S’il est déjà complexe de se figurer comment vivaient les populations humaines d’autrefois, concevoir ce à quoi pouvait ressembler la vie terrestre avant même les premiers hominidés a de quoi donner le tournis. Comment s’imaginer la vie au Dévonien, par exemple, période paléozoïque s’étendant de 416 à 359 millions d’années avant notre ère ?
Son nom lui provient des premières traces géologiques de cette époque trouvées dans le comté de Devon, en Angleterre. À cette lointaine période, la planète se réchauffe et la formation des premières terres émergées massives débute. Les forêts n’existent pas encore mais elles vont prendre forme au cours de ces millions d’années. Les scientifiques appellent ce moment « l’âge des poissons » puisque les océans voient les formes de vie se diversifier. C’est l’apparition des poissons cuirassés et des sarcoptérygiens, à savoir des poissons à nageoires charnues qui sont les ancêtres des vertébrés.
Ainsi, les terres sorties de l’eau ne sont peuplées que par des végétaux, des insectes primitifs et des premiers arthropodes (insectes, araignées, crustacés...). Les arachnophobes d’aujourd’hui peuvent cibler la naissance de ce qui les terrifie à cette époque de la préhistoire. Les premiers tétrapodes — c’est-à-dire des formes de vie amphibies — sur la terre ferme apparaîtront, selon les preuves fossiles, vers la fin du Dévonien. Et si les sols ne sont pas encore occupés par les arbres, on y voit des géants tubulaires de près 8 mètres de haut et 1 mètre de large.
Des inconnus biologiques
En 1843, Sir William Edmond Logan découvre le fossile de ce qui semble être un tronc de près de 2 mètres et 91 centimètres de large dans la région de la Gaspésie au Québec (Canada). C’est toutefois en 1859 que John William Dawson, un scientifique canadien, va analyser le fossile qui se trouve à Montréal et l’interpréter comme le bois d’un conifère qui aurait été dévoré par les champignons. Il appelle cette nouvelle classe Prototaxites, signifiant « premier conifère ».
Sauf qu’à peine 15 ans plus tard, la conclusion de Dawson sera remise en doute. En étudiant plus en détail l’anatomie des prototaxites, les chercheurs réalisent que la structure cellulaire fait davantage penser aux algues, aux lichens et aux champignons. D’ailleurs, plusieurs concluront qu’il s’agit de champignons géants du Dévonien.
Pourtant, cette hypothèse tient difficilement au fil du temps. Après tout, comment des champignons aussi grands auraient-ils pu survivre à des sols encore pauvres en nutriments organiques ? D’autant moins qu’on ne connaît aucune spore de ce type d'organisme.
Une nouvelle forme de vie
Par conséquent, l’interrogation est restée entière sur cette forme de vie. Certains continuent de croire à un ancêtre des champignons tandis que d’autres pointent vers la solution simple, mais logique : il s’agit d’une espèce disparue. Mais un genre de quoi ?
Cela fait donc 165 ans, au moins, que le débat se poursuit sur la nature des prototaxites. Mais en janvier 2026, toutefois, il semblerait qu’une percée ait été faite sur la question. Une équipe de chercheurs de l’université d’Édimbourg, en Écosse, a en effet eu la chance de tomber sur des fossiles très bien préservés de cette époque dans le chert [roche sédimentaire silicieuse] de Rhynie.
Ce qui était différent des autres trouvailles de prototaxites est le fait qu’il était accompagné de champignons paléozoïques. Par conséquent, cet écosystème vieux de 407 millions d’années a pu être analysé par l’équipe et comparé à d’autres fongus de cette période. L’analyse chimique a mené à défaire un mythe.
Ils ont découvert que les champignons de cette époque possédaient de la chitine, ce qui n’était pas du tout le cas du prototaxite. L’analyse de la structure interne n’a fait que confirmer la question puisque les ramifications et les interconnexions des tubes microscopiques intérieurs n’avaient rien à voir avec les réseaux mycéliens [des champignons] qu’ils soient actuels ou anciens.
Bref, les prototaxites ne sont pas des champignons. En fait, selon les scientifiques, il s’agirait d’une lignée d’eucaryotes, c’est-à-dire des organismes vivants avec un noyau délimité par une membrane, distincte de toutes celles connues.
Ils ne sont pas plus des végétaux, ni des animaux. Par conséquent, leur présence à l’époque montre que le vivant a probablement été encore plus foisonnant que nous l’avons cru. Qui sait quelles autres trouvailles seront faites dans le futur sur les facettes du vivant il y a des dizaines, voire des centaines de millions d’années ?
Références :
Ni plante, ni animal, ni champignon : la science découvre enfin ce qu’étaient ces géants de 8 mètres - https://sciencepost.fr/ni-plante-ni-animal-ni-champignon-la-science-decouvre-enfin-ce-quetaient-ces-geants-de-8-metres/
Prototaxites fossils are structurally and chemically distinct from extinct and extant Fungi
Corentin C. Loron, Laura M. Cooper + authors - Science Advances
https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aec6277
Prototaxites - https://fr.wikipedia.org/wiki/Prototaxites
À la découverte des dinosaures - https://cursus.edu/fr/9513/a-la-decouverte-des-dinosaures
Mystery tower fossils may come from a newly discovered kind of life - https://www.scientificamerican.com/article/mystery-prototaxites-tower-fossils-may-represent-a-newly-discovered-kind-of/
Retour au Dévonien : l’évolution de la faune et flore - https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-science/retour-au-devonien-l-evolution-de-la-faune-et-flore-2934873
Comment devenir un beau fossile ? - https://cursus.edu/fr/15450/comment-devenir-un-beau-fossile
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