L’Allemagne et le Danemark sont séparés par un détroit d’à peine une vingtaine de km, mais passer d’un pays à l’autre par la voie terrestre implique un détour de 160 km. Bien sur un traversier permet de traverser le détroit en 45 minutes, mais tout le transport lourd et le transport ferroviaire doit effectuer le détour, sans compter le fait que les ferry sont utilisés à leur capacité maximale.
Comme le détroit n’est pas très profond, il a été estimé qu’un tunnel immergé serait la meilleure solution par rapport à un tunnel creusé, comme celui sous la Manche entre la France et l’Angleterre, qui couterait beaucoup plus, ou celle d’un pont qui aurait poussé la technologie à ses limites et avec un risque beaucoup plus élevé en raison de la profondeur et de la longueur du détroit et de l’intense traffic maritime.
Comment construire 18 km de tunnel immergé
Un tunnel immergé est simplement déposé sur le fond marin. La technologie est très différente et les expertises beaucoup plus rares que pour les tunnels creusés.
Les paramètres du projet étaient assez clairs : 18 km de long, vois ferroviaires doubles, deux voies routières doubles et des exigences sécuritaires exemplaires. Les solutions retenues sont à la fois innovatrices au niveau de l’ingénierie et de l’organisation et offrant les meilleures garanties de succès.
En découpant le parcours de 18 km en blocs de 200 mètres, ce qui semblait une taille manipulable, les ingénieurs en sont arrivés à définir les dimensions des éléments standards, soit 89 éléments de 217 mètres de long, de 10 mètres de haut et autour de 30 à 35 mètres de large selon les sections, pour un total de 19,3 km en comptant les accès.
Les matériaux utilisés, soit essentiellement de l’acier et du béton, font que chaque section ne pèse «pas plus» de 73 000 tonnes même si elles sont surtout composée de vide : 2 tubes pour le train, deux tubes pour le trafic routier et un tube pour l’entretien.
La solution pour transporter des blocs de 73 000 tonnes et de 217 mètres de long allait de soi : les faire flotter et les remorquer jusqu’au lieu où les immerger. Donc, pour les construire le chantier a été établi sur le bord de l’eau, comme un chantier naval avec des cales sèches que l’on peut remplir et vider au besoin.
Et l’environnement ?
Pour enfouir des sections de 10 mètres de haut, il est nécessaire de creuser une tranchée d’au moins 12 mètres de profondeur pour, à la fois créer un lit relativement lisse et le recouvrir de gravier pour accueillir les modules et aussi prévoir une épaisseur supplémentaire pour recouvrir le tunnel à égalité avec le fond marin.
Creuser une telle tranchée sur 18 km génère plus de 20 millions de mètres cubes de débris rocheux et sableux. Pour donner une idée du volume, cela représente environ 8,000 piscines olympiques. Comme il était hors de question de répandre ces débris sur le fond marin, les constructeurs s’en servent pour créer des plages et des terres à proximité des zones de dragage.

Une profondeur inhabituelle
La profondeur du détroit avoisine les 35 mètres à plusieurs endroits, plus 12 mètres de plus à creuser, ce qui représente un défi inhabituel et il existe peu de dragues capables d’opérer à de telles profondeur. Aussi on a fait appel à de dragues spécialisées car seuls quelques ports au monde ont besoin de draguer à de telles profondeurs, la plupart garantissent des profondeurs de 16 mètres, bien loin des 35 mètres.
À la fin
Une fois construits les éléments du tunnel sont remorqués, immergés et assemblés les uns à la suite des autres avec une précision de quelques millimètres. Ensuite les ballasts sont vidés de leur eau et la pression colle définitivement les sections ensemble. Finalement le tunnel est recouvert de roches et de sable pour se fondre sur le fond marin.
La construction du tunnel par la firme Ramboll a commencé en 2021 mais a été précédée par 14 ans de planification, de discussions, de batailles juridiques et de considérations légales, financières, politiques et administratives.
En 2026, le dragage est presque complètement terminé et les première sections du tunnel sont installées dans la section Nord. On espère qu’il sera opérationnel en 2029 ou 2030, une fois les connexions avec les réseaux routiers et ferroviaires complétées.
Illustration : By M.lundwall - Own work, CC BY-SA 4.0
Sources
Ramboll - Fehmarnbelt: World’s longest immersed tunnel
https://www.ramboll.com/projects/transport/fehmarnbelt-worlds-longest-immersed-tunnel
Fehmarnbelt tunnel - https://femern.com/
An efficient European transport corridor
https://femern.com/sustainability/an-efficient-european-transport-corridor/
Building the tunnel - https://femern.com/the-construction/building-the-tunnel/
Fehmarn Belt fixed link - Wikipedia - https://en.wikipedia.org/wiki/Fehmarn_Belt_fixed_link
Vision génie - Dossier Thot Cursus https://cursus.edu/fr/dossiers/19434/vision-genie