Nube – De l’eau à partir de l’air, pour chaque école
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Publié le 06 septembre 2023 Mis à jour le 09 septembre 2023
“Entends-moi
Je ne te parle pas avec ma voix
(ni mes lèvres ni ma langue)
(ni mes cordes vocales qui tremblent)
Je ne te parle pas avec mes mots
(ni mes idées ni mes idéaux)”
Michaël Lambert, La vengeance du Pangolin.
Comment renouer avec l’écoute de nos jardins nourriciers et reformuler une pratique agricole vivante ? C’est le propos que nous retenons de la thèse de Margaux Alarcon.
Sa recherche en géographie de l’environnement a consisté à enquêter sur les pratiques concrètes et les relations entre les humains et les non-humains (plantes, animaux, sols) de trois terrains viticoles et agricoles de France et de Belgique : Occitanie, Bassin parisien et Wallonie.
Dans le contexte d’une agriculture intensive déployée massivement, l’autrice a souhaité articuler des pratiques agricoles actuelles (en conventionnel, en agriculture raisonnée, en bio, en biodynamie) à la notion du care. Celle-ci peut être traduite par sollicitude en français, mais nous nous en tiendrons ici à la formulation de l’autrice, qui explique le concept ainsi :
“L’éthique du care est une philosophie morale issue de la pensée théorique féministe développée en psychologie puis en philosophie dans le cadre d’un mouvement non théorique d’éthique appliquée, concernant l’utilité des principes moraux pour résoudre les problèmes de la vie réelle.”
Il s’agit d’une disposition et d’une pratique, qui “mobilise les concepts de vulnérabilité, d’interdépendance et d’attention”.
“Elle met l’accent sur le fait que les êtres humains sont avant tout relationnels, et vise à recentrer la pensée morale sur les relations entre les entités humaines plutôt que sur l’action morale elle-même.”
C’est avec ce regard du care que la chercheuse a choisi d’aborder les “pratiques agricoles relationnelles” et la manière que cette sollicitude a de renouveler la perspective paysanne. Cette perspective renverse celle de la philosophie rationaliste :
“Ainsi les concepts clés du care, que sont la vulnérabilité et l’interdépendance, sont opposés à l’abstraction d’êtres humains isolés indépendants, dont la confrontation raisonnée serait à l’origine du lien social […].
En ce sens, l’éthique du care renverse la perspective de la philosophie rationaliste et met en évidence le fait que certaines personnes s’occupent d’autres et que l’interdépendance est réelle et nécessaire au fonctionnement social.”
Au niveau des pratiques agricoles, il s’agit de décrypter l’environnement, d’être attentif en mobilisant ses compétences perceptuelles et techniques. Cela paraît simple et évident, mais l’agriculture conventionnelle (européenne en tout cas) s’est fortement structurée après la Seconde guerre mondiale dans une modalité “fixiste” du vivant où la nature, réduite à un statut d’objet, doit être exploitée (le modèle de l’exploitation agricole).
Le modèle paysan a été dévalorisé au profit d’un modèle descendant de production et de diffusion des connaissances : “la science a le monopole pour définir les bonnes pratiques et les processus de production”. Les prescriptions sont descendantes et standardisées, en France, les paysages sont remembrés avec un effet important sur les milieux (destruction des haies, des talus, fossés, points d’eau).
Les chambres d’agriculture accompagnent ce modèle de “nature réduite, contrôlée, standardisée”. Et, dans les années 1960-1970, la pathologisation des cultures émerge : il s’agit d’administrer des traitements préventifs des maladies et des nuisibles à des cultures standardisées.
Les voix contestataires de cette manière de se rapporter au vivant se sont faites entendre dans les décennies qui ont suivi (appuyées par l’existence de scandales sanitaires), avec notamment la “création de collectifs d’agriculteur·ices autonomes par rapport aux groupes de développement classiques issus du modèle agricole dominant d’agriculture intensive”.
La chercheuse rejoint ici aussi la démarche du care car en agriculture, la dimension interpersonnelle du savoir et de la production de connaissances est fondamentale :
“Les agriculteur·ices ont une diversité de types de savoirs différents, notamment des savoirs expérientiels, c’est-à-dire des savoirs qui ne sont pas dits, mais qui proviennent d’une direction de l’attention sur les processus qui se font, c’est-à-dire sur des actions concrètes.”
Elle cite l’anthropologue Tim Ingold :
Les connaissances directes s’appuient sur “une façon de sentir qui est constituée par les capacités, les sensibilités et les orientations qui se sont développées à travers une longue expérience de vie dans un environnement particulier”.
“Les agriculteur·ices travaillent avec la nature” dans une relation où la dimension économique est forte. Les investissements (financiers, temporels, émotionnels) sont importants et des choix sont faits entre laisser-faire et contrôler (notamment sur la présence des herbes).
Par exemple, on lit dans la thèse que “les passages à la viticulture raisonnée modifient le rapport aux maladies de la vigne” : certains viticulteurs se détachent de l’utilisation systématique des traitements, des symptômes de maladies peuvent subsister sans traitement tant qu’il n’y a pas de conséquence sur la production. Un viticulteur rapporte chez lui des rendements supérieurs en laissant une part importante des vignes dépérir plutôt qu’en traitant la totalité (les pesticides affaiblissent tout le vivant).
Nous découvrons aussi des modalités surprenantes pour des novices :
“Pour rendre la vigne plus forte, pour qu’elle pousse mieux, on a la silice. C’est une roche qu’on va chercher au piolet dans les Alpes. C’est du dioxyde de silicium, la silice. Elle est broyée finement et regarde, elle est là dans la cuisine toujours stockée à la lumière du matin, là c’est plein Est. Ça on en met 100 grammes par hectare, c’est très puissant, c’est quelque chose qui appelle la lumière, la chaleur.”
Dans toutes les pratiques agricoles observées, la chercheuse a relevé des ajustements qui vont dans le sens d’une écologisation des pratiques et des relations à la nature, avec une complexification de ces relations. Rapportons-en ici quelques unes :
“Mes sols ne répondaient plus, il n’y avait plus de vie dans le sol.”
Et aussi : “Plusieurs agriculteurs rencontrés notent ainsi qu’ils ont progressivement cessé de s’appuyer sur les personnes assurant le conseil et la vente de produits phytosanitaires pour le suivi de leurs cultures.”
Ce qui est intéressant dans cette thèse, c’est de comprendre le mouvement de l’écologisation des pratiques, quel que soit le point de départ.
Ces pratiques ont permis de passer à une agriculture biologique dans un processus de maturation qui peut durer plusieurs années, avec des tests sur des parcelles, qui sont ensuite étendus. Il arrive aussi que certains autres refondent leurs pratiques plus soudainement, notamment dans la vigne, suite à une maladie. La bascule est dans tous les cas une “prise en compte combinée des enjeux environnementaux et sanitaires (impact des produits sur la santé)”.
De manière générale, “les éco-savoirs” sont “construits de manière adaptée selon des interactions spécifiques avec les milieux naturels”, dans une modalité vivante.
“Dans le silence des machines
La forêt me sera rendue
Le chant des oiseaux
La raison des orages
Le ruissellement de l’eau
La mousson des sages”
Michaël Lambert, La vengeance du Pangolin.
Source image : Laurent Van Ngoc, au Jardin du Voisin, avec sa joyeuse autorisation.
Margaux Alarcon. Prendre soin des plantes et des sols : caractéristiques et transformation des pratiques de care en milieu agricole. Géographie. Museum national d’histoire naturelle MNHN Paris, 2020.
Thèse consultable sur : https://theses.hal.science/tel-03385689
Un partenariat entre des cours d'automation d'une haute école liégeoise (Belgique) et un maraîcher en permaculture, Laurent Van Ngoc :
https://www.helmo.be/Actualites/Articles/On-jardine-en-automation-!.aspx
Un premier jet d'un – peut-être – futur slam de Chance, rédigé avec la consigne du care dans les pratiques agricoles :
“Un jour j’irai prendre soin – De c’qui est dans l'jardin – J’irai étendre du foin – Pour cacher les misères – Des terres vidées – Par notre manque de care – Un jour j’irai prendre soin – De c'qui passe dans mon ventre – Dans mon ventre morbide – Qui à force se ride – J’repousserai c’qui vient de loin – Quand je mange les 4 saisons ! – Un jour j’irai prendre soin – De ce qui m’est vital – J’avalerai plus aucun des “alors?” – “C’est quand qu’on s’y met?” – C’est quand qu’on nos “mais”? – Quand c’est que le soin – S’ra rendu obligatoire? – Pour ce qui fait pousser le vivant – Et qui passe dans nos mains? – Un jour j’arrêterai de dire un jour – Un jour j’vivrai dans le jardin.”