Certaines personnes sont capables de voir leur monde s’effondrer sans trop en être affecté alors que d’autres perdent leurs moyens au moindre désaccord ou au premier obstacle. L'intensité d'une émotion dépend autant de la personne que de l'événement et de la façon dont il est présenté; c'est surtout sa perception qui compte, Madame la Marquise.
Demeurer en contrôle, malgré tout notre répertoire d'émotions, demande de prendre une distance entre ce que l’on éprouve et ce que l’on décide de choisir comme attitude. Cette capacité se développe par un mélange de compétence et d’expérience. Dompter ses dragons est évidemment plus facile quand on les prend jeunes.
Si l'émotion suggère de s’en prendre au contradicteur, le rationnel suggère d’autres approches prenant en compte des intérêts plus larges. Si la peur suggère de fuir, le rationnel peut quand même choisir le meilleur chemin et ne pas céder à la panique. Si l’empathie suggère d’y aller à fond, le rationnel peut aussi suggérer un petite méfiance, la confiance n’est pas de la naïveté et les enjôleurs existent.
La tolérance à la contrariété tend à diminuer chez nos contemporains exposés aux algorithmes d’affinité du genre «vous aimerez peut-être ceci» et à céder au ton alarmiste des médias dont les algorithmes sont basés sur nos «réactions». Dans cette dynamique on peut être exposés à plus de stimuli que jamais auparavant, alors est-on simplement en période d’adaptation ? Le retour des apartheids, des ghettos et des murs n’est pas nécessairement un bon signe et s’appuie sur des émotions exacerbées de peur et d’égoïsme. Comment socialement favoriser les interactions et la confiance ?
Gérer les émotions de gens qui ne veulent côtoyer que des gens qui pensent comme eux revient à faire l'éducation à des personnes sourdes et aveugles, d’où le rôle vital des écoles dans l’éducation à la diversité, à la tolérance et aussi à développer l’épaisseur des épidermes. Dans la vie réelle, la rugosité de nos rapports est la norme.
La
gestion des émotions est un gros domaine d’intervention dans les écoles.
Confronter les idées peut-être bénéfique. Ce dossier en offre
l’occasion.
Denys Lamontagne - [email protected]
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