Dossiers de la semaine

Niveaux de langage

Un bon orateur peut nous transporter, nous émouvoir et nous impressionner d’une façon ou d’une autre, mais il ne nous ennuiera ni ne nous jugera. Il pourra nous interpeler, nous tourner à l’envers, nous convaincre d’une folie ou du bon sens et même nous faire rêver mais, dans tous les cas, il saura trouver les mots et le ton pour atteindre l’effet désiré. Ceci n’a pas changé depuis la nuit des temps.

Ce qui a changé est la portée du discours. Par l’écrit, par la voix, par l’image il peut rejoindre la terre entière à la vitesse de la lumière; être démultiplié à l’infini, amplifié, répété, joué en boucle, archivé et reciblé sur les audiences les plus réceptives. La portée a augmenté mais aussi la quantité. S’il y a 1 % de bons créateurs dans une population, nous avons potentiellement accès à leur ensemble; non seulement aux contemporains mais aussi aux meilleurs qui ont franchi l’épreuve du temps. La concurrence est féroce, autant en qualité qu’en variété. Molière est toujours parmi nous.

Que l’audience soit néophyte ou non, que l’on vise une transmission ou une participation, que le sujet soit technique ou humain, que l’on communique avec dix personnes ou dix millions, quand l'enseignant, l'étudiant, le conférencier, l'orateur, le journaliste, le musicien ou l'artiste livre son contenu avec égard pour son auditoire, il est apprécié. D'où l'idée d'établir clairement les caractéristiques de l’audience avant de rédiger un cours ou une discours.

Entre la thèse imbuvable, le discours incohérent du maire de Champignac* et une conférence Ted bien menée, tout le plaisir d'apprendre, de comprendre et de partager est en jeu. Les mots hyperspécialisés s'adressent à des audiences hyperspécialisées et condamnent leurs utilisateurs à ces mêmes audiences. Les superlatifs et le ton alarmiste des médias suscitent des réactions mais n'aident pas souvent à la compréhension. À l’utilisation d’un vocabulaire à «impacts» toujours plus forts, leur audience devient hébétée.  En éducation, le discours structuré devient graduellement incompatible avec une navigation hyperliée et multicanal. L’art de communiquer est appelé à se transformer mais, heureusement, sa base demeure toujours constituée des mots.

Bonne lecture

Denys Lamontagne - [email protected]

* «Agriculture, commerce et tourisme sont les deux mamelles qui sèment le pain dont nous abreuvons nos enfants!»
Gustave Labarbe, maire de Champignac

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