"Quand on veut, on peut." Vraiment?
Il s'agit probablement d'une phrase que nous avons tous entendue une fois dans notre vie : "Quand on veut, on peut." Or, que se cache-t-il derrière cette phrase?
Publié le 10 janvier 2024 Mis à jour le 10 janvier 2024
Les approches de l’instruction sont en constant mouvement. Il y a quelques années, les punitions les plus sévères étaient appliquées pour sanctionner les apprenants récalcitrants ou ceux qui ne faisaient pas assez d’efforts. Considérés comme violentes, la bastonnade, le travail champêtre, les coups de pieds et j’en passe ont laissé place, dans certains contextes, à d’autres approches considérées plus souples (copie, lettre d’excuse, devoir supplémentaire) : sont-elles vraiment efficaces en comparaison aux premières ? Est-il possible de s’en passer ?
Les personnes ayant fait leurs études primaires et secondaires avant les années 2000 et même lors de la première décennie des années 2000 dans certains pays, notamment en Afrique, peuvent constater que les punitions ou la sanction à l’école ne sont plus les mêmes. Elles se sont « humanisées ». Lors de mon passage à l’école primaire et même secondaire, j’ai fait l’objet ou été le témoin des punitions les plus sévères tout comme plusieurs de mes congénères. Nous n’étions pas particulièrement récalcitrants mais quelque soit le motif (retard, exercice non fait ou mal fait, bavardage, oubli d’un outil, etc.) les punitions étaient appliquées selon le bon vouloir de l’enseignant et les sanctions prises par l’administration. Revenons sur certaines de ces punitions qui ont laissé place à des nouvelles plus souples.
Lorsqu’elles n’étaient pas physiques, elles étaient morales ou mentales : donner zéro à une ou un élève dans le cadre d’une leçon, l’exclure des cours pendant une période, etc.
Avec la Convention relative aux droits de l’enfant adopté en 1989, des efforts déployés par l’ONU, l’UNESCO et l’Unicef et d’autres organisations de la protection des droits de la personne, plusieurs punitions et sanctions extrêmes ont disparu progressivement et ont laissé leur place à des sanctions ou punitions dites éducatives : recopier une leçon plusieurs fois, écrire à plusieurs temps verbaux une phrase, lettres d'excuses, jardiner, ne pas prendre part à une activité ludique, ne plus jouer de rôle en salle, convoquer les parents, passer du temps dans la salle du collègue, priver de de la parole pour un moment, etc.
En France, le Bulletin officiel de l’Éducation nationale revient sur la sanction et les punitions interdites et celles à valoriser. Les sanctions interdites se retrouvent principalement dans celles qui portent atteinte à l’intégrité physique ou morale de l’élève. Il revient sur les sanctions à appliquer, elles ne sont pas exhaustives :
Les punitions préconisées et souples sont le reflet d’une école qui se veut moins stressante pour les élèves car la punition serait une source de stress. Toutefois, on se rend paradoxalement compte qu’un des pays où l'éducation est la meilleure, à savoir, Singapour est l’un de champions de la pression scolaire. En plus des sessions plus pratiques et de simulation de cerveau dès le jeune âge (6 mois), les élèves singapouriens doivent faire de cours de soutien comme le précise un documentaire diffusé sur Arte en 2018 :
« les cours de soutien devenant monnaie courante, les écoles élèvent le niveau et le niveau devient de plus en plus élevé. Impossible pour les familles, donc, de laisser leur enfant échapper au soutien scolaire – payant bien sûr – qui constitue un business très lucratif pour tout un réseau d’écoles privées. »
Lorsque le système ne procure pas des pressions, ce sont les acteurs (les parents les enseignants) qui le font.
Il est récurrent d’entendre les parents, voire même certains jeunes ayant étudié dans les contextes de punition présentés plus haut, assumer que la rigueur (dans la punition) des professeurs leur a permis de rester sur le bon chemin. Plusieurs parents estiment d’ailleurs que le fouet devrait faire son retour à l’école. Ceux-là estiment que les mesures les plus souples n’ont pas le même résultat et estiment que la baisse du niveau des élèves est due à l’interdiction du châtiment corporel et autres mesures rudes. Mais il ne faut pas perdre de vue leurs conséquences, parfois irréversibles : mort, abandon de l’école, etc. Malgré ces conséquences, le châtiment corporel et d’autres punitions font leur retour à l’école.
En 2010, au Mali, le châtiment corporel a été interdit par un arrêté fixant le règlement intérieur de l’école. Malgré cela, Sidi Y Wagué fait remarquer que les avis divergent. Si l’autorité l'interdit pour des raisons de droit de la personne, certains parents autorisent que leurs enfants soient battus en cas de mauvais comportement. Certains enseignants qui doivent contrôler des classes de plus de 70 élèves (effectif normal) et de 100 à 200 élèves dans certains cas estiment que le châtiment corporel est le seul moyen pour tenir la classe.
L’efficacité de la punition ne permet que d’établir l’ordre afin de faciliter les apprentissages. Elle n’a donc pas de visée éducative en tant que telle.
Dans un article rédigé sur les punitions disons homologués au collèges, Alain Garcia, va dans le même sens lorsqu'il affirme que la sanction témoigne d’une « norme peu éducative ».
Eu égard à ce qui précède, on peut conclure que les punitions ou les sanctions ne peuvent pas disparaître de l’écosystème de l’école, en tout cas pas pour l’instant. Le défi à relever est celui de trouver des punitions qui ne portent pas atteinte au physique ou au moral de l’élève. Leur efficacité ne réside que dans le fait qu’elles permettent de tenir la classe afin de favoriser les apprentissages. Il revient donc aux enseignants d’appliquer les punitions qui sont recommandées par les autorités afin de se protéger : éviter de punir et d’être puni par la suite.
Également, les punitions doivent tenir compte des âges et des contextes. Une punition valable dans un cas pourrait s’avérer inefficace dans un autre cas. Demander à un élève qui a des difficultés à former des mots d’écrire une phrase pourrait s’avérer non productif.
Photo : fotokostic / DepositPhotos
Références
Dubarry, Hélène, 2011, «Tarbes. Une mère condamnée pour violence aggravée sur son enfant », https://www.ladepeche.fr/article/2011/08/09/1143330-une-mere-violente-condamnee.html#:~:text=Planter%20des%20choux&text=Les%20punitions%20de%20retour%20de,%2C%20pendant%20une%20demi%2Dheure.
Wagué Sidi, 2018, « Châtiment corporel à l’école : Les avis divergent », http://news.abamako.com/h/200717.html
Garcia, Alain 2013, « Des retenues au collège : pour qui et pourquoi ? », Déviance et Société, (Vol. 37), pages 155 à 179.
BO du Ministère de l’éducation et de la jeunesse, « Application de la règle, mesures de prévention et sanctions», https://www.education.gouv.fr/bo/14/Hebdo22/MENE1406107C.htm?cid_bo=79279