Les tendances en formation professionnelle
Alors que tout se numérise, la formation professionnelle n’échappe pas au mouvement. Quelles sont les tendances à venir dans ce domaine?
Publié le 12 février 2025 Mis à jour le 18 juin 2025
Le salon LearningTech France a regroupé des centaines d'exposants les 29 et 30 janvier 2025. Véritable baromètre de l'activité du secteur, il révèle les tendances du numérique et de la formation pour les prochaines années.
Après quelques années tristes, où des visiteurs peu nombreux déambulaient au milieu de stands parfois désertés par les exposants eux-mêmes, le salon a offert une vision très vivante et enthousiaste du secteur. On circulait avec peine dans les allées et les stands étaient très fréquentés, même lorsqu'ils n'organisaient pas de distribution de crêpes.
Parmi les thèmes majeurs de ce salon, impossible d'échapper à l'intelligence artificielle. Cela fait des années que le mot circulait mais les applications concrètes manquaient. Cette fois-ci, nous y sommes. Une très grande majorité de visiteurs a déjà testé ou même fait entrer l'intelligence artificielle dans sa pratique pédagogique.
Ce salon est donc l'occasion de réfléchir à ce qui a changé dans le monde de la formation et plus précisément pour les formateurs et les apprenants. Découvrons ensemble quelques nouveaux rôles.

Quel formateur êtes-vous avec l'IA ? Curieux, enthousiaste, pas concerné, inquiet... ?
Comme à l'arrivée d'internet puis des portables, les équipes pédagogiques peuvent difficilement ignorer ces nouvelles technologies. A quel moment intégrer l'IA dans sa pratique pédagogique ? Quand la laisser de côté pour développer ou évaluer des compétences ? Comment aider les équipes et les étudiants à s'approprier ces outils, alors qu'on a souvent le sentiment que les étudiants auraient un temps d'avance...
Pour accompagner la transformation des pratiques, certaines plateformes s'attachent à renforcer le rôle du formateur plutôt qu'à le diluer. Dans ce contexte, des technologies comme Teach Up proposent une réponse intéressante : l'intelligence artificielle pédagogique. Loin de remplacer le formateur, il s'agit d'un outil qui automatise certaines tâches et crée des parcours adaptatifs, sans pour autant effacer l'expertise humaine. Ici, l'IA vient en appui pour s'adapter aux besoins en temps réel, tout en optimisant les processus. Le tout, en laissant le formateur garder le contrôle sur les contenus et sur sa responsabilité pédagogique.
Pour aborder ce thème et se donner quelques repères, nous allons à la présentation de Yannig Raffenel, présidente de EdTech France.
Yannig Raffenel nous présente le cycle de Gartner qui décrit les phases d'adoption d'une technologie. Il y a quelque chose de rassurant à penser que nos angoisses et nos émotions ne sont pas nouvelles.

En premier lieu, nous avons des attentes et un enthousiasme démesurés pour la nouvelle tendance (1) , suivis d'une désillusion qui nous fait regretter ce qui précédait (2). Puis nous réajustons nos attentes, nous nous familiarisons avec l'outil et nous le faisons entrer dans nos routines (3).
Pourtant, dans ce salon, au hasard des stands, on entend des voix rassurantes qui nous expliquent que l'intelligence artificielle n'est qu'un outil qui nous fait juste gagner du temps et aller plus loin. Des intervenants ricanent sur le mot "intelligence" utilisé pour des machines qui ne font que des calculs de probabilité. Quelques mètres plus loin, sur un autre stand, un animateur aux accents presque religieux nous explique au contraire que c'est une révolution sans pareil, que rien nulle part ne sera bientôt plus comme avant.
Alors comment garder la maîtrise ? Pour Yannig, il faut connaître l'IA et en particulier connaître ses limites. Il est indispensable pour les acteurs de la formation de disposer de repères sur la façon dont elle fonctionne et les modèles de probabilité qui sous-tendent ses réponses.
Pour l'utiliser intelligemment et dans une approche éthique, les équipes pédagogiques doivent se prémunir contre les biais et les stéréotypes que l'IA peut propager, reproduire et amplifier du fait de son fonctionnement. Enfin, et même si c'est invisible et lointain pour l'utilisateur, les formateurs peuvent s'informer sur l’impact environnemental de l'intelligence artificielle. Yannig Raffenel nous indique par exemple qu'interroger chat GPT une fois/jour accumule une tonne de carbone par an et que produire des images ou des vidéos via l'IA est encore plus gourmand. Le journal financier belge l'Echo tente de faire le point en février 2025.
Les plateformes de formation à distance l'utilisent aussi. Mais que peut leur apporter l'intelligence artificielle ? Après tout, les IA généralistes font déjà un travail important aux côtés des formateurs. Je peux leur préciser le public auquel je m'adresse, leur demander de m'aider à définir les objectifs, puis les contenus, et identifier ensuite des ressources de référence. En fouillant sur un moteur comme aifinder, je pourrai faire dialoguer des IA spécialisées, dont beaucoup fonctionnent sur un modèle freemium, gratuit pour les premières utilisations ou pour les fonctions de base.
Mais la plateforme apporte et structure une méthodologie. Elle intègre l'IA dans plusieurs étapes de la chaîne pédagogique, de la définition des objectifs, jusqu'à la réalisation des supports ! Il y a quelque chose de magique et libérateur : quelques éléments d'entrée et la formation se construit de manière quasi automatique. Sur son stand, 360 Learning nous propose une démonstration : faire son cours en e-learning en moins de cinq minutes, moins de temps donc que pour une crêpe...
Le site de Didask nous détaille ces étapes et insiste sur les gains de temps. La plateforme s'appuie également sur un agent conversationnel pour favoriser les interactions. Et le formateur, quelle peut être sa place ? Oh, mais elle reste très importante. Il contrôle ce que la machine a produit...
|
| "Quel gâchis! Si Verrocchio, le maître de Da Vinci avait disposé de l'intelligence artificielle, le petit Léonard aurait fait des dessins bien plus élaborés !" |
En 2018, David Graeber a développé le concept très utile de "bullshit jobs", les métiers de m..., et en a dressé une typologie. Parmi ces métiers, pas tous mal payés, mais tous peu utiles, figuraient les "cocheurs de case". Ce sont les contrôleurs, les vérificateurs, les inspecteurs qualité qui ne produisent rien mais consacrent leur temps à compléter des formulaires et à inventer des procédures qui n'ont aucun effet réel sur la vie des organisations.
Et l'intelligence artificielle pourrait bien contribuer à développer ces emplois. La production de contenus automatique doit en effet s'accompagner d'une validation ou d'une supervision par un humain crédible, diplômé, formé et expérimenté, qui pourra sécuriser les contenus, éviter des incohérences et rassurer stagiaires et clients de la formation. Dans un discours sur l'intelligence artificielle, il y a toujours un moment où il convient de lever les yeux au ciel, de prendre un air inspiré pour dire "rien ne remplace l'humain !". Il faut donc lui laisser une place, et au minimum lui demander de cocher des cases. Comme contrôler prend moins de temps que concevoir, valider coûtera moins cher...
Le formateur chargé de valider pourra d'ailleurs encore augmenter sa productivité en demandant à une deuxième IA de contrôler la première. Et l'apprenant, s'il s'aperçoit que ce sont des machines qui lui parlent, lui envoient des mails et l'évaluent, pourra à son tour se faire remplacer. Laissons les IA parler entre elles, et profitons-en pour nous balader !
|
| Si le formateur a pris cinq minutes pour concevoir et dix minutes pour valider la formation, pourquoi l'apprenant y consacrerait du temps ? Rien n'empêche que l'intelligence artificielle B réponde à l'intelligence artificielle A... |
De nombreux stands nous montrent qu'au contraire, l'intelligence artificielle peut concrétiser l'imagination des formateurs. Ils connaissent leur public, ont le sens du rythme et peuvent imaginer des situations d'apprentissage, mais le temps leur manque, et ils ne sont ni graphistes, ni musiciens, ni monteurs vidéos.
Nolej se présente comme un outil capable de transformer des contenus en supports de formation. Des quiz, mots croisés, podcasts, vidéos, synthèses. La liste des possibilités est impressionnante. La promesse est forte. Il suffit d'apporter un contenu qu'on aura sans doute produit sur Mistral, Perplexity, Claude ou bien sur ChatGPT.
Les formateurs pourront prolonger la démarche. Un contenu confié à Napkin pourra produire quelques schémas. Monica permet de son côté de transformer un contenu structuré en podcast dialogué et séquencé. Il est possible de choisir différentes voix, dans différentes langues. D'autres IA s'appuient sur des avatars très réalistes pour entrer en dialogue avec les apprenants. La huitième édition du Digital Learning Book conçu par ILDI donne des exemples précis et utiles d'usage et de prompts.
Concluons comme nous avons démarré, avec Yannig Raffenel qui nous montre comment, parallèlement à la courbe de Gartner, les organismes de formation adaptent leur posture, des tentations d'interdire, à l'exploration, puis la fascination et enfin la responsabilisation.
Dans un article plus ancien, il nous rappelait les fondamentaux de l'apprentissage : le temps d'assimilation, le rôle des interactions sociales et le danger de déléguer trop de tâches et de ne garder que "l'illusion de la compréhension".
Sources :
L'Echo, Arnaud Martin, Martin Samain- Le gouffre énergétique de l'intelligence artificielle est-il sans fin ? - article publié le 1 février 2025, consulté le 10 février 2025
https://www.lecho.be/entreprises/tech-science/le-gouffre-energetique-de-l-intelligence-artificielle-est-il-sans-fin/10585477.htmlA
Les cahiers de l'Innovation - Jean-Pierre Léac : Avez vous un "job de merde" ? consulté le 10 février 2025
https://www.lescahiersdelinnovation.com/avez-vous-un-job-de-merde/
Didask - site internet consulté le 10 février 2025
https://www.didask.com/lms/outil-auteur