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Publié le 27 mai 2019 Mis à jour le 27 mai 2019

« L’attitude émotionnelle de mon prof m’a permis d’aimer l’école » - Thèse

La place de l’attitude socio-conative des enseignants sur la motivation des élèves

Roue des émotions de Robert Plutchik.

Des émotions et ce que l'on en retient

Depuis le premier traité sur les émotions de René Descartes en 1649, de nombreuses recherches s’interrogent sur l’effet des émotions sur notre quotidien. On découvre dans les ouvrages et différents champs de la vie professionnelle, scolaire, sociale,… des termes comme « bientraitance », « intelligence émotionnelle », « psychologie ou éducation positive »…

En éducation, la place des enseignants dans l’engagement et les motivations des élèves a depuis longtemps fait l’objet de réflexions et de pratiques pour les moins contradictoires. Jean-Michel MEYRE (2018) dans le cadre d’une thèse en sciences de l’éducation a récolté des matériaux quantitatifs et qualitatifs croisés prouvant que c’est « un curriculum d’assertivité socio-conative » des enseignants qui reste dans les souvenirs des apprenants, bien loin devant les apprentissages dispensés !  [conatif : Qui exprime l'idée d'effort.]

Jacques Lecomte (2014, p4) nous donne une approche intéressante de cette thématique en précisant que « l’intérêt pour les facettes positives de l’être humain n’est pas nouveau. Le courant de la psychologie humaniste, représenté entre autres par Carl Rogers (2005) et Abraham Maslow (1972), a mis ces thèmes en exergue. Pour eux, l’être humain n’est pas d’abord le jouet de ses pulsions internes (psychanalyse) ou des pressions de l’environnement (béhaviorisme), mais un individu désireux de s’accomplir dans l’épanouissement personnel et la relation avec autrui. »

Citant (Gable et Haidt, 2005, p. 104), il définit la psychologie positive comme « l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions. »

Les thèmes de la psychologie positive se situent à un niveau social et politique (le bénévolat ou les actions humanitaires, les organisations apprenants, les entreprises libérées,…), à un niveau interpersonnel (le coaching d’équipes, les intelligences émotionnelles au cœur des relations humaines, la coopération et l’empathie,…) et enfin à un niveau personnel (le sentiment d’efficacité personnelle, la résilience, l’autodétermination,…).

En France, des laboratoires universitaires comme celui intitulé « Personnalité, Cognition, Changement Social » réunit des chercheurs comme Rébecca Bègue-Shankland qui a écrit en 2014 un ouvrage sur la psychologie positive, après une thèse en 2007 autour des comparaisons entre les pédagogies nouvelles et le système traditionnel de l’enseignement supérieur. Ses travaux « de psychologie positive s’inscrivent dans le cadre de la théorie "étendre et développer" (Fredrickson, 2004) qui considère que les émotions positives élargissent l’empan attentionnel permettant une plus grande créativité et une amélioration des capacités de résolution de problèmes. »

Discipline toute récente (1998), la psychologie positive est au croisement de nombreuses disciplines comme l’illustrent les congrès français et francophone de psychologie positive ou l’ouvrage collectif sous la direction de Martin-Krumm et Tarquinion (2019) réunissant 14 contributions issues de la philosophie, de la sociologie, de la psychologie, de la médecine et de l'économie.

Stop ou encore, l'émotion comme moteur

C’est dans le domaine des sciences de l’éducation que se situe Jean-Michel MEYRE qui a soutenu sa thèse autour de l’« Impact de la personnalité de l’enseignant sur le ressenti des élèves - L’assertivité socio-conative comme déterminant de la relation éducative ».

Enseignant d’EPS (Education physique et sportive) dans une zone sensible de Paris puis sur Montpellier, JM Meyre fait reposer sa thèse sur « l’hypothèse principale qu’il existe un lien étroit entre capacité empathique et opinion positive laissée auprès des anciens élèves. En d’autres termes, il nous apparaît intéressant de vérifier que plus le degré d’empathie est élevé, plus l’enseignant(e) laisse une opinion positive de lui/d’elle auprès de ses élèves » (p 25). 

Son cadre conceptuel de départ va cibler :

  • Les émotions comme un état « menant l’individu à agir avec son environnement. En ce sens, elle a une fonction relationnelle, permettant l’interaction entre l’homme et le monde qui l’entoure » (p 31).
     
  • La communication selon les différentes approches théoriques dont celles déclinant la communication, verbale, nonverbale ou para-verbale.
     
  • L’empathie (« capacité de lire dans le coeur d’autrui » p 53) et l’assertivité (« la capacité relationnelle médiatrice d’une communication ouverte impliquant le respect d’autrui) : pour JM Meyre, « aborder le thème de l’assertivité dans la relation pédagogicosociale enseignant/enseignés, c’est appréhender un mode de communication contribuant à la création d’un climat propice à l’existence d’une trace mnésique positive du dit enseignant » (p 60).
     
  • La conation enfin définit comme la force « qui pousse à agir, dirigé par un système de valeurs incorporées » p 75. Ce qui intéresse plus précisément JeanMichel Meyre c’est l’interrelation socio-conative entre les enseignants et leurs élèves car si « la conation s’exprime déjà dans la relation avec les autres êtres vivants (…) au cours de l’acte d’enseignement, les échanges volontaires ou contraints, la proximité imposée, le lien relationnel créé renforcent cette dimension sociale ».

Cette thèse va reposer sur l’assertivité socio-conative, c’est-à-dire sur ce que fait l’enseignant (ses pratiques relationnelles dans sa profession éducative) en fonction de ce qu’il est (émotions, affects, valeurs,…). Sa problématique va chercher à « montrer que l'étape d'assertivité socio-conative dans laquelle se situe l'enseignant atteste de la relation qu'il construit avec ses élèves » (p 92).

L’étude a duré deux années au sein d’un établissement proche de Montpellier et a regroupé des données issues de la passation de questionnaires tant à destination des enseignants que celle des élèves, de séquences vidéo de 12 enseignants volontaires et d’entretiens ciblés à partir des enregistrements effectués. Le travail de recherche a permis de définir « 9 composantes observables et objectivables des caractéristiques d’assertivité socio-conative » et d’apporter des éléments de preuve que « le ressenti positif qu’a un élève à l’égard de son professeur se trouve directement lié au degré d’assertivité socio-conative de ce dernier » (p 345).

En conclusion, malgré les biais soulignés par Jean-Michel Meyre, l’étude a apporté des éléments objectivables de l’effet des relations et attitudes des enseignants face à leurs enseignés. Son travail renforcé par d’autres recherches, il s’autorise à « penser qu’il semble possible, avec un tel modèle, d’entrevoir la mise en place d’une formation initiale et d’une formation continue à même de construire la professionnalisation des enseignants, toutes disciplines scolaires confondues » (p 340).

Sources

Descartes, R. (1649). Les passions de l’âme.
https://www.decitre.fr/livres/les-passions-de-l-ame-9782080708656.html

Lecomte, J. (Sous la direction de, 2014). Introduction à la psychologie positive. Paris : Dunod.
https://www.decitre.fr/livres/introduction-a-la-psychologie-positive-9782100705337.html

Meyre, J-M. (2018) – « Impact de la personnalité de l’enseignant sur le ressenti des élèves - L’assertivité socio-conative comme déterminant de la relation éducative » - Thèse de doctorat en sciences de l’éducation, Université de Montpellier 3 (soutenance le 15 décembre 2018)
http://www.biu-montpellier.fr/florabium/jsp/nnt.jsp?nnt=2018MON30059

Martin-Krumm, C., Tarquinio, C. (Sous la direction de, 2019). Psychologie positive. Paris : Dunod.
https://www.decitre.fr/livres/psychologie-positive-9782100794072.html

Shankland, R. (2012, nouvelle édition 2019). La Psychologie positive. Paris : Dunod.
https://www.decitre.fr/livres/la-psychologie-positive-9782100793235.html

2ème congrès Français et francophone de Psychologie Positive /// 15 > 17 mai 2019 :
http://centrepierrejanet-congres.org/2nd-congres-francophone-de-psychologie-positive-metz-16-17-mai-2019/


Mots-clés: Assertivité Relation éducative émotion emotion

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