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Publié le 12 avril 2023 Mis à jour le 13 avril 2023

Exercer son attention, enjeu en pédagogie

L'attention, un enjeu pédagogique et personnel majeur

C'est imperceptible, du moins je l'espère. Mais au moment où vous lisez ces lignes, votre attention rebondit, cherche des points d'accroche hors de votre écran, s'attarde sur les évocations d'un mot ou d'une expression, repart vers une fenêtre, un animal domestique ou un proche qui traverse le champ visuel. Vous êtes encore là ? Alors vous vous êtes sans doute un peu battu contre vous-mêmes, vous avez focalisé à nouveau votre attention. Mais déjà elle repart, et vous invite à vous tourner vers d'autres objets. La position tranquille ne lui est pas naturelle. Heureusement, car c'est sans doute ce qui a sauvé la vie de quelques uns de nos ancêtres !

Mais notre environnement et nos contraintes ont changé. Dans  L'attention, ça s'apprend !, Jean Philippe Lachaux suggère que la réussite scolaire et professionnelle doit sans doute beaucoup au fait de savoir sur quoi porter son attention, et de parvenir à la maintenir sur son objet. "Fais attention !" ou "Tu n'as pas fait attention !" sont des phrases que l'on entend beaucoup dans nos apprentissages. Mais attention à quoi ?  Prenant l'exemple d'un conducteur débutant, il nous montre comment progressivement, l'apprenti automobiliste apprend à ne plus regarder le levier de vitesse, à détecter les signes pertinents dans le rétroviseur et plus globalement à identifier inconsciemment sur quel point fixer son attention.

Comment faire ? Il faut considérer que l'attention, ça s'apprend et ça s'exerce. Jean Philippe Lachaux a beaucoup travaillé avec les enseignants, il a produit des documents de formation et de vulgarisation précieux qui font le lien entre des connaissances scientifiques récentes et des conseils pratiques.

S'entraîner

Jean-Philippe Lachaux répond à un besoin d'exercice et d'entraînement. Le travail de conviction n'est plus à faire. Les livres sur l'économie de l'attention, la civilisation du poisson rouge et les documents produits par les professionnels nous ont tous convaincus.

Mais en pratique ?

Jean-Philippe Lachaux accompagne l'engagement de milliers d'enseignants qui aident au quotidien des élèves à maintenir leur attention. Ses conseils et exercices s'appliquent à tous.

Des résumés dessinés, des chapitres courts constitués de rubriques bien identifiées, nous amènent d'une expérience ordinaire à la science des neurones et passant par des exercices. Nous apprenons ainsi que, sans intention, la capacité d'attention est réduite, et qu'un quart de seconde suffit pour la détourner vers un autre objet.

Des neurones sont spécialisés dans le maintien de notre attention. Pour soutenir leur efficacité, l'auteur préconise une intention claire, l'anticipation de manière d'agir et d'actions que l'on peut réaliser avec cet objet avec assurance et la conversion de la perception. Ce que je vois, je le verbalise. Ce que j'entends, j'en imagine un schéma ou une représentation visuelle. Ainsi un élève qui vise la corbeille avec une boulette de papier visualise une courbe en cloche tout en fixant son panier de fortune.

Christophe André, la méditation au secours de l'attention

La question de l'attention ne se limite pas à une efficacité des processus cognitifs en classe ou au travail. La méditation se réfère elle aussi à cette capacité. Fixer son attention sur ses perceptions, sur ce que l'on voit, ce que l'on sent et ce que l'on ressent ou entend et même sur son flux de conscience sont au cœur de cette pratique. La méditation, ce n'est donc pas faire le vide. Loin de là.

L'attention est aussi un combat. Bousculée en permanence par de nombreuses sollicitations, sonneries, interruptions et alertes en tout genre, elle est très convoitée. À tel point qu'on parle d'une économie de l'attention pour expliquer le succès des GAFAM, dont les milliards de chiffre d'affaires sont liés à une compétence : la capacité de capter et retenir notre attention.

Dans son livre Méditer jour après jour, Christophe André nous suggère quelques pistes pour éviter que notre  attention ne s'égare. Il pointe deux sources de souffrance :

  • l'attention qui se disperse et sautille d'une stimulation à l'autre en se laissant balloter par des sollicitations multiples
  • la rumination qui focalise l'attention sur une expérience douloureuse, un regret, une peur...

On songe également au livre de Cynthia Fleury, Ci-git l'amer, où la philosophe nous montre comment la personne qui éprouve de ressentiment peine à détacher son attention de ce qui la rend amer.

Christophe André nous propose lui aussi quelques exercices. Le premier concerne l'ouverture attentionnelle. Notre attention peut être focalisée sur un objet, ou ouverture sur d'autres perceptions. Il nous propose de nous détacher doucement de l'objet de notre attention et d'inclure progressivement d'autres ressentis. Des sons, des perceptions tactiles, des émotions.

Un deuxième exercice concerne la qualité de l'attention. Selon ce psychiatre, elle peut être analytique, fixée sur une tâche à résoudre ou immergée. L'attention immergée est celle du skieur chevronné, qui ne décortique pas chaque aspect de sa trajectoire ou de ses sensations, mais qui reste cependant très attentif.

Enfin, il distingue une attention "réactionnelle" qui change d'objet selon les stimuli et l'attention décidée et orientée par la volonté.

Ouvrir son attention et la guider plutôt que de la laisser se figer aident à lutter contre l'anxiété et la dépression. La méditation de pleine conscience peuvent ainsi restaurer une qualité d'attention.


(1) Ne pas figer son attention ni la bloquer, mais l'ouvrir progressivement sur l'extérieur, tout en veillant à l'orienter nous mêmes.
(2) Avoir une intention, un objectif et appréhender l'objet de notre attention avec une idée d'action, d'opération.
(3) Traduire l'objet de notre attention dans un autre mode de perception. La boulette et la corbeille sont ainsi réunies mentalement dans une trajectoire.
(4) admettre que notre attention ne peut être bloquée en continu, qu'elle peut être distraite, mais repérer les signes de distraction rapidement pour ne pas perdre le fil. Jean-Philippe Lachaux compare l'attention à un funambule, et parle d'équilibre de l'attention.


Avec des intentions et un vocabulaire parfois différent, les deux auteurs se retrouvent. Éloignés des débats et des condamnations consensuelles des jeux vidéos ou des téléphones, ils se concentrent sur ce qu'il est possible de faire, jour après jour, chez soi, en classe ou pourquoi pas dans un cadre plus professionnel.

Le programme ATOLE que Jean-Philippe Lachaux déploie avec des enseignants apprend aux élèves à être attentif à la cible la plus efficace et à déplacer leur attention d'une cible à l'autre, qu'il s'agisse de leurs états internes ou de stimuli externes.

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources :

Jean-Philippe Lachaux L'attention, ça s'apprend ! MDI, juillet 2020
https://www.decitre.fr/livres/l-attention-ca-s-apprend-a-la-decouverte-du-programme-atole-9782223113941.html

Christophe André Méditer, jour après jour, Editions Proche - 2023
https://www.decitre.fr/livres/mediter-jour-apres-jour-9782493909282.html

Pour des exercices et des explications très claires :
Natalia Morales, Mathieu Cebrai, association Raptor Neuropsy : Capacités attentionnelles
https://www.raptorneuropsy.com/_files/ugd/ace62b_05ef1b1ea17a48618d92d98aa803f10d.pdf



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