Ce n’est pas d’hier que les administrations cherchent à encadrer les activités ou que la publicité recherche notre attention, mais aujourd’hui nous sommes passés à une autre échelle. Les injonctions réclamant notre attention s’additionnent et limitent notre disponibilité réelle : on est toujours occupés et le plus souvent avec plaisir car, parallèlement, nos circuits de récompense sont saturés de gratifications scientifiquement calibrées au point de nous rendre diabétiques à la dopamine. Pour finir, les «alertes» s’imposent : ça vibre, ça bipe, ça clignote et notre attention est détournée par nos propres intérêts détectés, sans égard à notre activité présente.
Les agendas, calendriers, rappels, organisateurs, regroupeurs et autres outils numériques tentent de nous soulager mais demandent eux aussi notre attention pour les programmer et y donner suite. Finalement le fossé entre «agitation» et «efficacité» se creuse. D’où la question : «Combien de temps efficace consacrons-nous à ce que nous faisons?», spécialement en éducation.
Le plus souvent, l’attention réellement accordée n’est plus qu’hachurée et sporadique. Ces conditions empêchent d’atteindre les dispositions de concentration dans la durée nécessaires à la lecture, à l’étude et plus généralement à l’apprentissage structuré, celui qui n’est pas qu’imitation mais compréhension et réflexion. La discussion, la pratique et les interactions significatives sont d’un autre niveau que des clics sur des éléments algorithmés, même s’ils sont personnalisés.
La disponibilité est une qualité qui permet à toutes les autres de s’exprimer. Le meilleur conseiller, enseignant ou ami qui soit, s’il n’est jamais disponible, ne pourra guère être apprécié.
Le temps réel consacré aux activités, qu’on les anime ou qu’on les exécute, ne s’accommode pas d’interruptions impertinentes, ni notre équilibre mental d’ailleurs. Le monde de l’enseignement le réalise depuis un moment et commence à établir la discipline pour exploiter efficacement les outils numériques.
La disponibilité mentale revient au premier plan.
Denys Lamontagne
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Illustration : kp yamu Jayanath sur Pixabay