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Publié le 16 novembre 2022 Mis à jour le 16 novembre 2022

Scénariser son cours avec la pédagogie du débat-éloquence

Développer la compétence oratoire ET l'esprit critique

Que ce soit l’approche par objectifs, l’approche par compétences ou toute autre approche pédagogique, le but demeure le même :  mieux transmettre les connaissances et faciliter l’apprentissage. Dans un contexte de renaissance de l’Art oratoire, si l’on s’en tient aux sociétés d’Art oratoire ou aux compétitions d’éloquence qui émergent, j’ai eu à présenter deux conférences sur la pédagogie à travers le débat-éloquence et à animer des formations à l’endroit des enseignants afin d’appliquer ladite approche.

Ces activités m’ont permis de déduire que l'approche basée sur le débat-éloquence peut se résumer en cinq principaux points.

1-La scénarisation, synonyme de préparation

Dans le cadre pédagogique, il s’agit de préparer sa leçon ou son cours en identifiant et en organisant tous les outils nécessaires à la réalisation des objectifs du cours. Dans le cadre du débat-éloquence, comme approche, il faut bien circonscrire la cible, définir les motions et programmer les différentes phases de la leçon.

Bien définir la cible consiste à faire un état des lieux des compétences de ses élèves ou étudiants. Ceci permet de savoir quels types de motions sont nécessaires pour réaliser les objectifs de la leçon et surtout d’adapter les motions aux capacités intellectuelles des apprenants.

La motion est la formulation des sujets ou des leçons de telle sorte qu’elles puissent susciter le débat contradictoire. La motion, généralement, est formulée sous forme d’affirmation, comme une assertion. Ainsi, dans la cadre de la langue française, la leçon sur les accords du participe passé peut être formulée ainsi : cette convention pense que l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir doit être banni. 

Plusieurs motions doivent être formulées selon les objectifs à atteindre. Une sorte de banque de motions est ainsi réalisée. Donc, dans la préparation, les objectifs à atteindre doivent être définis tout comme la réalisation d’une fiche d’évaluation qui prend en compte la forme (gestuelle, regard, vestimentaire etc.) et le fond (structuration des arguments, compréhension, originalité des arguments etc.). Si la préparation qui est la première étape peut se faire hors de l’espace scolaire, la deuxième phase se déroule en salle.

2-Initiation et incitation à la prise de parole en public

La pédagogie à travers le débat-éloquence est avant toute chose une pédagogie basée sur la transmission à travers l’art oratoire. Donc, quel qu’en soit le domaine dans lequel elle doit être appliquée, la toute première leçon ou la toute première articulation doit porter sur la prise de parole en public.

Si vous êtes un nouvel enseignant et ne maîtrisez pas encore les compétences oratoires de vos apprenants, il convient de focaliser votre premier exercice sur la prise de parole en public. Selon l’âge des apprenants, vous pouvez varier le libellé de l’exercice.  À l’école primaire, l’enseignant peut se limiter à demander aux apprenants de se présenter debout, devant leurs camarades et de parler de leurs vœux, de leurs familles, de leurs loisirs etc. Bien avant, il est recommandé de présenter une vidéo qui met en exergue une bonne prestation en public. Il est important lors de cette phase de laisser l’apprenant choisir son sujet. Il ou elle doit être libre dans ledit choix.

Au terme de cette phase, l’enseignant doit établir le profil de chaque apprenant, avec ses forces et ses faiblesses pour pouvoir mieux répartir les équipes le moment venu, c’est-à-dire équilibrer les équipes sur la base des profils des apprenants. Mais avant la répartition, il convient d’aborder l’analyse de la motion. 

3-Initiation à l’analyse de la motion

Il existe trois types de motions : les faits, les lois et les valeurs [1].

Pour un début, il n’est pas obligatoire de détailler les nuances qui existent entre ces types de motions. La motion avant toute chose est une phrase affirmative ou interrogative. Il suffit de la décomposer, identifier les mots clés, les comprendre afin de mieux cerner sa signification. Il s’agit tout simplement de l’analyse d’un sujet. Toutefois, il faut orienter cette phase vers le débat en procédant à un travail collectif d’identification des arguments pour et contre.

Le débat est basé sur un principe de contradiction mais dans une approche pédagogique, il est important de faire comprendre aux apprenants que la contradiction loin d’être une limite est une valeur qui permet d’améliorer le sens critique. Donc, pour chaque motion présentée, les apprenants doivent établir eux-mêmes les arguments pour et contre. L’enseignant est le facilitateur qui réajuste, si nécessaire, les propositions et les oriente dans le sens des objectifs de la leçon. C’est après cette phase qu’il faut répartir les équipes.

La pédagogie à travers le débat-éloquence doit opter pour un format de débat spécifique, entre autres, nous avons

  • le British parliamentary, constitué de huit débatteurs regroupés en binômes ;
  • le World Schools Debating Championships (WSDC) avec six débatteurs ;
  • le Format panafricain de débat avec six débatteurs et des remplaçants.

L’enseignant peut également créer un format qui s’adapte au nombre d’apprenants et au temps imparti pour chaque leçon. Il ou elle peut réduire le nombre d‘intervenants à quatre, soit deux par équipe. Les équipes doivent être équitables en termes de compétence. Les étudiants moins brillants ou moins éloquents doivent être associés à ceux considérés comme plus éloquents ou plus éveillés. Cette approche permet d’enrichir le travail d’équipe durant la préparation du débat qui doit être très suivi par l’enseignant.

C’est également lors de cette phase que l’enseignant, selon le format, explique les rôles de chaque acteur. Dans un débat-éloquence, les orateurs n’ont pas tous le même rôle. Si on attend du premier orateur la définition de la motion, la présentation des arguments de son équipe, la présentation des membres de son équipe etc., on attend du dernier orateur le rapport des arguments de son équipe. De ce fait, selon le rôle joué, les compétences à développer varient.

4-Le débat proprement dit

Une fois les équipes établies et la motion expliquée, un moment donné aux équipes pour organiser leurs différentes interventions, le débat peut être lancé selon le nombre d’élèves et le temps prévu pour une leçon, le temps de prise de parole de chaque débatteur peut varier. On peut le situer entre 3 et 5 minutes, selon le nombre d’apprenants et leur âge.

Au cours du débat, l’enseignant joue le rôle du modérateur. Il est le juge qui peut se faire assister par d’autres élèves afin de les initier à l’évaluation des pairs. L’enseignant doit également prendre assez de notes afin non seulement de rectifier les contrevérités qui pourraient découler des interventions, mais surtout de pouvoir faire le briefing à la fin de chaque débat. Car, après chaque débat, le juge se doit d’évaluer chaque candidat et chaque équipe.

5-Évaluation et conclusion de la leçon 

Même si la salle de classe est transformée en hémicycle de débat durant la leçon, il ne faut pas perdre de vu qu’il s’agit avant tout d’un cours et donc, l’enseignant doit se rassurer que le débat ait apporté du contenu et que les acteurs aussi bien passifs qu’actifs ont compris les rouages de la leçon.

Il ou elle doit, à la fin, faire un résumé afin que les apprenants soient au même niveau d’informations. C’est ici que chaque orateur doit connaître quelles ont été ses forces et ses faiblesses. Il faut également donner la parole à ceux qui ont fait partie du public afin de recueillir leurs points de vue : il s’agit non seulement d’une pédagogie à travers le loisir, mais également d’une pédagogie active ou une didactique orale.

La pédagogie à travers le débat-éloquence peut être appliquée dans plusieurs domaines et elle est efficace si l’on s’en tient aux retours des enseignants qui ont eu à l’expérimenter. C’est notamment le cas des enseignants de langue française de l’association Lend en Italie, de Madame Rosa Maria Falà  du collège I.C. Giovanni Paolo II en Sicile ou des responsables du Lycée Français d'Alexandrie.

L’approche est innovante et permet aux apprenants de développer l’esprit de synthèse et critique, d’accepter la contradiction, d’apprendre à travers le loisir, de développer leurs compétences en prise de parole en public etc. Néanmoins, elle a des exigences. Dans le cas où c’est la première fois que les apprenants la découvrent, il faut des heures supplémentaires en début de classes pour les initier à ce jeu intellectuel, dans le cas contraire, dès le premier jour, elle peut être appliquée.

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[1] Pour plus d’explications, confer Fomekong, Narcisse, (2021), « Jeux oratoires en Afrique et promotion du patrimoine culturel immatériel »
https://www.academia.edu/56828260/Jeux_oratoires_en_Afrique_et_promotion_du_patrimoine_culturel_immat%C3%A9riel_Fomekong_Narcisse


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