Entre une dépendance rassurante et l'incertitude de l'aventure le choix peut s'avérer difficile. Pour plusieurs personnes la dépendance peut même être vécue comme une aventure tranquille. Elle peut aussi être vue comme un biais de contentement : tant qu'à vivre une frustration continue, pourquoi ne pas accepter la situation et s’y adapter ? À la frontière de l'autonomie, certains savent habillement jouer sur les notes de la sécurité et du confort.
Des dépendances fondamentales, acceptées sans remise en question, comme avoir besoin de dormir, manger, travailler ou être soumis à la gravité, sont des règles de jeux dans lesquels il demeure possible d'évoluer et même de s'en affranchir par un effort individuel ou collectif, souvent les deux. Nous ne pouvons pas voler dans les airs mais l’humain a toujours rêvé de le faire et finalement y est parvenu et même au delà, mais pas seul.
Nous ne construisons pas une maison avec nos mains ni ne cultivons nos aliments ou tissons nos vêtements. Nous participons peut-être à l'une ou l’autre de ces activités, mais surtout d’autres personnes aident à assurer notre survie. L’interdépendance sociale pour parvenir à l’autonomie individuelle semble un curieux paradoxe, mais qui fonctionne bien.
S’affranchir graduellement des tutelles est un processus de croissance normal, qui mène à contribuer de son plein gré à son milieu, sans nier ses contraintes. L'école en a fait un de ses objectifs officiels mais qui demeure difficile à matérialiser en pratique, tout comme en entreprise où l'autonomie est à la fois encouragée et strictement encadrée dans un flou administratif pratique.
Il reste les dépendances entretenues au profit des dominants, les soumissions sous contraintes directes ou cachées, comme dans certaines religions, systèmes politiques et entreprises où les humains sont dépouillés de leur agentivité. Des rapports de force déséquilibrés tracent des limites non consenties à l’autonomie à laquelle prétendre et qui ne font qu'affaiblir les capacités des individus autant que du groupe.
L’organisation sociale peut aussi bien augmenter notre autonomie que la diminuer. Quelles sont les formes qui la favorisent ? Y a t’il un niveau d'autonomie qui devient problématique passé un certain seuil ? Ce dossier aborde le sujet de l’autonomie de bien des façons; quelques perles y sont à découvrir.
Denys Lamontagne - [email protected]
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