Peut-on vraiment vivre sans être reconnu par les autres ? Des neurosciences à la pyramide de Maslow, le constat est unanime : la reconnaissance est un besoin fondamental. À la racine des besoins universels de l’être humain, la Communication Non Violente (CNV) en identifie deux : le besoin d’amour et le besoin de se sentir exister. Exister dans le regard de l’autre est un des accès au sentiment d’exister.
Cependant, dans nos usages courants du mot, la "reconnaissance" est un mot-valise. On l'exige, on la réclame, on déplore son absence, sans jamais vraiment définir ce qu'elle implique, ni examiner ses différentes formes. S'agit-il d'un statut, d'un remerciement, d'une validation ? Et, selon qu’on utilise le nom commun ou le verbe d’action, est-on sûr de parler de la même chose ?
Pour bien cerner la notion et sa réalité, il faut comprendre sa double nature. La reconnaissance n'est pas un dû unilatéral, c'est un flux : il y a celle qu’on m’accorde et celle que j’accorde. Il est probable que l’une ne fonctionne pas sans l'autre. En fin de compte, la reconnaissance serait comme une rue à double sens : elle serait réciproque ou ne serait pas.
Les trois visages de la reconnaissance entre êtres humains
Reconnaitre l’existence d’autrui
La plus basique des reconnaissances est celle qui constate que l’autre existe : « j’ai vu que tu es là et je te le montre ». Cette reconnaissance-là peut se manifester par un simple regard, un hochement de tête, un signe de la main, un sourire. Les mots ne sont pas indispensables. Quand cette simple reconnaissance-là manque, le ressenti peut-être très violent car c’est comme l’affirmation par défaut qu’on est invisible aux yeux du monde.
Combien de fois vous est-il arrivé de faire la queue devant un guichet avec le sentiment que votre présence ne faisait aucune différence ? Combien de fois avez-vous cherché à attirer sans succès le regard d’un serveur dans un café ? Combien de fois vous êtes-vous trouvé(e) soudain transformé(e) en meuble par un inconnu qui, sans vous accorder un regard, interrompt votre conversation avec une autre personne pour s’adresser à celle-ci ? Qu’avez-vous alors ressenti ?
Ce type de situation est parfaitement décrit par Phil Collins dans sa chanson Another Day in Paradise. C’est en effet le quotidien des personnes sans abri, face aux passants qui détournent les yeux pour éviter leur regard. C'est aussi le drame des certains aînés : sitôt la retraite sonnée, ils basculent dans l'invisibilité sociale.
Éric Berne, dans ses travaux sur l’analyse transactionnelle (AT), a initié la notion de « signes de reconnaissance ». Ces signes sont des stimulants et des marqueurs d’une relation dans laquelle chacun reconnait à minima l’existence de l’autre et au plus sa valeur.
On trouve des signes de reconnaissance positifs et des signes négatifs, des signes conditionnels et des signes inconditionnels, et des modalités verbales et non verbales pour les manifester. A minima, donc, le signe de reconnaissance c’est ce regard que va vous accorder le vendeur dans un commerce pour vous dire « j’ai vu que vous étiez là, je m’occupe bientôt de vous ». Mais le signe de reconnaissance c’est aussi, par exemple au travail, la critique constructive ou le remerciement pour un travail bien fait.
Ce besoin d’être vu est tellement important qu’il est démontré que les enfants préfèrent être battus plutôt qu’ignorés. Le management harceleur a très bien compris cela et privilégie l’isolement d’un collaborateur dont il veut se débarrasser plutôt que l’augmentation de sa charge de travail ou la critique répétée.
Voir sur ce sujet par exemple le téléfilm de Fabrice Cazeneuve De gré ou de force (1998) qui met en scène les méthodes de pression d’un spécialiste du « dégraissage » en entreprise. Le silence et l’indifférence sont les façons les plus efficaces de donner l’impression à une personne qu’elle n’a aucune valeur et lui faire perdre toute estime d’elle-même.
Reconnaitre autrui pour qui il est
Nous parlons également de « reconnaitre » quelqu’un quand nous sommes capables de le nommer. C’est une personne que j’ai déjà croisée, avec qui j’ai travaillé, qui fait partie de mes relations. Je connais son nom et je sais des choses à son sujet, où elle habite, quel âge elle a, quel est son métier, qui sont ses parents etc. Parce que je la « reconnais », j’irais probablement plus facilement vers elle au sein d’un groupe d’inconnus.
On apprend aux commerciaux à utiliser et répéter le nom d’un client au cours d’une négociation. Cela veut dire implicitement « vous voyez, je vous connais, je sais quels sont vos besoins (donc) vous pouvez me faire confiance ». Aujourd’hui, sur internet, on voit les chatbots utiliser eux aussi cet artifice, allant jusqu’à utiliser votre prénom et vous tutoyer pour vous donner l’impression que vous êtes spécial entre tous.
Il s’agit là-encore de nourrir ce besoin fondamental que nous ressentons chacun d’être reconnu dans notre existence et nos particularités.
Dans une fratrie, ce besoin se manifeste dès la petite enfance et perdurera toute la vie, parfois de façon assez rude, chaque enfant, qui désire intensément être « vu » par ses parents et occuper une place spécifique qu’on ne peut pas lui enlever, est en effet prêt pour l’obtenir à jouer des coudes s’il le faut. On voit ainsi parfois des frères et des sœurs de soixante ans continuer de se chamailler pour obtenir la première place aux yeux de leurs père et mère.
Dans un couple, la reconnaissance mutuelle des particularités et des besoins spécifiques de l’autre renforce la durabilité de la relation. C’est une revendication que chacun des partenaires peut exprimer de façon récurrente s’il se sent « nié(e) » par l’autre. Un exemple dans la chanson d’Axel Bauer À ma place, dans laquelle chacun réclame d’être accepté (reconnu) comme il est. : « Se peut-il qu’on nous aime pour ce que nous sommes ? (…) Je n’attends pas de toi que tu me comprennes mais seulement que tu m’aimes pour ce que je suis ».
Reconnaitre la valeur d’autrui
On passe au cran supérieur quand il s’agit de manifester à autrui qu’il a une valeur particulière. De l’objectif « tu existes matériellement et je te vois », au factuel « je sais qui tu es et je connais ton nom », on arrive ici au subjectif « je considère que tu as de l’importance ou que ce que tu m’apportes fait une différence pour moi ».
La façon de manifester cette reconnaissance de la valeur d’autrui est extrêmement variable. Elle peut aussi ne concerner que deux personnes entre-elles ou être validée au niveau collectif.
La note attribuée par un professeur à son élève valide un niveau d’acquis avec un code reconnu (normalisé) que d’autres identifieront pour ce qu’il est.
- Une médaille comme la légion d’honneur valide la valeur de quelqu’un au niveau d’une nation et est identifiable par tous.
- Le montant d’un salaire est considéré par beaucoup de gens comme une façon de reconnaitre les compétences d’une personne etc.
Cette reconnaissance du collectif peut avoir ou non de l’importance pour l’individu et la rejeter ostensiblement marque généralement les esprits, comme quand certaines personnalités refusent le prix qu’on veut leur décerner ou une invitation à participer à une cérémonie médiatisée. Voir, par exemple, le refus très remarqué de l’autrice iranienne récemment décédée Marjane Satrapi qu’on lui décerne la légion d’honneur. Refuser ostensiblement un prix ou une médaille est à l’heure actuelle une façon pour les artistes, notamment, de souligner l’hypocrisie ressentie à délivrer des récompenses d’une main quand on ne soutient pas ou même broie le métier de l’autre.
Le psychologue américain Frederick Herzberg, qui a enrichi les travaux de Maslow sur la motivation, a placé la reconnaissance au cœur de la motivation au travail. Il a par ailleurs démontré que la motivation intrinsèque (qui vient de soi) est bien plus puissante et durable que la motivation extrinsèque (qui dépend de l'extérieur).
Ainsi, un bon salaire — bien qu'il valide les compétences — s'avère moins efficace à long terme pour maintenir l'engagement qu'un sentiment profond d'utilité. Pour être pleinement durable, ce sentiment d'utilité doit néanmoins être renforcé et validé par la reconnaissance d'autrui. Un travailleur social ou un travailleur culturel, par exemple, malgré son salaire généralement bas, peut nourrir sa motivation par la conviction que ce qu’il fait est utile à d’autres humains et/ou à la société au sens large mais cette conviction sera d’autant renforcée que les publics dont il s’occupe lui manifesteront explicitement de la reconnaissance pour ce qu’il fait.
Il est ainsi possible à chacun de nourrir son besoin de reconnaissance en auto-validant sa valeur, plutôt que d’attendre que cela vienne d’autrui. Pour autant, à un moment donné, la confirmation par autrui devient incontournable.
Par exemple, si j’écris des romans, je peux estimer que ce que j’écris est de qualité mais, si je ne suis jamais publié(e), si personne ne me lit et me manifeste son appréciation, il me manquera toujours une pleine certitude sur la valeur de mon travail. Il faut cependant que cet autrui qui reconnait et valide soit, de mon point de vue, un autrui « significatif » (Berne), c’est-à-dire à qui j’accorde moi-même de la valeur.
Être vu, être reconnu, être valorisé, d’un individu à l’autre, quand le besoin d’exister devient un cri
Tous les êtres humains ont donc besoin d’être vus et reconnus par les autres pour se sentir exister. Le besoin d’être valorisé par les autres peut, quant à lui, varier en intensité selon les personnes.
Cet aspect de la reconnaissance par autrui ne devient primordial qu’en fonction notamment de l’importance qu’on accorde aux relations avec les autres. Certains tempéraments qui apprécient la solitude et préfèrent mener seuls leurs projets à bien ont beaucoup moins besoin de validation extérieure que d’autres qui ne se sentent vraiment vivants que quand ils entrent en dialogue avec autrui.
L’importance du regard et de la validation extérieurs est proportionnelle au désir d’insertion sociale. Il semble d’ailleurs qu’avec l’âge cette importance aille en diminuant, pour parfois même totalement disparaître.
Ce besoin peut se révéler d’autant plus essentiel que l’individu n’a pas été suffisamment « vu » et soutenu dans son enfance. Nous connaissons tous des personnes qui « rackettent » en permanence de la reconnaissance (être vues, reconnues et/ou valorisées), soit de façon explicite, soit, bien plus souvent, de façon implicite. Il y a ces personnes qui, arrivant en retard à une réunion, vont, au lieu de se faire discrètes, interrompre les échanges pour détailler ce qui les a retenues et s’installer bruyamment. Il y a ces personnes qui occuperont tout l’espace de la conversation avec ce qu’elles ont fait, réussi ou simplement croisé dans leur journée. Il y a ces personnes qui ne cesseront d’évoquer leurs relations avec des personnalités ou le montant de leur salaire etc.
La plupart du temps, ces personnes-là ne réalisent pas qu’elles ne cherchent qu’à nourrir leur besoin de reconnaissance qui n’est, comme un puits sans fond, jamais comblé parce qu’il n’a pas été assez nourri dans l’enfance.
« Ces premiers besoins de validation se transforment en véritable carburant émotionnel. On en retire une énergie, une sécurité, qui façonnent la perception que l’on a de soi ». (Galant)
Du besoin de lien au « trou noir » affectif
C’est dans ce registre du besoin jamais comblé que la reconnaissance devient pesante, pour les autres mais aussi pour soi-même. Elle devient en effet réclamation permanente et le véritable objectif de chaque action, qui, de ce fait, ne prend de valeur qu’en fonction de la reconnaissance qu’elle obtient. C’est une quête sans fin, toujours insatisfaite parce que jamais suffisante.
Les personnes qui poursuivent cette quête s’épuisent elles-mêmes et épuisent les autres avec leur revendication permanente à être « vues » de la façon qui leur convient. Elles vont sans cesse réclamer plus d’argent, plus de récompenses, plus d'applaudissements, plus de preuves d’amour. La reconnaissance dans ce registre-là devient un véritable trou noir qui aspire tout sur son passage et peut même finir par isoler une personne qui fait fuir tout le monde.
Cette forme de besoin de reconnaissance se manifeste par exemple dans le syndrome du sauveur identifié par Karpman dans son triangle dramatique. Le « sauveur » essaie de nourrir son besoin insatiable de gratitude et de reconnaissance en apportant son aide même quand elle n’est pas demandée et que son intervention peut au contraire aggraver le problème. Tant qu'il n'a pas identifié la cause véritable de son acharnement à vouloir sauver les autres contre leur volonté, il se jette de façon récurrente sans réfléchir dans ce jeu pervers sans fin.
En réalité, on ne peut plus véritablement parler de reconnaissance dans ce cas-là mais plutôt de besoin d’attention, cette attention qui a manqué, donc, quand l’être humain se construisait et avait grand besoin du soutien et de l’approbation de ceux qui l’entouraient. Pour faire cesser la quête acharnée et amère, il faut cesser de chercher cette reconnaissance et cette attention à l’extérieur de soi et apprendre à s’accorder soi-même du mérite.
On est ici bien loin du factuel et c’est aussi pourquoi on assiste de nos jours à tellement de revendications autour de la reconnaissance des plus défavorisés auprès des plus puissants, des sexes entre eux, des générations entre-elles, etc. La plupart du temps, bien sûr, des données factuelles étayent ces revendications mais, au fond, ne pas être reconnu pour sa valeur est avant tout un sentiment et, comme chacun sait, les batailles de ressenti sont des dialogues de sourds.
Le pont de l’empathie : vers une réciprocité qui nous transforme
On peut définir l’empathie comme la capacité à reconnaître le semblable dans la différence de l’autre. Il s’agit donc bien de reconnaissance, dans le sens d’identification. Je reconnais chez l'autre des émotions que je peux éprouver moi-même. Je peux me mettre à sa place et je peux, dès lors, en principe, appréhender son vécu, reconnaître ses intentions et lui accorder compréhension et compassion.
Comme le souligne le psychiatre et auteur Serge Tisseron, ce niveau de l’empathie n’implique pas en fait la reconnaissance de l’humanité de l’autre. Il faut passer au stade suivant de l’empathie qui est la reconnaissance mutuelle et la réciprocité – le flux dans les deux sens, donc - pour que la possibilité de la compassion apparaisse.
« On reconnaît à l’autre la capacité de s’identifier à nous, et cela implique un contact direct avec toutes les expressions mimogestuelles. Cette reconnaissance a trois facettes : reconnaître à l’autre la possibilité de s’estimer lui-même comme je le fais pour moi (c’est la composante du narcissisme) ; lui reconnaître la possibilité d’aimer et d’être aimé (c’est la composante des relations d’objet) ; lui reconnaître la qualité de sujet du droit (c’est la composante de la relation au groupe) ». (Nachin, citant Tisseron)
Serge Tisseron identifie ensuite un troisième niveau de l’empathie qui est l’intersubjectivité. Elle consiste à « reconnaître à l’autre la possibilité de m’éclairer sur des parties de moi-même que j’ignore (…) Alors les barrières tombent » (Nachin). Ce niveau d’empathie intervient bien sûr entre un thérapeute et son patient, mais peut aussi exister dans une relation amicale ou amoureuse. Elle existe aussi entre l’enseignant et son élève à qui il accorde une profonde attention et pourra le mener plus loin que celui-ci ne l’envisageait parce qu’il identifie en lui des capacités que l’élève ignore.
Cependant, souligne, Tisseron, cette forme d’empathie et de reconnaissance nécessite d’être capable d’entrer en résonance avec l’autre sans se sentir menacé car « en effet, admettre que l’autre a la capacité de m’informer sur moi-même, c’est lui reconnaître la possibilité d’établir sur moi un pouvoir ». (Nachin). Ce niveau d’empathie nécessite donc une grande confiance, un lâcher prise, qui suppose de se reconnaître l’un l’autre dans ses intentions bienveillantes.
Au fond, faire basculer la reconnaissance d'un besoin de surface — souvent confondu avec la quête d'attention — vers une empathie profonde est sans doute l'un des plus grands défis éducatifs de notre époque.
À l'heure où les algorithmes et les réseaux sociaux s'imposent comme des pourvoyeurs industriels de "signes de reconnaissance" virtuels mais éphémères, les contextes d'apprentissage restent parmi les rares espaces de confrontation au principe de réalité de l'autre.
Face à cette quête d'existence numérique qui s'apparente parfois à un puits sans fond, comment la pédagogie peut-elle outiller les jeunes générations pour qu'elles apprennent à s'auto-valider, tout en restant capables d'accorder à autrui une attention réelle, humaine et désintéressée ?
« Avec la question de la reconnaissance, (…) il est plutôt question de restaurer un pouvoir d’agir qui puise sa force dans la compréhension de soi et dans les transactions sociales qui relèvent de la considération, de l’estime, de l’appréciation » (Jorro).
Sources
Les besoins humains fondamentaux. Sur cnvformations.fr : https://cnvformations.fr/wp-content/uploads/2022/04/Outil-pedagogique-CNV_Liste-des-besoins.pdf
Blondin, Manon. Les neurosciences derrière la reconnaissance au travail. Mai 2024. https://www.manonblondin.com/blog/les-neurosciences-derriere-la-reconnaissance-au-travail
Evrard, Brigitte, Quazza, Jean-Pierre. Les métamorphoses de la reconnaissance. Juil. 2028. Sur Cairn.info : https://shs.cairn.info/revue-actualites-en-analyse-transactionnelle-2018-3-page-4?lang=fr
Galant, Marina. Le besoin de reconnaissance, origine, symptômes et solutions. Nov. 2024 : https://www.marinagalant.com/post/le-besoin-de-reconnaissance-origine-sympt%C3%B4mes-et-solutions
Janner-Raimondi, Martine. Penser l’accueil, de la diversité à l’altérité. Mars 2017. Sur Cairn.info : https://shs.cairn.info/revue-le-sujet-dans-la-cite-2016-2-page-41?lang=fr
Jorro, Anne. La reconnaissance en formation. Oct. 2023. Sur hypotheses.org : https://crf.hypotheses.org/1214
Marmion, Jean-François. La pyramide des besoins. Avr. 2020. Sur Cairn.info : https://shs.cairn.info/la-motivation--9782361064273-page-21?lang=fr
Nachin, Claude. L’empathie au cœur du jeu social. Juin 2011. Sur carnetpsy : https://carnetpsy.fr/parution/lempathie-au-coeur-du-jeu-social/
Roche, Yann. Comment la reconnaissance favorise-t-elle les apprentissages ? Avr. 2020. Sur : innovation-pedagogique.fr : https://www.innovation-pedagogique.fr/article6681.html
Yolande, François. Le sentiment de reconnaissance et le besoin de reconnaissance sont-ils étroitement liés ou peuvent-ils s'exprimer de manière distanciée ? La science des fondements de la reconnaissance dans les organisations. 2014. Sur HAL Sciences humaines et sociales : https://shs.hal.science/hal-01072540
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