Articles

Publié le 30 novembre 2022 Mis à jour le 30 novembre 2022

Que font les administrations scolaires pour attirer et retenir leur personnel ?

De plus en plus d'enseignants démissionnent, ce qui aggrave la pénurie...

Démission

Le rapport au travail montre des signes de profonds changements. Divers phénomène sont apparus ou se sont amplifiés dernièrement et parmi ceux-ci, la grande démission, FIRE (financial independance retire early), se fait aussi sentir chez les enseignants. Analyse.

La grande démission

Chacun en a entendu parlé, le phénomène est arrivé des USA en situation post Covid. Des employés ont massivement démissionné. Le phénomène a pris suffisamment d'ampleur que des employées ont commencé à se filmer et à partager sur les réseaux sociaux le moment où elles démissionnaient :


Le phénomène a traversé l'Atlantique et le nombre de démissions a fortement cru.


Source : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/la-france-vit-elle-une-grande-demission

[CDI : Contrat à durée indéterminée]

FIRE

Autre phénomène qui rejoint le minimalisme et la frugalité en ces moments ou la surconsommation devient, pour certains, une absurdité. Le minimalisme est défini comme étant

«le fait de vivre intentionnellement avec les seules choses dont vous avez vraiment besoin. Supprimez la distraction des biens excédentaires et se désencombrer afin de pouvoir se concentrer davantage sur les choses qui comptent le plus.»

Le FIRE, (financial indépendance retire early), est un mouvement qui prône la réduction des dépenses et l'épargne afin de pouvoir prendre sa retraite plus tôt. Il est né aux États-Unis dans les années 1990 et a gagné en popularité au cours des dernières années.

Les adeptes du FIRE s'efforcent de réduire leurs dépenses et de mettre de l'argent de côté afin de pouvoir prendre leur retraite plus tôt. Ils visent à atteindre l'indépendance financière, c'est-à-dire avoir suffisamment d'argent pour vivre sans travailler. Cela leur permet de prendre leur retraite plus tôt que la plupart des gens et de profiter de leur temps libre comme ils l'entendent. Le mouvement FIRE a été popularisé par les blogueurs et les podcasteurs qui ont partagé leurs histoires et leurs conseils sur la manière de réduire les dépenses et d'épargner pour la retraite.

Le mouvement FIRE a été popularisé par les blogueurs et les podcasteurs qui ont partagé leurs histoires et leurs conseils sur la manière de réduire les dépenses et d'épargner pour la retraite.

De plus en plus d’enseignants quittent leur métier

Peut-être n’y-a-t-il qu’un faible rapport avec le phénomène de la grande démission mais parallèlement, le nombre d’enseignants qui démissionnent est lui aussi toujours plus élevé. Comme le montre ce graphique, le nombre d'enseignants titulaires qui quittent l'enseignement est en forte augmentation par rapport à 2010.

Source : https://start.lesechos.fr/travailler-mieux/metiers-reconversion/rentree-les-jeunes-profs-epuises-de-plus-en-plus-nombreux-a-demissionner-1342619

Les raisons des démissions d'enseignants

Dans les divers témoignages de personnes qui ont démissionné, on retrouve :

Le burn-out :

  • "Je savais que c'était ma dernière affection. Je commençais déjà à trouver le temps long et je ne me voyais pas finir ma carrière à l'Éducation nationale, mais je n'avais pas encore de solution, car j'étais tellement dans une dépression profonde, ce qui m'a conduit à un burn-out dans mon dernier établissement où j'ai tenu 3 ans."
  • "J'avais besoin d'un temps partiel pour me reposer, me ressourcer et je l'ai obtenu très difficilement, à chaque fois, c'était refusé toujours par le même motif : besoin de service".
  • "À cela, s'ajoutaient le temps de travail et l'énergie folle, que je mettais à préparer mes cours et les projets. Au-delà du scolaire, il y a le travail sur le social, sur la manière d'aborder la relation avec les autres, avec certaines familles dans certains quartiers. Chaque année, je devais refaire mes preuves. Ça m'a épuisé."
  • "... une charge de travail très importante. "Il y a les réunions, les préparations de cours, les examens de master et le mémoire à faire pour la fin de l'année. On nous demande énormément, dès qu'on arrive la charge est grosse. Et plus on veut bien faire, plus on se noie."
  • "...dégradation des conditions de travail, des élèves plus nombreux par classe, moins investis, moins attentifs"
  • « J'ai tenu seulement deux semaines à l'école. La première, j'ai pleuré devant ma classe. La deuxième, j'ai dû voir un médecin »

Soumission, docilité ou conformisme et l'attitude de certaines directions :

  • "De toute façon, c'est comme ça, à l'Éducation nationale, si on ne rentre pas dans le moule, on est mal vu."
  • "Viendra un changement de direction, et Sylvie se heurte à l'hostilité du nouveau directeur."
  • "J'ai eu un directeur deux ans de la retraite qui m'a dit un jour que mes méthodes étaient sectaires, donc ça s'est arrêté. Moi, j'ai surtout vu que le côté sectaire, c'était l'Éducation nationale en fait..."
  • "Ma demande de rupture conventionnelle (mise en place en janvier 2020, NDLR) a été rejetée deux fois. Et comme je voulais faire une alternance, j'ai dû démissionner."
Le manque de reconnaissance et le manque de liberté qui ont disparu au fil des années :

  • "pas de reconnaissance de l'administration et de l'institution. La seule reconnaissance, c'est celle des élèves, mais au fil du temps ça ne suffit plus et il y a aussi ce manque de liberté parce que c'est un système qui nous infantilise beaucoup. "
  • "elle prend conscience du système qui selon elle, enferme, prend les élèves pour des pions, et ne les voit que comme des têtes qu'il faut remplir sans les prendre dans leur globalité."
  • "un manque de reconnaissance et un sentiment de solitude par rapport à l'institution"
  • « J'avais l'impression d'être pieds et poings liés à une grosse machine, pour laquelle je n'étais qu'un numéro de dossier. »

Les remplacements en début de carrière :

  • "J'ai été baladé de circonscription en circonscription avec pas mal d'affections différentes dans l'académie de Versailles. J'ai fait tous les niveaux. J'étais chaque année, à refaire des vœux, changer de ville, d'établissement."

La partie administrative :

  • "On passe un temps fou à faire des réunions, proposer des pistes de travail qu'on nous demande, pour qu'au final, on ne retienne rien, et les programmes sont préparés sans nous."

Sources :

Pénurie d'enseignants


La pénurie d'enseignants est due à plusieurs facteurs. Tout d'abord, la baisse du nombre de candidats aux concours de l'enseignement. En effet, selon les chiffres du ministère de l'Éducation nationale, le nombre de candidats aux concours d'entrée dans l'enseignement a baissé de 11% en 2017 par rapport à 2016. Cette baisse s'explique notamment par la hausse des exigences du concours, qui a écarté de nombreux candidats potentiels.

Par ailleurs, la pénurie d'enseignants est également due à la démission des enseignants déjà en poste. En effet, selon une étude publiée en 2017 par le Syndicat national des enseignants du second degré (Snes), près de 60% des enseignants du second degré ont déclaré vouloir quitter l'enseignement dans les cinq prochaines années.

La pénurie est aggravée par les départ à la retraite : selon les projections du CNESER, le nombre d'enseignants titulaires qui quitteront l'enseignement chaque année devrait atteindre 15 000 en 2025.

Remédier à la pénurie d'enseignant

Face à cette pénurie croissante d'enseignants, le ministère de l'Éducation nationale a mis en place plusieurs mesures pour tenter de la résorber.

Parmi les mesures envisagées, on peut citer

  • la création d'un nouveau concours d'entrée dans l'enseignement, destiné aux candidats issus des filières professionnelles et technologiques,
  • ainsi que la mise en place d'un dispositif spécial pour inciter les étudiants à se tourner vers les métiers de l'enseignement.

Malgré ces mesures, il est probable que la pénurie d'enseignants continue de se faire sentir dans les années à venir.

Idées pour pallier à la pénurie d'enseignants

Sur base des témoignages de personnes qui ont quitté, on peut penser qu'il serait utile de :

  • Créer de la confiance : Le monde de l'école est un monde rigide où chacun est surveillé et/ou doit surveiller.
  • Réduire les règles : cela est particulièrement vrai pour les tâches administratives, souvent perçues comme inutiles. Ce point est lié au manque de confiance, confiance de la part de sa hiérarchie et de l'institution. A quoi servent de nombreuses tâches administratives si ce n'est à risquer d'être pris en défaut ?
  • Faciliter les premières années dans la profession : les professeurs plus âgés sont épuisés et les jeunes sont ballotés de gauche à droite. Sans doute, des pistes pour un soutien mutuel pourraient-elles être mises en place. Par exemple envisager un mentorat serait une idée à creuser (mentorat mais dans la confiance mutuelle, pas avec des aspects répressifs). On peut aussi y pensez pour éviter des cas de burn-out.
  • La reconnaissance : L'enseignant est devenu une cible; si les autorités souhaitent pallier à la pénurie, elles doivent se poser la question de comment refaire de la profession enseignante un métier de prestige. Cela prendra autre chose qu'une campagne de publicité.

Ce qu’il faut éviter, c'est le conformisme qui s'installe de peur de la sanction. Cela entraîne une démotivation importante qui nuit à la qualité des activités.

Redonner envie

En plus des démissions, qui sont le stade ultime du désengagement, il faut aussi comprendre que les enseignants qui ne veulent pas prendre le risque de perte du revenu associée à la démission adoptent d'autres stratégies pour se protéger : implication dans d'autres activités, temps partiel demandés, arrêts maladie, etc.

Il semble que l'école a oublié comment s'adapter aux nouveaux contextes et à l’évolution de la société, aussi bien du côté des élèves que des enseignants. Donner envie de faire ce métier implique de laisser l'espace de son exercice à ceux qui s'y commettent.

Pour aller plus loin :

Thot Cursus - Compétent mais déprimé : qu’est-ce qui se passe ?
Exercer pleinement ses compétences est l'achèvement de l'éducation
https://cursus.edu/fr/8966/competent-mais-deprime-quest-ce-qui-se-passe

Thot Cursus - La reconquête du prestige de la profession d’enseignant
https://cursus.edu/fr/8332/la-reconquete-du-prestige-de-la-profession-denseignant


Voir plus d'articles de cet auteur

Dossiers

  • Anticipation pédagogique


Le fil RSS de Thot Cursus via Feed Burner.


Les tweets de @Thot


Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

  • Les cours
  • Les ressources d’apprentissage
  • Le dossier de la semaine
  • Les événements
  • Les technologies

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner à l'infolettre

Superprof : la plateforme pour trouver les meilleurs professeurs particuliers en France (mais aussi en Belgique et en Suisse)


Effectuez une demande d'extrait d'acte de naissance en ligne !


Ajouter à mes listes de lecture


Créer une liste de lecture

Recevez nos nouvelles par courriel

Chaque jour, restez informé sur l’apprentissage numérique sous toutes ses formes. Des idées et des ressources intéressantes. Profitez-en, c’est gratuit !