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Publié le 15 mars 2022 Mis à jour le 15 mars 2022

Langue ukrainienne en plein brouillard

L'ukrainien n'est pas encore mort

Le jeudi 24 février 2022 marque une date tragique dans l’histoire du monde : celle de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce conflit russo-ukrainien couvait déjà depuis novembre 2013 mais a finalement dégénéré en ce début d’année. Selon Margaret Atwood (romancière canadienne auteure du roman et série télé à succès La Servante écarlate), « La guerre est ce qui se passe quand le langage échoue » et ici, dans ce contexte particulièrement fragile du front de l’Est, il semblerait que c’est ce qui ce soit passé.

Comment s’y retrouver dans ce brouillard qui a soudainement envahi la nation ukrainienne, forçant son peuple à se déraciner, tant géographiquement que culturellement parlant ? Faisons une tentative de retour pour comprendre l’origine de ces méandres linguistiques dans lesquels s’enlisent l’Ukraine et la Russie.

Un peu d’histoire

Actuellement le plus grand état d’Europe par sa superficie, l’Ukraine a fait partie de l’ex-URSS jusqu’au 24 août 1991. Comptant environ 45 millions d’habitants, ou 42 millions sans la Crimée, qui reste continuellement disputée aux Russes, la langue officielle du pays est l’ukrainien, mais le russe, le hongrois et le roumain y sont également des langues régionales officielles, sans compter dix autres langues minoritaires aussi reconnues.

L’ukrainien est issu de la famille des langues indo-européennes et appartient à la famille orientale des langues slaves, tout comme le biélorusse, le russe et le rusyn.

Apparue au XIIIe siècle, la langue ukrainienne est subitement interdite le 18 juillet 1863, sur un décret du ministre de l’Intérieur russe Piotr Valouïev lors d’une vaste politique de russification de la part de l’empire russe sur tout son territoire. Outre cette interdiction, la langue ukrainienne est carrément déclarée « inexistante ». Le biélorusse subira le même sort. Il faudra attendre la fin du régime tsariste, vers 1917, pour que l’Académie des Sciences impériale redonne à l’ukrainien son statut de langue indépendante et recouvre son statut de langue officielle de la République populaire d’Ukraine. Statut qui ne durera que deux ans, avant l’avènement de la République socialiste soviétique d’Ukraine, en 1919, où le russe reprend son statut de deuxième langue officielle en présence. 

La Seconde Guerre mondiale continue de faire la vie dure à la langue ukrainienne. En effet, lors de l’occupation allemande, beaucoup de locuteurs de cette langue disparaissent et le simple fait de vouloir la protéger devient un acte antigouvernemental, car nationaliste. À l’issue du conflit planétaire, et quoique officielle, la langue ukrainienne est progressivement écrasée par la langue russe, notamment dans les milieux professionnels et scolaire. Soumise aux fluctuations politiques, la langue ukrainienne voit successivement ses panneaux de signalisation uniquement en russe (début des années 1980), puis bilingues (fin des années 1980), puis uniquement en ukrainien (début des années 1990).

La chute de l’URSS cause un émoi culturel et linguistique pour les néo-Ukrainiens, particulièrement ceux résidant dans la partie est du pays, proche de l’actuelle Russie. Depuis 1991, l’ukrainien a repris sa place de langue officielle et unique, même si la langue russe reste majoritairement comprise par sa population. Il paraitrait même qu’à Kiev (ou Kyiv selon la graphie ukrainienne et non russe), même si les publicités, les médias et l’école sont en ukrainien, la langue commune reste le russe. Une diglossie est donc flagrante : deux systèmes linguistiques (langues, dialectes, parlers) ayant chacun un statut sociopolitique différent sont utilisés en même temps.

Russophones ou Ukrainophones ? 

Là est la question : doit-on suivre son cœur ou sa tête ? Voilà une des tragédies qui déchire le pays. Longtemps soumis à une politique de russification, le peuple ukrainien se considère en majorité comme Ukrainien de souche. Toutefois, à Kyiv et dans les grandes villes, ils parlent généralement davantage russe et seraient plus réfractaires à revenir à la langue de leurs aïeux. 

L’aspect ethnique entre également en ligne de compte : d’un côté, on y trouve des Ukrainiens parlant uniquement le russe, et d’un autre côté, des Russes dont la langue maternelle est l’ukrainien et pour lesquels la langue russe n’est qu’une seconde langue.

Il faut savoir aussi que pour bon nombre d’entre eux, l’ukrainien est une langue russe « rurale » et la parler serait favoriser une forme de discrimination encline aux préjugés sociaux.

Mais ces deux langues sont-elles vraiment différentes ? Quoique proches, la grammaire, le vocabulaire, la prononciation et la syntaxe de ces deux langues présentent de nombreuses différences. Si les Ukrainiens comprennent généralement bien la langue russe, l’inverse est moins vrai. À la limite, l’ukrainien se rapproche davantage du polonais que du russe. Si toutes les deux partagent l’alphabet cyrillique et ont 62% de mots communs, la grammaire ukrainienne est plus proche de celle des langues européennes.

Et demain ?

Dans l’état actuel des choses, le peuple ukrainien est donc dans le brouillard le plus total. Certes, Kyiv fut la capitale de la première ébauche de la Russie contemporaine, mais depuis son indépendance en 1991, elle cherche à reprendre sa place en toute autonomie de son voisin rouge. Et demain, qu’en sera-t-il ?

Souhaitons-lui de faire rayonner son hymne national, criant de son désir de liberté, celui-ci s’intitulant « Ще не вмерла України (Chtche ne vmerla Ukraïny) « L'Ukraine n'est pas encore morte »…


Sources et illustrations

Ukrainien, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Ukrainien

Ukraine, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Ukraine

Différences entre le russe et l’ukrainien, l’encyclopédie des différences, https://www.10differences.org/fr/ukrainien-vs-russe/ 

Pixabay, https://pixabay.com/images/id-7041088/ et https://pixabay.com/images/id-2735200/


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