Aujourd’hui les cultures locales interagissent avec d'autres et peuvent être confrontées autant à la popularité subite qu'à l’opprobre ou l’indifférence. Une certaine uniformisation s'étend, par exemple, on entend du rap et on trouve des incubateurs d’entreprises dans pratiquement toutes les régions et tous les pays, ces formules s’étant avérées populaires ou efficaces, mais on voit aussi des localités se spécialiser avec l’objectif d'y attirer les meilleurs artistes, artisans ou professionnels de la région, du pays ou du monde. Ainsi des réseaux naissent, des régions entières s’entraident et mettent en valeur leurs particularités complémentaires.
On peut manger de la baguette française, du fromage suisse, du couscous marocain, du sirop d’érable québécois, des sushi japonais, du bortsch ukrainien, de la pizza italienne, du pad thaï, du foutou ivoirien ou bien d'autres mets étrangers et quand même apprécier la nourriture de son coin de pays. Ce n’est pas différent pour la musique, les films, le théâtre ou la littérature. On consomme simplement plus de culture qu’avant et surtout plus variée.
Certaines coutumes, conventions et lois entrainent des comportements précis tout comme la géographie et le climat modèlent les pratiques locales : en Angleterre on conduit à gauche, au Japon les shōji (murs de papier) sont courants car ils résistent bien aux tremblements de terre, à Paris les terrasses des cafés ferment à 22:00, à Québec les toits en pente doivent être munis de déflecteurs à neige… Les structures et les manières de faire sont adaptées à leur environnement autant physique que social et s’intègrent dans la culture locale à moins que ce soit la culture locale qui modèle les manières de faire, en autant qu'on obtienne le résultat attendu.
En éducation, considérer la culture locale dans un programme national relève de la volonté politique. Elle se déploie par l’initiative des enseignants et par l’espace que les autorités veulent bien lui laisser. À ce titre, le programme français d’éducation artistique et culturelle peut servir d’exemple.
Identification à sa communauté, participation et sentiment
d’appartenance se développent bien par la culture locale, avec plusieurs
avantages au niveau de l'équilibre social et personnel; même l’économie
locale s’en porte mieux. Enfin, comme les algorithmes associent les
données avec la position géographique, les particularités locales
deviennent une bonne façon de se démarquer dans Internet; avec plus de 60 % de la
population mondiale qui utilise Internet, autant mieux s'en servir.
Il y a un plaisir à découvrir les cultures locales des autres autant qu’à mettre en valeur la sienne propre. Cela fait partie des expériences humaines à valoriser.
Denys Lamontagne - [email protected]
Illustration : Boutique du village de Nobsa, Boyaca, Colombie