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Publié le 11 juin 2026 Mis à jour le 11 juin 2026

Reconnaissance des diplômes : peut-on vraiment «équivaloir» ?

L'équivalence des compétences et des contextes.

Lorsqu'une personne envisage d’immigrer en France, surtout avec pour ambition de faire des études ou de travailler, il est presque impossible de ne pas faire l’équivalence ou la reconnaissance de ses diplômes. Au Canada, il s’agit d’une évaluation comparative. Quant au Cameroun, chaque année, la Commission Nationale d’Évaluation des Formations Dispensées à l’Étranger publie une liste de noms des personnes qui ont obtenu une équivalence.

Que vous soyez diplômé d’une université prestigieuse ou non, votre diplôme pourrait être contraint à une équivalence pour être reconnu dans le pays différente de celui qui vous a délivré le diplôme.  Entre «frais de dossier», contrôle des recrutements, bataille diplomatique ou lutte contre la fraude, on se demande si cette pratique permet vraiment d’établir une équivalence réelle?  Qu’est-ce qu’une équivalence de diplôme : reconnaissance, comparaison, traduction, “validation” ? À quelles conditions une équivalence devient-elle un outil juste ?

Qu’est-ce qu’une reconnaissance de diplômes ?

Même si en France on préfère le terme « comparabilité » pour désigner le processus qui permet à un étranger à ou une personne ayant effectué une formation à l’étranger de pouvoir faire valider son diplôme en France, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une reconnaissance.

La comparabilité permet d’«établir la correspondance entre un diplôme ou une formation suivie à l’étranger et un diplôme, des études ou une formation suivie en France ».

Au Canada, plus précisément au Québec, on préfère « l’évaluation comparative » qui, selon le formulaire de demande de ce service est défini comme « un document qui indique, de façon générale, à quels repères scolaires (ou principaux diplômes) et à quels domaines de formation du Québec peuvent être comparées vos études complétées à l’étranger.»

Au Cameroun c’est le terme « équivalence » qui est employé. Il faut distinguer les équivalences ou la reconnaissance ou encore la comparabilité de la validation d’expérience. Les équivalences sont produites par des services spécialisés. C'est une commission mise sur pied par le ministre de l’enseignement supérieur qui s’en occupe. 

En France, c’est  la responsabilité du centre ENIC-NARIC. L’une de ses missions est « L’évaluation des diplômes étrangers et la délivrance d’attestations de comparabilité et d’attestations de reconnaissance d’études / de formation ».

Au Québec, c’est le Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration qui se charge de ce service. C’est donc l’administration, les établissements, les commissions, des ordres professionnels et ou d’autres organismes certificateurs qui sont chargés de produire des équivalences. Leur décision est prise en tenant compte de la formation, le niveau d’étude, de la durée ; des compétences acquises, des méthodes d’enseignement ; le cadre légal et des objectifs des formations.

La reconnaissance d’un diplôme :  pour quel intérêt ?

Les reconnaissances ont pour objectif de trouver dans le système d’accueil, une correspondance en termes de diplômes ou de formation. Pour mieux illustrer ce fait, prenons le cas d’un diplôme de doctorat obtenu dans une université camerounaise et qui est soumis pour obtenir une évaluation comparative au Canada et une étude de comparabilité en France.

Un  Doctorat en « Sciences du Langage, Littérature et cultures » option Études hispaniques de l'Université de Dschang sera considéré dans « le repère scolaire québécois » comme un doctorat inscrit dans le domaine de la formation « langues et littératures modernes ». En France, il aura la mention « cadre national des certifications professionnelles » de niveau (8) ou alors « Cadre européen de certifications » (8) avec une précision qui stipule que le document permet à son détenteur de faciliter ses démarches dans l’administration française et, en dernier ressort, c’est à l‘autorité ou au service pour lequel le diplôme est soumis d’apprécier l’évaluation en tenant compte du profil recherché. En d’autres termes, cette évaluation ne contraint aucune entité française à faire quoi que ce soit.

Dans le document québécois, toujours en tenant compte du diplôme présenté, une des remarques est la suivante : « Les études effectuées ne correspondent à aucune discipline universitaire québécoise dans un domaine spécifique, d’où la mention du grand secteur d’études ». Autrement dit, l’analyse n’a pas permis de trouver un équivalent direct dans le système québécois. 

Généralement, l’accès à l ‘emploi est la motivation principale. L'équivalence peut réduire les blocages ou être un plus dans le cadre d’un emploi.  Elle peut également devenir un goulot d’étranglement dans la mesure ou même les autres systèmes d’éducation sont considérés comme moins structurés et par conséquent ne procurent pas de formation de qualité. 

L’évaluation est parfois faite par des personnes qui ne maîtrisent que les systèmes d’enneigement d’accueil et non ceux de départ. Les comparaisons peuvent alors être très simplistes ou surévaluées.  Au-delà de tout, il s’agit avant tout d’un service coûteux qui sert à renflouer les caisses. Au Canada, il faut débourser environ 80 dollars canadiens, en France 75 euros et au Cameroun 25 000 FCFA.

Si on fait fi des délais, des documents exigés des démarches parfois lourdes on ne peut pas se permettre d’oblitérer le fait que la reconnaissance administrative s’oppose souvent à la reconnaissance professionnelle, voire sociale.  Ne faut-il pas plutôt prioriser l’acquisition de compétences ou la conformité au curriculum que d’insister sur cette reconnaissance qui après tout peut ne pas avoir une plus-value pour le détenteur ? Pouvons-nous vraiment « équivaloir » les diplômes ?

Questions de méthode : peut-on vraiment “équivaloir” ?

 Il existe certes des référentiels dans chaque pays pour établir une reconnaissance de diplômes. Mais les compétences sont-elles vraiment transférables ?  Le contexte devient alors un élément important à prendre en considération. 

La différence entre systèmes éducatifs (organisation, contenus, exigences) peut entraver l’objectivité des reconnaissances.  L’attestation peut être un indicateur mais sa portée dans le cadre professionnel peut être rehaussée. Comme le diplôme, qui est évalué, elle reste un parchemin et rien d’autre.  Un professionnel devra encore questionner les niveaux théoriques, la technicité, l’autonomie, les pratiques, voire les cultures professionnelles pour pouvoir valider une attestation. Car, il existe une marge d’erreur liée à l’interprétation des dossiers, aux incertitudes, les cas limites.

D’autres voies notamment les passerelles, les tests, les stages, la validation des acquis peuvent conduire à un meilleur usage des équivalences.

Pour conclure, en s’appuyant sur les évaluations de trois pays, on ne saurait dire si l'un est plus légitime que l’autre. Chaque pays ayant des cadres et des objectifs différents et par conséquent de reconnaissances adaptées au contexte.  Toutefois, on peut se demander comment équilibrer la sécurité des parcours et l’accessibilité ? La reconnaissance administrative rend-elle justice aux compétences ?

Illustration : Shutterstock - 2525266761

Références :

Centre ENIC-NARIC France, https://www.france-education-international.fr/expertises/enic-naric

Ministère de l’immigration, « Préparer votre demande d’évaluation comparative », https://www.quebec.ca/immigration/travailler-quebec/faire-reconnaitre-competences-acquises-etranger/obtenir-evaluation-comparative/preparer-demande


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