Préserver son autonomie malgré la démence
Recevoir un diagnostic de démence est souvent vu comme une mise à mort. Néanmoins, il est possible pour plusieurs d’entre eux de conserver une certaine autonomie.
Publié le 13 mai 2026 Mis à jour le 20 mai 2026
Parfois notre besoin de sécurité nous empêche d’explorer de nouvelles choses, préférer fuir l’aventure et plutôt demeurer en sécurité. Mais est-ce vraiment vivre ?
Il n’est pas forcément vrai que que la sécurité s'oppose à l’aventure. La vraie question n’est pas de choisir de vivre entre la dépendance et l’aventure; mais plutôt la manière dont on la vit, de pourquoi on la choisit et de pouvoir changer son choix.
À quoi bon vivre une dépendance si on en devient prisonnier ? Est-ce que la dépendance peut être une autre forme d’aventure, à la condition qu’une porte de sortie reste toujours ouverte ?
Parfois, le besoin de se sentir en sécurité repousse tout ce qui demande à être découvert, le nouveau. On fuit l'inconnu simplement pour rester dans ce qu'on connaît déjà, bien au chaud dans sa zone de confort plutôt que de risquer l'aventure.
Alors pourquoi choisir la dépendance ? Par crainte ? L'aventure implique l'incertitude; pour beaucoup, ne pas savoir ce qui vient est plus insupportable que de rester dans une situation connue, même inconfortable. La dépendance, elle, offre un cadre prévisible. On sait à quoi s'attendre et cette prévisibilité rassure profondément.
Parfois, notre passé sert d'explication. Quelqu'un qui a vécu dans le chaos ou la souffrance peut recréer des liens de dépendance sans s'en rendre compte. Cela ne provient pas d’un manque de force que du fait que cela représente la seule forme de stabilité qu'il a apprise.
On trouve aussi le piège du contrôle. On choisit parfois de dépendre de quelque chose pour avoir l'impression de mieux gérer sa vie. On réduit les risques et on évite l'imprévu pour se rassurer. On pense alors maîtriser la situation, mais en réalité, on ne fait que fuir la réalité.
La liberté peut-être définie comme l'absence de limites. Pourtant, on choisit souvent de s'attacher à une routine, à une personne ou à une institution, non par faiblesse mais parce que ces liens nous rassurent dans un monde incertain.
D’ailleurs, le philosophe Erich Fromm a abordé ce thème dans son œuvre « La peur de la liberté ». Il a remarqué que la liberté peut provoquer une grande angoisse. Face à trop de choix, on préfère parfois renoncer à décider, on se soumet alors à une autorité ou à un cadre précis. Cela constitue une façon d'échapper à la crainte de devoir construire sa vie tout seul. Cela ne signifie pas un manque de courage pour autant, il s’agit plutôt d’une réaction humaine face à l'inconnu.
Être libre, cela revient à assumer soi-même ses choix. Cela s’avère épuisant, parfois paralysant. La dépendance soulage de cette charge en déléguant une partie des décisions à quelqu'un ou quelque chose d'autre.
Si la liberté nous effraie, que cherchons-nous réellement ? Un cadre rassurant pour ne plus avoir à décider seul ? Mais quand on veut tellement la sécurité, on finit par s'enfermer sans qu’on en soit conscient. Si quelqu'un d'autre décide à notre place, est-ce est-on vraiment libres ?
Prenons deux exemples.
Dans les deux cas, on échange sa liberté contre de la sécurité.
Jean-Paul Sartre appelait cela la « mauvaise foi ». Il évoque qu’on fait semblant de ne pas avoir le choix pour éviter d'être responsable. Or, pour lui, nous sommes « condamnés à être libres ». Même quand on ne fait rien ou qu'on obéit, on fait encore un choix. On peut l'assumer ou se voiler la face, mais on reste responsable. Donc, même se soumettre est un choix. La vraie liberté est de comprendre pourquoi on accepte ces liens au lieu de les subir.
Parfois, on ne sait plus si on a choisi une situation ou si on la subit. La limite est floue. L’expérience de Stanford le démontre bien. Des étudiants ont joué aux gardiens et aux prisonniers. Très vite, ils se sont perdus dans leurs rôles. L'expérience est devenue si réelle qu'il a fallu tout arrêter. Les "prisonniers" n’étaient pas attachés mais ils agissaient comme des esclaves. Ils étaient soumis simplement à cause du cadre et du regard des autres.
Cela représente une leçon impressionnante. On peut s'enfermer soi-même sans le vouloir. On finit par oublier qu'on peut sortir ou dire non. La dépendance la plus frappante alors n'est pas celle que l'on subit, mais celle que l'on ne voit plus.
Il ne s'agit pas de choisir entre les deux. L’important est de comprendre pourquoi on prend telle ou telle direction. L'important est de rester conscient de ses décisions et garder la liberté de partir si on le souhaite. L'amour, par exemple, quand on s’engage, on admet qu'on a besoin de l'autre, on lui fait une place. On assume aussi sa propre fragilité en se montrant vulnérable.
On pourrait penser que cela nous empêche de vivre des aventures, ce peut être le contraire. Une relation sincère devient une aventure magnifique. Ce qui transforme tout est le fait de rester par choix et non par peur. Deux personnes peuvent vivre la même chose. L'une se sentira enfermée, l'autre se sentira à sa place. Tout dépend de la manière dont on habite sa propre vie.
Le psychologue John Bowlby l'explique très bien. Pour lui, avoir besoin des autres n'est pas une faiblesse, cela représente même tout le contraire. Il a formulé la « théorie de l'attachement ». comme d’un besoin naturel. Notre sentiment de sécurité intérieure fait toute la différence. Une personne confiante peut aimer passionnément sans s'oublier elle-même. Elle choisit de s'engager avec son cœur, sans avoir peur de s'oublier. Elle reste parce qu'elle est en a envie, pas par peur de la solitude. Son envie la retient, pas sa crainte du vide. Elle est simplement libre d'aimer. Elle reste par choix.
Deux personnes peuvent vivre le même amour, l'une peut se sentir étouffée, alors que l'autre se sent enfin chez elle. Le problème ne vient pas nécessairement du couple lui-même. La différence est la liberté assumée. Tout change quand on sait que l'on reste par envie et non par obligation. Voilà nson propre regard qui transforme un poids en un foyer.
La vraie liberté ne signifie pas fuir tous les liens. Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi on les choisit. À quoi s’engager si on ne trouve pas de sens ou même s’y perdre ?
Ce n’est pas nécessairement le lien qui étouffe mais le fait qu’on ne soit pas conscient et que l’on ne puisse choisir quand il le faut.
La nature de liberté ne consiste pas à s'affranchir de toutes dépendances mais d'en être conscient, quand et pourquoi on les accepte et, si on change d’avis, de pouvoir s'en détacher. Une dépendance consentie et consciente constitue aussi une forme d'aventure.
Illustration : Magnific - 122524329
Références
Escape from Freedom - Erich Fromm - https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Peur_de_la_libert%C3%A9
https://www.goodreads.com/book/show/25491.Escape_from_Freedom
L'être et le néant - Essai d'ontologie phénoménologique - Jean-Paul Sartre
https://www.philotextes.info/spip/IMG/pdf/l_etre_et_le_neant_tel_gallimard.pdf
Expérience de Stanford - https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Stanford
Théorie de l'attachement - https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_de_l'attachement