Articles

Publié le 02 février 2020 Mis à jour le 04 février 2020

Construire des connaissances entrepreneuriales via la situation-problème

Esprit d'entreprendre, es-tu là?

Situation-problème

Que vaudrait un bagage de connaissances sur les théories complexes en entrepreneuriat, sur le marché économique mondial ou bien encore sur un processus de modélisation 3D d’un produit commercial si ces connaissances parcellaires ne pouvaient pas être mobilisées par son détenteur en situation réelle et complexe dans le contexte d’une entreprise?

Autrement dit, ne pas pouvoir faire le lien entre ces connaissances serait bien plus préjudiciable que ne pas tout maîtriser sur ces connaissances. Les interactions entre les connaissances sont indispensables en ce qui concerne  le savoir-agir, car, n’est-ce pas là au fond, la finalité de tout apprentissage ? Encore plus lorsque l’on évoque le domaine de l'entrepreneuriat , un domaine où savoir-agir, savoir-faire, savoir-être sont déterminants.

En ce sens, l’éducation à entrepreneuriat constitue un excellent point d’entrée pour développer le savoir-agir de l’apprenant. La situation-problème en tant qu’une des approches sur laquelle s’appuie la pédagogie active constitue un très bon moyen d’atteindre les objectifs pédagogiques.

« (…) l’apprentissage scolaire offre la meilleure opportunité pour développer les attitudes entrepreneuriales » (Kearney, 1999)

Un ensemble d’habiletés a été répertorié par différentes recherches en ce qui concerne les attitudes entrepreneuriales. Ces attitudes, transposées au cadre scolaire ou académique, émergent dans le déploiement d'une pédagogie entrepreneuriale minutieusement déployée.

Les  4 piliers de l’éducation entrepreneuriale selon Kearney

Parmi les précurseurs à encourager l’éducation entrepreuneuriale, Kearnkey, a défini quatre principes clés :

  1.  La responsabilisation de l’apprenant qui vise à le rendre maître de son apprentissage et quitter son « métier d’élève » pour celui d’entrepreneur de son apprentissage et de sa vie. L’enseignant doit également veiller à ne pas rester dans sa posture magistrale car cela déresponsabilisera l’apprenant. Il doit déléguer tout en supervisant le processus d’apprentissage. Son rôle s’apparente à celui de guide, de référent.

  2. Un apprentissage expérientiel : l’apprentissage doit faire écho à la réalité. Autrement dit, il doit permettre à l’apprenant de développer des compétences qui lui seront utiles dans sa vie future de professionnel. Les projets, les études de cas, les simulations par jeu de rôles sont idéales pour recréer un cadre d’apprentissage basé sur la réalité.

  3. La coopération : l’apprentissage s’inscrit ici dans le courant constructiviste et socio-constructiviste. L’activité pédagogique est planifiée de sorte à ce que l’apprenant ait la possibilité d’interagir avec ses pairs en vue de construire son apprentissage. La somme des intelligences est toujours supérieure à l’intelligence individuelle. Pour cela, la tâche donnée ne doit pas être trop facile afin que sa réalisation passe obligatoirement par les pairs.

  4. La réflexivité : la métacognition est rendue indispensable afin que l’apprenant puisse prendre le recul nécessaire et porter un regard sur l’apprentissage qui a été fait, voir ce qui a fonctionné et ce qui a également été moins positif.

    Les échecs sont souvent formateurs et en prendre conscience à travers une auto-analyse lui permettra d’anticiper sur ses actions futures et projeter de nouvelles actions. De même qu’un entrepreneur va planifier des réunions avec son équipe-projet, il est également nécessaire que cette métacognition se fasse durant le processus afin de réduire les écarts de réajustements qui sont susceptibles d’être effectués.

Apprendre via la situation-problème

Qu’une chose soit claire: la situation-problème n’est pas un problème. En effet, ici, nous sommes loin du problème mathématique ou encore du sens négatif qui lui est communément attribué sous l'appellation "problème".  Il faut plutôt entrevoir comme une situation qui va amener non pas à une solution unique comme dans le problème mathématique où la solution est connue à l’avance mais plutôt comme un moyen de parvenir à un apprentissage donné avec des objectifs définis, des tâches distribuées et des consignes claires.

La situation-problème est une

  «situation didactique dans laquelle il est proposé au sujet une tâche qu’il ne peut mener à bien sans effectuer un apprentissage précis. Cet apprentissage, qui constitue le véritable objectif de la situation-problème, s’effectue en levant l’obstacle à la réalisation de la tâche. Ainsi, la production impose l’acquisition, l’une et l’autre devant faire l’objet d’évaluations distinctes.

Comme toute situation didactique, la situation-problème doit être construite en s’appuyant sur une triple évaluation diagnostique des motivations, des compétences et des capacités.» (Meirieu, 1992)

Le cadre coopératif de l’apprentissage doit faire émerger un conflit cognitif entre les apprenants, ce qui nécessite également de la part de l’apprenant une certaine flexibilité cognitive, c’est-à-dire d’être capable de soumettre son point de vue et de prendre en compte celui des autres de manière simultanée. Cette flexibilité cognitive va donc lui permettre de répondre de façon satisfaisante à la situation-problème soumise.

Construire des connaissances entrepreneuriales via la situation-problème

Le recours à la situation-problème sert d’appui à la pédagogie entrepreneuriale (également connue sous sous l’appellation de pédagogie entreprenante).

La pédagogie entrepreneuriale passe par la mise en action de l’objectif d’apprentissage et implique une pédagogie active. Plusieurs approches sont possibles comme le projet pédagogique, l’étude de cas, la simulation par le jeu et bien entendu la situation-problème.

Bâtir une formation basée sur la pédagogie entrepreneuriale nécessite un savoir-faire que Deleuze définit autour de trois dimensions fondamentales et qu’il appelle lui-même de « proposition logique »  :

  1.  la signification qui renvoie au lien entre contenu et nature du savoir

  2. la référence qui tend à replacer l’apprentissage dans un contexte que l’on peut retrouver dans la réalité. On peut également faire le lien avec l’un des principes clés des piliers de l’éducation à l’entreprenariat de Kearney, c’est-à-dire l’expérientiel.

  3. la manifestation qui doit susciter l’engagement de l’apprenant et sa motivation dans la tâche proposée.

Infographie: connaissances entrepreneuriales et situation-problème

                                     

Télécharger ici

Retours d’expériences

Situation-problème, pédagogie par projet et jeu de rôle dans un cours universitaire à distance

Il y a plusieurs années, je suivais plusieurs séminaire sur la conception de dispositifs pédagogiques technopédagogiques. Dans le cadre des séminaires proposés, nous étions soumis à plusieurs situations-problèmes. L’une d’entre elles était particulièrement intéressante dans la mesure où les consignes requéraient la simulation de différents rôles des apprenants: responsable de groupe- responsable d’équipe -concepteur- tuteur- rapporteur.

Ici, il peut y avoir une certaine sentiment de sortie de la zone de confort dans la mesure où les étudiants qui, dans leur statut professionnel réel, pouvaient se retrouver dans un rôle de supérieur hiérarchique vis-à-vis d’autres pairs de l’équipe.

Par exemple, des professeurs universitaires côtoyaient au sein du même groupe des formateurs, des enseignants du secondaire ou encore d’autres profils d’apprenants/étudiants en formation continue ou initiale  ou encore des professionnels des technologies. Cela a constitué un défi stimulant dans la mesure où je m’étais retrouvée responsable d’une équipe de mes pairs de la formation qui étaient professeurs pour certains d’entre eux dans l’enseignement supérieur. 

Par ailleurs, de nombreuses habiletés sous-jacentes aux quatre principes de Kearney évoquées un peu plus haut étaient également de mise puisqu’il a fallu faire preuve de :

  • confiance en soi, d’esprit d’initiative pour piloter le groupe d’enseignants/ apprenants
  • d’organisation dans la planification du travail du groupe (respect des échéances)
  • autonomie dans le travail individuel
  • gestion d’équipe et des conflits
  • communication ( faire preuve de diplomatie, communication interculturelle)

L’un des aspects délicats à prendre en compte était la diversité culturelle du groupe. Apprendre à travailler dans cette synergie de groupe interculturel était fort enrichissant.  La mise en situation était d’autant plus complexifiée qu’il s’agissait d’une collaboration à distance.

Entraient ici alors des compétences spécifiques à cette modalité de travail :

  • communication à distance et donc maîtrise des codes de communication dans le travail d’équipe à à distance.
  • autonomie dans l’apprentissage en ligne
  • organisation

Cela supposait également la gestion de différents niveaux de distance : distance géographique et pour compléter le tout des fuseaux horaires avec des écarts assez conséquents.

  • distance psychologique ( mobilisation de l’entraide entre pairs)
  • distance cognitive

Pour ce qui relevait de la distance technologique, nous étions pour l’ensemble déjà appropriés l’environnement médiatisé de formation ainsi que les différents outils de collaboration mis à notre disposition. Hormis quelques problèmes de connexion pour certains apprenants et qui avaient également eu un impact sur la bonne mise en œuvre du projet.

Pour ce séminaire, nous étions amenés à nous pencher sur un projet collectif de déploiement d’un dispositif de formation à distance avec pour thématique l’initiation au développement durable.

Concrètement, nous étions tous mis, apprenants- professionnels que nous étions déjà, en simulation d’une situation réelle. Cette simulation du réel constituait traduite comme la référence par Deleuze ou encore par l’apprentissage expérientiel, constituait une source intrinsèque de motivation.

En tant que professionnels amenés ultérieurement à accompagner la mise en place de tels dispositifs pédagogiques, le projet faisait sens et faisait également écho à la deuxième dimension de Deleuze dans le recours à la situation-problème qui est la signification même. De surcroît, la troisième dimension  manifestation était plus qu’évidente.

Concrètement, le projet était basé sur non pas une mais plusieurs situations-problèmes qui étaient déjà abordées de manière similaire. Notre tâche consistait alors à mobiliser l’ensemble des compétences et connaissances acquises préalablement en vue de répondre de manière efficace au déploiement du dispositif.

En définitive, pour faire écho au propos d’introduction, les interactions entre ces connaissances acquises et parvenir à une « proposition » en mobilisant à la fois le savoir-agir, le savoir-être de l’apprenant tout en tirant profit du savoir-faire de l’encadrant étaient fondamentales pour mener à bien le projet d’apprentissage.

En définitive, la pédagogie entrepreneuriale constitue un excellent moyen pour développer de nouveaux apprentissages. La condition sine qua non reste bien entendu la manipulation délicate et  judicieuse des différents choix opérés par l’enseignant.

 Illustration : Adobe Stock par Par FS-Stock 

Infographie: S. Budel

Références

Expérimenter et coopérer pour apprendre à entreprendre
Un livre de référence pour les équipes pédagogiques des cursus d'entrepreneuriat - Caroline Verzat
https://www.cairn.info/revue-entreprendre-et-innover-2011-3-page-113.htm 

La situation-problème pour construire ses connaissances entrepreneuriales - Olivier Toutain
https://www.cairn.info/revue-entreprendre-et-innover-2011-3-page-127.htm

Former pour entreprendre ?
Réflexions sur l’approche pédagogique en matière d’entrepreneuriat - Bernard Surlemont
http://www.cidegef.org/activites/remises/liege/pdf/Bernard_SURLEMONT.pdf

La pédagogie entrepreneuriale : une approche pour le développement de compétences transversales - Mélissa Philippe
https://www.profweb.ca/publications/dossiers/la-pedagogie-entrepreneuriale-une-approche-pour-le-developpement-de-competences-transversales#section-2 

Les situations-problèmes… vingt ans après - Philippe Meirieu
https://www.meirieu.com/OUTILSDEFORMATION/situationsproblemes.htm 




Mots-clés: Recherche en éducation Coopération pédagogie active Métacognition situation-problème éducation entrepreneuriale apprentissage pratique pédagogique savoir-agir conflit cognitif

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

  • Les cours
  • Les ressources d’apprentissage
  • Le dossier de la semaine
  • Les événements
  • Les technologies

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner à l'infolettre


Effectuez une demande d'extrait d'acte de naissance en ligne !


Ajouter à mes listes de lecture


Créer une liste de lecture

Recevez nos nouvelles par courriel

Chaque jour, restez informé sur l’apprentissage numérique sous toutes ses formes. Des idées et des ressources intéressantes. Profitez-en, c’est gratuit !