Chimique de France- Kékulé et la découverte de la structure du benzène https://new.societechimiquedefrance.fr/produits/friedrich-august-kekule-von-stradonitz/
(2) Antonio Damasio- Neurosciences et prise de décision: le rôle des émotions http://www.sietmanagement.fr/neurosciences-emotions-et-decisions-a-damasio/
(3) Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée- Daniel Kahneman https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_1_/_Syst%C3%A8me_2_:_Les_deux_vitesses_de_la_pens%C3%A9e
(4) Arthur Koestler - Le cri d'Archimède - 2011 https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251200163/le-cri-d-archimede
(5) Six tendances émergentes qui pourraient transformer le monde- Anticiper le monde de demain est notoirement difficile, même pour les experts. https://www.wired.com/sponsored/story/qinetiq-innovations-edge-six-emerging-trends-report/