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Publié le 11 décembre 2024 Mis à jour le 11 décembre 2024

Les effets de la pression excessive et insuffisante sur l'efficacité et la fatigue

Trouver l'équilibre optimal : stratégies pour gérer le stress et maximiser la performance dans l'apprentissage

Image créée avec Bing AI

Le monde de l’Education et de la Formation Professionnelle génère par essence des situations où il est nécessaire d’impulser la bonne énergie pour accroitre son efficacité ; retrouver sa motivation lorsqu’on est en perte de confiance, sortir de la routine ou trouver du sens à son activité.

D’un autre côté, apprendre ou faire apprendre provoque des situations de stress excessif et improductif ; se préparer à un examen, affronter des groupes difficiles ou encore remettre en cause ses propres fonctionnements.

Les recherches en psychologie appuyées des apports récents des neurosciences permettre d’imaginer des pistes pour les apprenants comme pour les enseignants ou formateurs, pour mieux gérer ces situations.

Excitation, stress et leur effet sur la performance cognitive

Les psychologues Robert M.Yerkes et John Dillingham Dodson (1) ont proposé de faire un lien entre excitation et efficacité suite à des expériences avec des souris à qui étaient soumis des chocs électriques d’intensité variable : l’indicateur de mesure de l’efficacité était la vitesse de sortie d’un labyrinthe. La courbe en cloche ou en U inversé qu’ils en ont déduit formalise ce rapport pour indiquer que le maximum d’efficacité était atteint lorsque la stimulation électrique était d’un niveau moyen. Sans décharge électrique ou si les chocs électriques sont trop violents, les souris mettent plus de temps pour trouver la sortie.

Source – Wikipedia - By Yerkes and Dodson, Hebbian - Diamond DM, et al. (2007). "The Temporal Dynamics Model of Emotional Memory Processing: A Synthesis on the Neurobiological Basis of Stress-Induced Amnesia, Flashbulb and Traumatic Memories, and the Yerkes-Dodson Law". Neural Plasticity: 33. doi:10.1155/2007/60803. PMID 17641736., CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=34030428

Cette étude de 1908 trouve un écho avec des recherches plus récentes. En 2007, Sonia .J. Lupien, du Centre pour les études sur le stress humain, Université McGill à Montréal avec d’autres de ses collègues scientifiques, publie un article « Les effets du stress et des hormones de stress sur la cognition humaine : implications pour le domaine du cerveau et de la cognition » (2). Cette publication indique que les performances de la mémoire par-rapport à la dose de glucocorticoïdes produisent une courbe en U, similaire à la courbe de Yerkes et Dodge. La mémoire à long terme est ainsi optimale lorsque le niveau de glucocorticoïdes est légèrement élevé. Elle chute lorsque ce niveau est trop faible ou trop élevé.

L'épuisement dans l’accomplissement d’une tâche provient à la fois de l'énergie dépensée si la “marche est trop haute” mais aussi du manque de motivation si elle ne demande aucun effort. Un minimum de production d’adrénaline est nécessaire pour agir avec moins d’effort mais la pression ne doit pas être trop forte au risque de perdre ses moyens. Un élève ou un étudiant à la veille d’un examen se retrouve confronté à ce dilemme et peut s'épuiser dans l’un ou l’autre cas.

"Flow" et apprentissage : un état optimal d'activation pour une performance sans effort

Le concept de “flow” de Csikszentmihalyi qui se définit comme un état optimal d’activation met en avant plusieurs indicateurs de cet état et rejoint en cela les recherches de Yekes et Dodson. Mihály Csíkszentmihályi, psychologue hongrois, a créé ce concept en étudiant des personnes qui prenaient du plaisir dans l’accomplissement de leurs activités (3) (4) en développant une motivation intrinsèque générant une performance sans effort.

Le concept du flow a notamment été étudié dans le contexte du sport « Nous formulons l’hypothèse que l’augmentation des attentes d’efficacité personnelle (donc de la confiance) permettrait de percevoir un équilibre entre les ressources individuelles et le défi à relever. Or, selon Singer (2002), un des moyens d’avoir confiance en soi serait d’appliquer des routines pré-compétitives. Il est donc important d’étudier les effets de programme spécifique de préparation psychologique axé vers l’augmentation de la confiance pour influencer la perception d’un équilibre entre les habiletés et le défi à relever. » (5).

Ainsi, les éléments essentiels pour la génération de cet état dans un contexte d’apprentissage sont de plusieurs ordres ;

  • Défi et curiosité : l’activité proposée doit exciter la curiosité de l’apprenant tout en préservant certains éléments de surprise concernant les résultants. Elle doit également représenter un défi à sa hauteur. On retrouve ici les conclusions de Yerkes et Dodge.

  • Contrôle : l’apprenant doit conserver un contrôle sur ses choix dans l’accomplissement de l’activité. Des activités trop cadrées, des chemins trop tracés, un manque d’options peuvent générer une démotivation de l’apprenant.

  • Fantaisie : imagination, créativité et liberté sont les trois mots d’ordre pour générer le flow. Ludopédagogie, gamification et autres pédagogies de la fun theory sont ainsi les bienvenus dans l’apprentissage, si on souhaite faire vivre une expérience de flow à ses apprenants.

  • Feed-back : comme l’indique Stanislas Dehaene, professeur au collège de France et neuroscientifique spécialisé dans les sciences cognitives (6), ce point fait partie des quatre piliers de l’apprentissage indispensables pour générer de la motivation intrinsèque

  • Estime de soi : un bon équilibre entre estime de soi et, donc de confiance en soi, et le niveau de difficulté de la tâche permet le déclenchement du flow

Neurofeedback : Une approche innovante pour optimiser le stress

Les apports récents en neurosciences nous permettent également d’imaginer des pistes pour optimiser le stress. Ainsi, le neurofeedback, exercice proposé aux militaires pour réguler leur stress face à des situations de risque, a démontré son efficacité pour mieux contrôler le fonctionnement du cerveau (7).

Le neurofeedback consiste à contrôler volontairement la réponse excessive au stress par la production d’états mentaux apaisants. Deux études viennent appuyer ces conclusions.

Une première étude de 2019 (8) menée auprès de militaires israéliens a consisté dans la mise au point d’un protocole de neurofeedback. Ce protocole organisé autour de sessions de visionnage d’une scène virtuelle d’une salle d’attente des urgences d’un hôpital. Les militaires devaient adopter un état mental qui permette la baisse des tensions observées dans la scène virtuelle. Les résultats furent prometteurs en montrant une baisse de l’activité de l’amygdale lors du protocole de neurofeedback. Ils n’ont cependant pas abouti à une implémentation à grande échelle.

Une deuxième étude (9) menée aux Etats-Unis en 2019, sur une population de pilotes d’avions confrontés au stress dans un simulateur, a démontré des réponses très concluantes sur l’efficacité du neurofeedback mais inégales en fonction des personnes.  Trois facteurs ont été identifiés comme obstacles à l’efficacité du neurofeedback :

  • les capacités attentionnelles, l
  • e niveau de motivation,
  • la conscience corporelle.
« Le neurofeedback est d’autant plus efficace que le participant est attentif et motivé tout au long de l’entraînement.»

Par ailleurs, le neurofeedback nécessite de capter de manière subtile les changements corporels ou physiologiques que provoque le stress. Les personnes qui possèdent un bas niveau de conscience corporelle sont donc plus en difficulté pour contrôler les signaux de leur cerveau. Il a été démontré dans cette étude que le niveau de conscience corporelle peut être notamment amélioré grâce à la pratique de la méditation en pleine conscience.

Des pistes pour les apprenants et les enseignants

Les trois approches mises en lumière ici ouvrent des pistes pour optimiser son efficacité cognitive, que l'on soit enseignant, formateur ou apprenant. Elles sont prometteuses pour une reprise de contrôle de ses propres réactions face à des situations d'apprentissage démotivantes ou créatrices de stress excessif.

Si l'objectif est de se mobiliser face à des circonstances peu engageantes, la première idée repose sur l'établissement de défis à sa mesure en augmentant le niveau de complexité, le temps d'exécution ou en utilisant des moyens inhabituels. Ces techniques sont fréquemment employées  dans l'apprentissage musical ; faire ses gammes en augmentant le tempo progressivement, les yeux fermés ou dans un ordre inverse. 

La deuxième idée consiste à intégrer du jeu dans l'apprentissage : elle respecte à la fois les principes du Flow et rejoint ce qui est déjà connu en ludopédagogie ou en gamification. Il est possible de "jouer à apprendre" des notions rébarbatives en créant des cartes mémo, par exemple, la création d'un dictionnaire multimedia personnel ou encore créer des quiz interactifs. Le site de La Digitale représente pour cela une mine d'or à mettre entre toutes les mains.

Pour éviter l'illusion de connaissance et ainsi se remobiliser sur ce que nous croyons savoir, une troisième idée serait d'utiliser la technique de Feyman. Cette technique suit plusieurs étapes : choisir un concept ou un modèle connu, en créer un texte d'explication simple destiné à un novice, repérer les points qui manquent de clarté, corriger la production en la simplifiant encore.

Si le but est de mieux contrôler un stress excessif en situation d'apprentissage, cela pourrait commencer par appliquer les principes de la préparation mentale :  techniques de méditation en pleine conscience, auto-hypnose ou sophrologie.

Le Conseil Scolaire Francophone de Colombie-Britannique offre ainsi une multitude de ressources pour les enseignants qui souhaitent développer ces pratiques avec leurs élèves. Intégrer ces techniques dans un environnement apprenant permet assurément d'améliorer concentration, attention et motivation pour une meilleure efficacité pédagogique.

Par ailleurs, il a été démontré que le feed-back ou rétroaction constitue un élément fondamental pour l'apprentissage : Stanislas Dehaene ou Mihály Csíkszentmihályi, en sont d'émérites promoteurs. Développer des protocoles de feed-back réguliers pour soi-même, en tant qu'enseignant ou pour les apprenants représente une piste riche de promesses pour générer une juste estime de soi.  Ces protocoles peuvent être mis en place pour soi (auto-feedback), pour les apprenants ou pour les apprenants entre eux (feed-back entre pairs). Un article de Jacques Rodet (2004) "La rétroaction, support d’apprentissage ?" offre un panorama complet des techniques et exemples de formulation de rétroaction.


En conclusion, l'éducation et la formation professionnelle présentent des défis uniques, notamment en termes de motivation et de gestion du stress. Cependant, en tirant parti des recherches en psychologie et en neurosciences, il est possible d'optimiser l'efficacité cognitive et de transformer ces défis en opportunités d'apprentissage.

Les concepts tels que le "flow", l'équilibre entre excitation et efficacité, ainsi que les techniques innovantes comme le neurofeedback, offrent des pistes prometteuses à la fois pour les apprenants et les enseignants. En adaptant les défis à nos propres capacités, en intégrant des techniques de préparation mentale et en développant des protocoles de feedback réguliers, nous pouvons non seulement améliorer notre efficacité pédagogique, mais aussi trouver du sens et du plaisir dans l'apprentissage, même face à des notions rébarbatives.

L'avenir de l'éducation et de la formation professionnelle réside sans doute dans une meilleure compréhension de notre cerveau et de nos réactions face au stress et à la démotivation.

Références

(1) La loi de Yerkes-Dodson: la relation entre rendement et motivation
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Yerkes_et_Dodson

(2) The effects of stress and stress hormones on human cognition: Implications for the field of brain and cognition
https://www.researchgate.net/publication/6364338_The_effects_of_stress_and_stress_hormones_on_human_cognition_Implications_for_the_field_of_brain_and_cognition

(3) Théorie du flow - EduTech Wiki - https://edutechwiki.unige.ch/fr/Th%C3%A9orie_du_flow

(4) Csikszentmihalyi, M. (1990). Flow : The Psychology of Optimal Experience, Harper and Row, New York.
https://amzn.to/4gopPV9

(5) Le concept de « flow » ou « état psychologiqueoptimal » : état de la question appliquée au sport
https://shs.cairn.info/revue-staps-2008-1-page-9

(6) Dehaene - Les grands principes de l'apprentissage - 2012
https://www.college-de-france.fr/media/stanislas-dehaene/UPL4296315902912348282_Dehaene_GrandsPrincipesDeLApprentissage_CollegeDeFrance2012.pdf

(7) Le neurofeedback au service de la maîtrise du stress. Cairn Info
https://shs.cairn.info/revue-defense-nationale-2023-HS4-page-129

(8) Stress and the brain: individual variability and the inverted-U
https://www.nature.com/articles/nn.4109

(9) Regulation of arousal via online neurofeedback improves human performance in a demanding sensory-motor task - https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.1817207116


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