Se faire sa propre opinion sur une personne en la côtoyant, est plus intéressant que de se servir de l’expérience des autres pour prétendre la connaître. On l’a tous fait à un moment donné de nos vies : juger de façon hâtive des individus du point de vue de leur appartenance sociale, de la couleur de leur peau, ainsi de suite.
Vérifiée ou pas, chacun a une idée qu’il se fait de tout et de n’importe quoi. Sauf que, cette facilité que l’on a de juger les autres sans fondements réels a tendance à les influencer. La plupart du temps ce n’est que du négatif qui en ressort. C’est dommage ! Que ce soit à l’école, au travail, dans les transports en commun, un regard, une parole, un geste déplacé peut saper le moral. Ces idées préconçues qui nous font affirmer parfois avec autorité la connaissance d’un peuple est un leurre. Cela constitue un ensemble de biais cognitifs qui au lieu de nous rapprocher nous divisent on les nomme les préjugés.
Un préjugé, selon le dictionnaire Robert, est une croyance, une opinion préconçue souvent imposée par le milieu ou l’époque; c’est un parti pris. Ce mécanisme, paraît-il, se fait inconsciemment, c’est un legs de l’évolution. En effet, à cette époque durant laquelle l’instinct de survie primait face à l’hostilité, le cerveau devait agir le plus rapidement possible. Du coup cet héritage nous amène à prendre des raccourcis faciles débouchant sur des dégâts parfois difficiles à réparer.
Confiance en soi
Avoir confiance en ses compétences, s’estimer, s’affirmer socialement dans ses relations avec autrui, sont les trois axes de compréhension de la confiance en soi. Acquise pour certains, une quête perpétuelle pour d’autres, pour évoluer dans une société aussi exigeante que la nôtre, il faut bien avoir une once de confiance en soi. Comment ça marche ?
Avoir confiance en soi, selon Frédéric Franget, c’est connaitre ses forces et ses faiblesses, c’est aussi, dans le sens de la thématique de cet article, avoir la capacité à accepter la critique constructive et relativiser celle qui ne l’est pas. C’est plus facile à dire qu’à faire n’est-ce pas ! Il s’agit d’un processus jonché d’embûches ayant pour dessein ultime de se forger un caractère face à l’adversité.
Cela peut être liés aux expériences passées positives ou non que l’on a vécu mais ce qui importe le plus est l’attitude que l’on adopte vis-à-vis de ces expériences. Cela peut être la résultante des préjugés que la société a tendance à nous coller au dos, lesquels ruinent l’amour propre d’un individu et le poussent à douter de ses compétences, débouchant sur une inaction permanente par peur d’échouer et par autocensure. Ces barrières que les élèves ont tendance à développer sont parfois le fruit de l’organisation d’un système scolaire basé sur des biais cognitifs qui paraissent être parfois décisifs pour l’orientation scolaire et le choix de carrière.
Il est vrai que l’amour pour sa propre personne on le développe seul, mais il importe d’évoluer dans un environnement qui lui est favorable. L’effet pygmalion enseigne que plus un enseignant croit en les capacités de ses élèves, plus il est possible que cette croyance devienne une réalité.
Quentin Condi dévoile d’ailleurs dans son mémoire de Master que le « climat de classe positif et bienveillant peut favoriser la motivation des élèves, leur engagement dans les apprentissages, leur estime de soi et leur réussite scolaire ». Par conséquent, l’espace de vie participe fortement à la manière dont on se perçoit et dont on se projette dans la société. Du coup, l’intériorisation d’un trop plein de négativité nous affecte et nous plonge dans l’inertie, influençant la capacité à s’affirmer et surtout l'équilibre mental.
L’absence de productivité
Il est plus facile de produire de la valeur quand nous sommes dans notre peau et en harmonie avec l’environnement de travail, au sens large terme. Dans le cas de figure contraire, l’incapacité à prendre des initiatives se fait sentir et empêche toute action. Dans les lieux de service, des biais cognitifs inconscients existent car, d’une manière ou d’une autre, cela fait partie intégrante de chaque individu, vu que celui-ci y a été moulé depuis le berceau.
On comprend donc que ces pensées sont d’ordre éducatif, culturel et relèvent même du conditionnement social. Sauf qu’ils détruisent les relations entre collaborateurs. Une enquête de Deloitte a révélé à ce sujet que 68% des employés ayant été témoins ou victimes de préjugés, de stéréotypes et de jugements ont constaté un effet négatif sur leur productivité. On peut imaginer ce que cela engendre comme coût pour ce qui est de la rentabilité d'une entreprise.
En outre, les préjugés n’interviennent pas uniquement dans les échanges entre collaborateurs, ils influencent aussi la décision du recruteur, qui aura tendance à choisir des candidats qui correspondent à des modèles spécifiques ou qui partagent ses attributs. Résultats des courses, il n’y a pas de diversité au sein de l’entreprise, encore moins l’équité. Et pour ce qui est de la promotion, ces préjugés fauchent l’évolution de bien des carrières.
Dans cette perspective, il est nécessaire d’instaurer un climat convivial au sein des organisations pour l’épanouissement de tous. Des mesures peuvent être prises à cet effet à l’instar de l’organisation de formations axées sur les effets négatifs des préjugés en entreprise et la mise sur pied de politiques non discriminatoires en entreprise, entre autres.
De la discrimination à la division sociale
La discrimination est la conséquence des préjugés. Elle agit comme un élément de distinction basée sur l’origine sociale, la race, le sexe etc, concourant à établir un système de ségrégation de personnes ou d’un groupe de personnes par rapport à un ensemble plus large, à qui on applique un traitement préférentiel par rapport aux autres qui ne mériteraient rien du tout.
Ce sujet n’est pas nouveau sous le soleil, l’inégalité parait indissociable de l'histoire de l’humanité. Cela commence à être embêtant lorsque qu’elle touche les droits fondamentaux de l’homme comme le droit à la dignité et plusieurs autres qui sont énoncés dans la déclaration universelle des droits de l’Homme et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, entre autres, lesquels textes constituent des cadres de protection des droits humains au sens large du terme, en vue de garantir cette cohésion sociale tant recherchée.
Pour ce faire, il importe de développer un comportement sain vis-à-vis de la différence à l’exemple :
- D’aller à la rencontre de nouvelles personnes sans préjugés à leur endroit, en gardant un esprit ouvert.
- S’éduquer, s’informer, développer l’esprit critique
- Communiquer sans y intégrer des stéréotypes
- Développer de l’empathie, la tolérance
Illustration: Truthseecker08 Pixabay.com
Références
Barivelo Jacquot, Daupiard Vladimir, « L’effet Pygmalion », en ligne https://ien-colombes1.ac-versailles.fr/IMG/pdf/effet_pygmalion.pdf
BOUCHOUL Sabine, « Ces comportements qui détruisent petit à petit l'amour et l'estime de soi », en ligne https://www.tf1info.fr/sante/ces-comportements-qui-detruisent-petit-a-petit-l-amour-et-l-estime-de-soi-2369446.html
Condi Quentin, 2024, « La gestion du climat de classe pour favoriser l’engagement dans les activités et les performances scolaires » MASTER MEEF mention 1er degré Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation, en ligne https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04341905/document
Fondation la main à la pâte, 2019, « L’impact des stéréotypes sur les performances scolaires » https://synapses-lamap.org/2019/05/06/livre-neurosciences-education-chapitre-5-limpact-des-stereotypes-sur-les-performances-scolaires/
GIRIER D., LAMOURI J., PULIDO B., « Biais inconscients et recrutement », en ligne https://rqedi.com/wp-content/uploads/2022/03/Feuillet-BiaisInconscientsetRecrut_FinaleWEB.pdf
Handicap international , humanité et inclusion « Stéréotypes, biais cognitifs et discrimination », en ligne https://www.hi.org/sn_uploads/document/Fiche-technique-3_Stereotypes-biais-cognitifs-et-discrimination.pdf
Métamorphose, « Confiance en soi, comment croire en vous ? avec le Dr Frédéric Fanget » en ligne https://www.youtube.com/watch?v=k69ihoedrbU
Vantage Circle, 2024, « Biais inconscients au travail : Quels sont les exemples de préjugés cachés en milieu professionnel ? », en ligne https://www.vantagecircle.com/fr/blog/biais-inconscients-au-travail/
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