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Publié le 02 octobre 2024 Mis à jour le 02 octobre 2024

Emplois verts et chômage : une relation contradictoire

Chômage, environnement et emploi : comment trouver le juste milieu ?

Il faut sauver la planète, c’est certain, mais comment ?  Au début des années 90, le Rapport Brundtland supervisé par Mme Gro Harlem Brundtland, première ministre norvégienne, mettait en exergue le concept de développement durable : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », (1987).

Pendant plusieurs années, cette belle phrase a guidé les discours de plusieurs autorités, leaders et chercheurs mais n’a pas empêché la détérioration de l’environnement. Dans le même sillage, celui de la protection de l’environnement, on a vu naître le concept d’«emplois verts» qui, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), «sont des emplois décents qui contribuent à la préservation et à la restauration de l'environnement ». Cette autre phrase est aussi belle que la précédente ; toutefois, cela est-il faisable ? Si oui, dans toutes les régions du monde, d’autant plus que la question environnementale se veut globale ? N’est-ce pas une contradiction que de vouloir créer les emplois verts dans un contexte où le chômage gagne de l’ampleur ? Comment concilier la lutte contre le chômage avec les objectifs environnementaux ?

En se basant sur l’exploitation minière en Afrique et en Amérique Latine, nous allons d’abord démontrer qu’il existe une certaine contradiction entre les deux concepts et ensuite proposer des pistes qui pourraient favoriser la conciliation de ces deux domaines.

1-Un ventre affamé s’en fout de l’écologie 

Comment demander aux personnes qui ont du mal à trouver un emploi de choisir le type d’emplois à mener ? Très souvent, il faut survivre et non vivre. Au Cameroun, selon un article rédigé par Mathias DJOUMESSI WAMBA et DONTSI DONTSI intitulé « Contribution du capital humain à la réduction du chômage au Cameroun » et publié dans la Revue française d’économie et de gestion en 2024, le taux de chômage réel serait estimé à environ de 74,6% au Cameroun. En Colombie, en 2023, le taux de chômage s'élevait à 10,1 % selon le site Statista et le taux de pauvreté s’élèverait à 36%. Ce ne sont pas les pires endroits au monde mais les chiffres nous interpellent.

Avec des taux de chômage et de pauvreté pareil, la question écologique au travail se pose avec acuité mais ne saurait trouver une oreille attentive de la part des populations. Elle reste un slogan qui trouve son compte en Occident mais qui a du mal à s’implémenter dans les autres régions du monde où, pourtant, les conséquences écologiques sont aussi visibles .

D’ailleurs, selon le cours « Juste et vert : la question écologique au travail » mis sur pied par la Global Labour University et accessible sur le site Iversity, les plus grands pollueurs viennent du Nord mais c’est au Sud que les conséquences sont les plus catastrophiques car c’est dans ces zones que le manque d’infrastructures de qualité empêche d’anticiper sur les conséquences liées aux réchauffement climatique et le changement qu’il apporte.

En Colombie, l’exploitation minière, l’une des plus désastreuses en matière d’environnement est le principal moteur de l’économie :

« En 2023, il a contribué à hauteur de 25% au revenu annuel du pays et à 32% de la production industrielle totale. Les exportations de l'industrie minière ont représenté 35% de la valeur totale des exportations, atteignant 16,2 Mds USD (+4.5%/2022). Les principaux minéraux exploités restent le charbon, le nickel, le fer, le cuivre, les métaux précieux, les émeraudes et les matériaux pour l'industrie et la construction. » (Business France).

Ces chiffres sont assez éloquents en ce qui concerne l’économie mais font peur en ce qui concerne l’environnement. Un choix se présente : continuer l’exploitation et favoriser la croissance, par conséquent réduire le chômage ou mettre fin à l’exploitation des mines ? Catalina Caro Galvis, de CENSAT Agua Viva (Amis de la Terre Colombie) dans une vidéo diffusée dans le cadre du cours susmentionné après avoir présenté les conséquences désastreuses de l’activité sur les communautés autochtones, estime qu’il faut penser à la transition post extractive qui seule pourra permettre de réduire les dégâts causés. Il faut rappeler que ces exploitations sont dans le domaine de l'énergie, domaine qui est susceptible de procurer des emplois verts. Au Cameroun, les populations sont également impliquées dans l’exploitation minière.

À l’Est du Cameroun, les mines sont de véritables facteurs destructeurs de l’environnement. Si l’exploitation artisanale avait moins d’impact sur la destruction de l’environnement, l’exploitation industrielle opérée par des chinois fait de ravages. En plus de la destruction des forêts, les produits toxiques polluent l’eau et affectent la santé des populations, selon un reportage de France 24. 

Dans un contexte pareil, on a envie de demander aux populations d’abandonner mais elles rétorquent “pour quoi faire” ? Ces emplois précaires sont la seule manière, selon eux, de vivre.  Peut-on leur parler d’emplois verts ? Au-delà des populations locales, l’État qui sous-traite avec les entreprises chinoises tire des revenus de ce business et l’environnement paye le prix.  

2-Création d'emplois dans une économie verte : comment procéder dans un contexte de haute pauvreté ?

Les emplois verts trouveraient leurs niches dans les secteurs en croissance comme les énergies renouvelables, l’économie circulaire. Si la dernière demande des moyens énormes, la première est possible dans un contexte où les autorités ont de la volonté.  Mais tout le monde ne saurait travailler dans le même domaine. Alors, la première action est principalement liée aux changements de priorités de l’État.

Les populations locales dans le pays suscités n’ont pas la capacité d’affecter gravement l’environnement dans le cadre de leur exploitation qui très souvent est artisanale et limitée à la recherche du pain quotidien.  C’est à l’État de réorienter ses priorités et proposer des activités moins polluantes aux communautés. Avec la transition juste, on passerait de l’exploitation des mines à l’Est du Cameroun à l’exploitation agricole, moins polluante qui rendrait les populations autosuffisantes en termes de nutrition.

Formation et reconversion professionnelle

Comment convaincre les personnes habituées à une activité précise de passer à une autre sans formation. Il est important d’outiller les populations en termes de formation dans le domaine ciblés moins destructeurs de l’environnement afin de mieux les insérer. Pour ce faire plusieurs métiers sont à valoriser dans les écoles de formation : Ingénieur en énergies renouvelables, Agriculteur biologique, Conseiller en agroécologie, Spécialiste du recyclage, Technicien en gestion des déchets, Écologiste, Chargé de projet en protection de l'environnement, Architecte durable, Ingénieur en efficacité énergétique, Urbaniste, Éducateur à l'environnement, Formateur en développement durable, etc.

Ces métiers ne peuvent être mieux appréhendés par les populations que si la sensibilisation au sein des communautés, dans le média est faite de manière efficace dans le cadre de l'éducation à l'environnement et à l'économie durable. On ne saurait faire cette transition juste sans l’apport des citoyens. Il ne s’agit pas d’imposer mais de discuter et de démontrer le bien fondé des actions.

Incitations fiscales et subventions pour les entreprises écologiques

Les entreprises polluantes trouvent généralement un terrain favorable en contexte de pauvreté très avancé. Les travailleurs, souvent des populations victimes n’ont pas d’autres choix que de travailler pour ceux-ci ; c’est principalement le cas des industries minières. Du coup, une des mesures peut être les incitations fiscales afin de réinvestir leurs apports dans la gestion des transitions post extractives. Reboiser une forêt détruite dans ce cadre, par exemple.

Sauver les gens, sauver l'environnement

Pour conclure, vouloir sauver l’environnement à travers les emplois verts dans un contexte de chômage peut s’avérer contradictoire. Dans la mesure où l’on demande à une personne qui ne cherche qu’à survivre à choisir un emploi décent afin de protéger son environnement.

Mais, si les politiques publiques prennent la question à bras le corps, une synergie d’action avec les populations, les organisations de protection de la nature et les syndicats de travailleurs peuvent permettre de trouver des solutions durables. Une réflexion sur l'importance d'une approche intégrative et éducative pour lutter contre le chômage tout en protégeant l’environnement doit précéder les actions à mener.

Image: Copilot, «emplois verts?»

Bibliographie

Mathias Djoumessi et Wamba Dontsi Dontsi, « Contribution du capital humain à la réduction du chômage au Cameroun », Vol. 5 No 5, Revue française d'Economie et de Gestion, 2024.

Edlira-Xhafa et al, “Juste et Vert: La Question Écologique du Travail”,
https://glu.iversity.org/fr/courses/juste-et-vert-la-question-ecologique-du-travail

OIT, « Les emplois verts deviennent une réalité, Progrès et perspectives 2013», 2013, 
https://webapps.ilo.org/public/libdoc/ilo/2013/113B09_76_fren.pdf

ONU, «Les 5 principaux facteurs qui alimentent la crise de la nature »,
https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/recit/les-5-principaux-facteurs-qui-alimentent-la-crise-de-la-nature


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