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Publié le 21 mai 2026 Mis à jour le 21 mai 2026

Pourquoi apprendre à traduire quand l'IA peut le faire?

Une compétence pour garder le sens

Des mains robotiques sur un clavier d'ordinateur

L’intelligence artificielle remet en question une part importante des métiers et des compétences à maîtriser. Sa démocratisation à la fin de 2022 a soulevé de multiples réactions, de l’excitation à l’inquiétude. Qui allait voir sa profession passer sous la coupe de l’algorithme ? Aussitôt, des spécialistes comme des observateurs amateurs notaient leurs pronostics sur Internet. Parmi tous les classements disponibles, un emploi figurait y systématiquement : traducteur.

Un métier condamné…

En effet, le monde n’a pas attendu ChatGPT pour vouloir traduire automatiquement des textes ou des paroles. Les histoires de science-fiction de Star Trek à Star Wars et autres abordaient déjà l’idée de traducteurs universels permettant de réduire la barrière linguistique autant entre les peuples humains qu’extra-terrestres. Dans la réalité, dès la Seconde Guerre mondiale, le concept d’outils pour traduire plus rapidement s’est pointé car pouvoir décoder les messages ennemis donnait un avantage considérable. Les travaux de Turing sur le déchiffrage des codes nazis ont, en bonne partie, permis aux Alliés de remporter le conflit. Par conséquent, alors que le monde terminait un affrontement pour entrer dans un autre (la guerre froide), des expériences de traduction automatique ont eu lieu, dont celle de l’université de Georgetown et IBM en 1954, qui avait montré une transcription rudimentaire du russe vers l’anglais.

On parle d’un appareil qui se fiait à des règles de grammaire et des dictionnaires stricts, aidée par des linguistes. Ces traductions étaient souvent sommaires, littérales et pas très convaincantes. Il faudra attendre plus de 50 ans pour qu’apparaissent les traductions par la machine utilisant des modèles statistiques. Le système informatique avait accès à une immense banque de données linguistiques où il calculait les probabilités que tel lexème soit le prochain ou pas. Un modèle déjà plus fluide mais qui n’arrivait pas bien à comprendre les longues phrases ni les nuances.

C’est à partir de 2016 que l’intelligence artificielle entre véritablement dans la traduction, arrivant à créer des réseaux neuronaux de compréhension permettant de saisir le contexte et produire des traductions bien plus naturelles. Par exemple, Google avait en 2016 mis au point avec son outil la possibilité de traduire entre deux langues sans passer par l’anglais. Les experts affirment que l’IA est entrée, depuis 2020, dans la phase des LLM (large language models) où ils sont capables même de réécrire, adapter le ton et rendre les traductions plus « humaines ».

Par conséquent, de plus en plus d’entreprises se tournent vers ce type de traduction, puisqu’elle se réalise en quelques secondes, sans coût ou presque et dans une quantité de langues impressionnante. Sous-titrer des vidéos ou des jeux vidéos n’a jamais été aussi facile dans ce contexte, permettant à de petits studios d’offrir des versions traduites de leurs produits sans augmenter leurs frais de développement. La traduction d’ouvrages littéraires aussi gagne en rapidité et en temps avec cette technologie, même si cela ne se fait pas toujours sans erreurs.

… ou pas ?

En 2024, un article est publié sur le site Internet de la NPR, la radio publique états-unienne, traduit (humainement ici) ainsi : « Si l’IA est si bonne, pourquoi reste-t-il autant d’offres d’emploi pour des traducteurs ? » Le titre est provocateur, mais il souligne une réalité, remarquée par l’auteur, que les appels pour des traducteurs dans de nombreux secteurs gouvernementaux ou juridiques demeure le même qu’avant la venue des IA génératives. S’il est vrai que certains secteurs voient leurs demandes diminuer, d’autres savent très bien qu’il ne suffit pas d’un robot conversationnel pour traduire, que ce n’est pas que « convertir les mots d’une langue à une autre ».

Toute la notion du sens, quand bien même elle s’est grandement améliorée avec les années, demeure complexe pour les machines. Même les fournisseurs d’IA de traduction admettent qu’il est préférable dans bien des cas de faire relire le tout par un traducteur professionnel pour éviter des incompréhensions, des pertes de signification, etc. Quand on pense, par exemple, au domaine juridique, la question de la traduction automatique devient délicate. Chaque terme, chaque verbe et chaque ponctuation mène à des jurisprudences. Il suffirait d’une erreur de transcription pour ouvrir la porte à des contestations judiciaires ; cela est déjà arrivé d’ailleurs. Ce qui explique pourquoi les traducteurs dans ce domaine seront pratiquement toujours recherchés.

Même dans d’autres secteurs, la valeur ajoutée de la traduction humaine est véritablement de bien mettre dans un contexte une phrase traduite. Par exemple, en mandarin, les gens n’ont pas de possession sur leur milieu de travail. Donc, demander « avez-vous des toilettes ? » dans un café à Pékin ou à Taiwan suscite l’étonnement. C’est l’équivalent de leur questionner s’ils ont une salle de bain chez eux… Pourtant, Google Translate fait encore cette erreur de sens dans sa traduction.

D’où l’importance toujours présente d’apprendre à traduire. Oui, les intelligences artificielles sont avancées, mais elles n’arrivent pas à saisir la subtilité des sens, les contextes, etc. Ainsi, en enseignant à faire cet exercice, non seulement on aide à acquérir le vocabulaire d’une langue étrangère, mais aussi à comprendre ses subtilités, ses locutions précises, voire intraduisibles… à moins que l’IA appuie les traducteurs à les traduire.

En fait, bien des traducteurs se servent maintenant de l’IA comme d’un outil de référence supplémentaire, comme le sont les dictionnaires, les lexiques, etc. L’intérêt est que l’algorithme peut offrir différentes utilisations et l’interprète choisit parmi celles-ci celle qui correspond le mieux à la situation.

D’ailleurs, l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec ne proscrit pas les usages, mais met en garde contre le fait que la plupart des outils gratuits n’assurent pas de confidentialité ni n’assurent nécessairement la sécurité des documents. Il conseille donc la prudence et, au grand public, de faire appel aux professionnels pour des fichiers liés au travail, documents sensibles, et autres usages liés à la confidentialité.

Image : Jorge Franganillo de Pixabay

Références :

"Avis de l’OTTIAQ sur l’intelligence artificielle en traduction." OTTIAQ. Dernière mise à jour : 13 mars 2025. https://ottiaq.org/articles/avis-de-lottiaq-sur-lintelligence-artificielle-en-traduction.

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Crangasu, Adria. "How is artificial intelligence changing the translation services industry?" BLEND. Dernière mise à jour : 16 décembre 2025. https://www.getblend.com/blog/artificial-intelligence-changing-the-translation-services-industry/.

Graveleau, Séverin. "« Traduire, ce n’est pas simplement convertir des mots d’une langue à une autre » : l’IA redéfinit la formation et le métier de traducteur." Le Monde. Dernière mise à jour : 10 avril 2026. https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/10/traduire-ce-n-est-pas-simplement-convertir-des-mots-d-une-langue-a-une-autre-l-ia-redefinit-la-formation-et-le-metier-de-traducteur_6678804_4401467.html.

Hamza-Jamann, Anissa. "Apprendre à traduire : à l’ère de l’IA, faut‑il encore faire des exercices de thème et de version ?" The Conversation. Dernière mise à jour : 4 décembre 2024. https://theconversation.com/apprendre-a-traduire-a-lere-de-lia-faut-il-encore-faire-des-exercices-de-theme-et-de-version-242169.

"La traduction automatique à l'ère de l'IA : Le passé, le présent et l'avenir de la MT." Acolad. Dernière mise à jour : 2 juillet 2025. https://www.acolad.com/fr-ca/services/traduction/machine-translation-history-ai.

"La traduction à l’ère de l’intelligence artificielle." TRSB Inc. Dernière mise à jour : 1er mai 2025. https://www.trsb.com/fr/blogue/la-traduction-a-lere-de-lintelligence-artificielle.

MacDonald, Keza. "‘It gets more and more confused’: can AI replace translators?" The Guardian. Dernière mise à jour : 11 novembre 2024. https://www.theguardian.com/books/2024/nov/11/it-gets-more-and-more-confused-can-ai-replace-translators.

Ore, Jonathan. "New AI tools promise real-time translation so you don't have to. But is that a good thing?" CBC. Dernière mise à jour : 7 juin 2025. https://www.cbc.ca/radio/sunday/artificial-intelligence-live-translation-languages-1.7551957.

Rosalsky, Greg. "If AI is so good, why are there still so many jobs for translators?" NPR. Dernière mise à jour : 18 juin 2024. https://www.npr.org/sections/planet-money/2024/06/18/g-s1-4461/if-ai-is-so-good-why-are-there-still-so-many-jobs-for-translators.

Schoening, Stephan. "Automatic translation: what it is, and how to use it effectively." Phrase. Dernière mise à jour : 27 février 2026. https://phrase.com/blog/posts/automated-automatic-translation/.


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