Dossiers de la semaine

Intelligence artificielle vorace

De quoi se nourrit l’intelligence ? D’observations, de contextes et de jugements, regroupées sous le nom moderne de «données». Leur qualité est déterminante dans les résultats que pourra livrer une intelligence, qu’elle soit humaine ou artificielle. Là où l’intelligence artificielle se distingue est dans sa capacité de traiter de grandes quantités de données, accumulées sur de longues périodes, par des millions de points de vue, de capteurs, de sensibilités, ce dont aucun humain n’est capable à cette échelle.

Tycho Brahé était convaincu que l’observation primait sur la réflexion. Réfléchir à partir de fausses données ou de données floues résulte en de fausses conclusions, théories boiteuses et explications insatisfaisantes. Aussi, à une époque où il n’y avait pas encore de télescope, il s’est attardé à la précision des mesures astronomiques au point où il a pu démontrer qu’il n’y avait pas de «voute céleste». De là, il a ébranlé tout l’édifice théologique et a pavé la voie à Kepler qui a pu utiliser des données fiables et prouver que la terre n’était pas physiquement au centre de l’Univers. L’intelligence artificielle a ce même potentiel, nous sortir d’une conception anthropocentrique du monde.

La fiabilité et la précision des données est à la base de ses performances. Attribuer le moment exact, la position, la mesure, le contexte et la source d’une donnée fait partie de la définition fondamentale de la «vérité». Tout «fake» consiste en une altération d’une ou plusieurs des caractéristiques d’une observation. Sur quoi est basé un jugement, une conclusion, quand il a été produit et par qui est un second niveau de données et permet d'attribuer la responsabilité.

La créativité dépend aussi dans une certaine mesure de la qualité des données. Ce qui distingue une oeuvre touchante d’un vomi informe est la cohérence des rapports établis à partir des données. Dessiner à la Van Gogh implique d’avoir de bonnes données sur Van Gogh. Il semble que l’I.A. s’approche d’une définition de la créativité. L’attribution des bonnes sources et du bon contexte fait partie de la qualification des données et de leur utilisation réussie.

On garde nos attentes basses quand à l'utilisation de l'I.A. en éducation. Quand l'objet de l'apprentissage est bien défini et que les chemins pour y parvenir sont bien balisés alors l'I.A fait des miracles. Mais ce n'est pas ainsi dans tous les domaines, spécialement ceux où des «écoles de pensée» s’affrontent.

Les coachs personnels commencent à être offerts : pour votre élocution, présentation, forme physique, forme psychologique, études, etc. «Dites-nous ce que vous voulez atteindre et nous vous supporterons, systématiquement.». Les montres connectées sauront bientôt tout sur nous, tout ce qui peut nous faire du bien ou nous nuire dans la poursuite de nos objectifs ou de ceux qui contrôlent les données, entreprises, gouvernements ou … parents. Les parents peuvent surveiller leurs enfants et une I.A. peut les y assister. «Votre enfant a visité un site litigieux», «Votre enfant sort du périmètre autorisé», «Votre enfant semble déprimé», «Votre enfant n’a pas fait ses devoirs». Heureusement que les écoles n’ont pas le droit de surveiller ainsi leurs étudiants. Qui collecte et contrôle les données est au coeur des enjeux éthiques et sociaux autour de l’I.A.  

Cette édition nous amène à considérer les avancées de l’I.A.  Bonne lecture.

Denys Lamontagne - [email protected]

Illustration - Crée avec le prompt «Océan de données» sur mage.space

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