La qualité de ce que l'on mange a t'elle plus d'importance que l’attention que nous y apportons. La perte de valeur nutritionnelle dans les aliments est un phénomène
préoccupant qui affecte notre nourriture.
Dans cet article, on chiffre le phénomène et on propose des pistes pour y remédier à notre niveau.
Les aliments ont perdu en valeur nutritionnelle
Selon la revue Nature, le perte est présente dans la plupart des produits agro-alimentaires dans des proportions importantes :
Les fruits et légumes crus ont connu une baisse de leur valeur
nutritionnelle, avec des diminutions variables selon les nutriments et
les types de produits. Par exemple, la teneur en protéines a diminué de
6%, tandis que la vitamine B2 a connu une baisse plus importante de 38%.
Parmi les nutriments affectés, on retrouve :
- Le calcium, dont la teneur a particulièrement chuté dans le brocoli, le chou kale et les feuilles de moutarde.
- Le
fer, qui a subi une baisse importante dans les blettes, les concombres
et les feuilles de navet, ainsi que dans certains légumes cultivés en
Australie entre 1980 et 2010 (maïs doux, pommes de terre à peau rouge,
chou-fleur, haricots verts, petits pois et pois chiches), avec des
diminutions allant de 30 à 50%.
- La vitamine C, dont les
quantités ont considérablement diminué dans les asperges, les choux, les
feuilles de moutarde et les feuilles de navet.
Les céréales
ne sont pas en reste, avec une étude révélant que la teneur en
protéines du blé a diminué de 23% entre 1955 et 2016. De plus, les
teneurs en manganèse, en fer, en zinc et en magnésium ont aussi
considérablement diminué dans les céréales.
Ces baisses de valeur
nutritionnelle ont également des répercussions sur les consommateurs de
viande, car les animaux d'élevage se nourrissent désormais d'herbes et
de céréales moins nutritives, ce qui rend la viande et les autres
produits d'origine animale moins nutritifs qu'auparavant.
La quantité au détriment de la qualité
La perte de valeur nutritionnelle dans les fruits et légumes est
liée aux pratiques agricoles modernes et à l'augmentation des niveaux
de dioxyde de carbone dans l'atmosphère.
Les pratiques agricoles
actuelles visent à augmenter le rendement des cultures, en faisant
pousser des plantes plus grandes et plus rapidement. La croissance
accélérée ne permet pas aux plantes d'absorber les nutriments du sol ou
de les synthétiser en interne à un rythme suffisant. De plus, un
rendement plus élevé dilue les éléments nutritifs dans un volume de
cultures plus important, ce qui réduit leur concentration dans les
fruits et légumes. Les agriculteurs étant rémunérés en fonction du poids
de leurs récoltes, ils sont incités à adopter des pratiques qui nuisent
à la teneur en nutriments.
Les cultures intensives causent des
dommages au sol, en épuisant ses ressources et en compromettant la
capacité des plantes à former des partenariats avec des champignons
mycorhiziens. Ces champignons agissent comme des extensions de racines
pour les plantes, améliorant leur accès aux nutriments et à l'eau du
sol. L'agriculture intensive réduit ainsi la qualité et la fertilité du
sol, affectant la capacité des plantes à absorber les nutriments
nécessaires.
L'augmentation des niveaux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère constitue un autre facteur contribuant à la diminution de
la valeur nutritionnelle des aliments. Lorsque les cultures comme le
blé, le riz, l'orge et les pommes de terre sont exposées à des niveaux
plus élevés de dioxyde de carbone, elles génèrent davantage de composés à
base de carbone, ce qui entraîne une teneur plus élevée en hydrates de
carbone (ou glucides). De plus, les cultures absorbent moins d'eau
lorsque les concentrations de dioxyde de carbone sont élevées, ce qui
réduit leur absorption de micronutriments du sol. Des expériences ont
confirmé que les concentrations de protéines, de fer, de zinc et de
plusieurs vitamines B diminuaient dans différents types de riz après une
exposition à des niveaux plus élevés de dioxyde de carbone.
Comment trouver des aliments de qualité ?
Une bonne solution est de pourvoir à ses propres besoins en cultivant un potager selon les méthodes naturelles ancestrales.
Cultiver un potager selon les méthodes naturelles
ancestrales, comme la permaculture, le compostage et la lutte intégrée,
permet de créer un écosystème équilibré et productif tout en respectant
l'environnement. Voici quelques étapes et conseils pour vous lancer :
- Planifier et observer son espace
: avant de commencer à planter, observez votre espace
et de réfléchissez à son organisation. Identifiez les zones ensoleillées,
ombragées, les vents dominants et les sources d'eau. La permaculture
encourage à travailler avec la nature plutôt que contre elle.
- Créer des guildes de plantes
: dans une guilde de plantes, différentes espèces végétales sont
associées de manière à créer des interactions bénéfiques entre elles.
Par exemple, certaines plantes attirent les insectes pollinisateurs,
d'autres repoussent les ravageurs ou encore améliorent la qualité du
sol.
- Utiliser le compost : le compost est un engrais naturel
obtenu à partir de la décomposition de déchets organiques (épluchures de
fruits et légumes, feuilles mortes, tontes de gazon, etc.). Il permet
d'enrichir le sol en nutriments et d'améliorer sa structure. Vous pouvez
créer un tas de compost dans un coin de votre jardin ou utiliser un
composteur.
- Pailler le sol : le paillage consiste à recouvrir le
sol d'une couche de matériaux organiques (paille, feuilles mortes,
écorces, etc.) pour le protéger de l'érosion, limiter l'évaporation de
l'eau et réduire la croissance des mauvaises herbes. De plus, en se
décomposant, le paillage enrichit le sol en nutriments.
- Pratiquer la rotation des cultures
: pour éviter l'épuisement du sol et la prolifération de maladies, il
est important de ne pas cultiver les mêmes plantes au même endroit
chaque année. Planifiez une rotation sur plusieurs années en alternant
les familles de légumes.
- Privilégier les variétés anciennes et locales
: les variétés anciennes et locales sont généralement plus résistantes
aux maladies et mieux adaptées au climat que les variétés hybrides
modernes. Elles contribuent à préserver la biodiversité.
- Adopter la lutte intégrée
: la lutte intégrée consiste à gérer les ravageurs et les maladies en
favorisant les mécanismes naturels de régulation (prédateurs, parasites,
etc.) plutôt qu'en ayant recours aux produits chimiques. Par exemple, installer des nichoirs à oiseaux ou des hôtels à insectes
pour encourager la présence d'auxiliaires dans votre jardin.
- Économiser l'eau
: la permaculture encourage à mettre en place des systèmes d'irrigation
efficaces et économes en eau, comme la récupération d'eau de pluie,
l'utilisation de goutte-à-goutte ou la création de mares et de bassins.
- Favoriser la biodiversité
: un potager riche en biodiversité est plus résilient et productif.
Pour cela, plantez une grande variété de plantes, créez des habitats
pour la faune et privilégiez les espèces indigènes.
En
suivant ces principes de la permaculture (source : https://www.horticulteur.net/permaculture/) et en observant attentivement votre potager, vous
créerez un écosystème harmonieux et productif, tout en respectant
l'environnement.
À défaut de les cultiver vous-même, privilégiez les aliments bio et locaux. Les aliments issus de l'agriculture biologique et produits localement
ont tendance à être plus riches en nutriments que ceux issus de
l'agriculture conventionnelle.
L'intérêt didactique de faire un potager
Si vous avez des enfants, gérer un potager est en plus une source d'apprentissage et de reconnexion avec la nature.
Faire un potager présente de nombreux intérêts didactiques,
tant pour les enfants que pour les adultes. Cette activité permet non
seulement d'acquérir des connaissances et des compétences pratiques,
mais aussi de développer une sensibilité à l'environnement et de
favoriser le bien-être personnel. Voici quelques avantages
didactiques du jardinage :
- Découverte du cycle de vie des plantes.
En cultivant un potager, on apprend à connaître les différentes
étapes du cycle de vie des plantes, de la germination à la récolte.
Cette expérience concrète permet de mieux comprendre les processus
biologiques et écologiques qui régissent la croissance des végétaux.
- Apprentissage des techniques de jardinage.
Faire un potager implique de maîtriser diverses techniques de
jardinage telles que : le semis, le repiquage, la taille, l'arrosage, le
paillage ou encore la rotation des cultures. Ces compétences pratiques
sont utiles pour entretenir un jardin et peuvent être transmises à ses enfants.
- Sensibilisation à l'environnement et à la biodiversité.
Le potager est un écosystème miniature qui abrite de nombreuses
espèces végétales et animales. En observant les interactions entre les
différents éléments de cet écosystème, on prend conscience de
l'importance de préserver la biodiversité et de respecter l'équilibre
naturel.
- Développement de la patience et de la persévérance.
Le jardinage est une activité qui demande du temps et de la patience.
Les résultats ne sont pas immédiats et il faut parfois attendre
plusieurs semaines ou plusieurs mois avant de pouvoir récolter les
fruits de son travail. Cette expérience permet de développer la
persévérance.
Comment palier à l'appauvrissement de notre nourriture ?
L'appauvrissement de notre nourriture en nutriments peut être
partiellement compensé par l'utilisation de plantes médicinales et de
compléments alimentaires. Voici quelques conseils pour y parvenir :
Les plantes médicinales
De
nombreuses plantes sont riches en nutriments et peuvent aider à combler
les carences. Certaines d'entre elles peuvent être consommées en
infusion, décoction, teinture-mère ou encore sous forme de gélules.
Parmi les plantes les plus intéressantes, on trouve l'ortie (riche en
fer, calcium et vitamines), la spiruline (algue riche en protéines, fer et vitamines)
ou encore le ginseng (tonique adaptogène).
Les compléments alimentaires
Les
compléments alimentaires peuvent apporter des nutriments spécifiques
dont votre organisme a besoin. Il en existe de différentes formes
(gélules, comprimés, ampoules, poudres, etc.) et à base de divers
ingrédients (vitamines, minéraux, acides aminés, extraits de plantes,
etc.). Il est important de choisir des compléments de qualité et adaptés
à vos besoins, et de respecter les doses recommandées. L'idéal est de
se faire conseiller par un professionnel.
Comment améliorer la qualité des aliments ?
D'un point de vue global, pour améliorer la qualité de ses aliments, il est important de
se concentrer sur la santé des sols, car cela a un effet direct sur la
teneur en nutriments des cultures. Voici quelques stratégies à adopter :
Agriculture régénératrice
: Cette méthode vise à restaurer la fertilité des sols en utilisant des
pratiques durables. Elle permet d'améliorer la matière organique
présente dans le sol, son état de santé général, et d'augmenter les
niveaux de certaines vitamines, minéraux et composés dans
les cultures.
Éviter le labour : Le
labour intensif peut entraîner l'épuisement des minéraux dans le sol. Il
est donc préférable de limiter cette pratique pour préserver la qualité
du sol.
Plantation de plantes de couverture
: Les plantes de couverture comme le trèfle, le ray-grass ou la vesce
peuvent protéger le sol de l'érosion et empêcher la croissance des
mauvaises herbes.
Rotation des cultures :
Changer régulièrement le type de culture dans chaque champ peut aider à
améliorer la teneur en nutriments des cultures suivantes.
Manger une variété d'aliments
: Pour le consommateur, il est important de consommer une variété de
fruits, légumes et céréales complètes de couleurs différentes. Cela
permet de compenser certaines pertes de nutriments et de satisfaire ses
besoins nutritionnels.
L'amélioration de la qualité des aliments passe par des pratiques agricoles durables et une alimentation variée.
Réapprendre à cultiver et à s'alimenter
Face à l'appauvrissement de notre nourriture en
nutriments, il faut adopter des stratégies pour améliorer la
qualité de nos aliments et préserver notre santé. Cultiver un potager
selon les méthodes naturelles ancestrales, telles que la permaculture,
le compostage et la lutte intégrée, est une solution efficace pour créer
un écosystème équilibré et productif tout en respectant
l'environnement.
Privilégier les aliments bio et locaux, riches
en nutriments, contribue à une alimentation plus saine et durable. L'utilisation de plantes médicinales et de compléments
alimentaires peut aider à combler les carences en nutriments.
Repensons nos modes de production et de consommation
pour garantir une alimentation de qualité et préserver notre santé ainsi
que notre planète.
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